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Le départ de Chad Gaffield soulève des inquiétudes pour l’avenir du CRSH

Un vent de changement a soufflé sur l’organisme subventionnaire pendant son mandat.

par NATALIE SAMSON | 23 AVRIL 14

Pendant son mandat à la présidence du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH), Chad Gaffield a su faire preuve de planification stratégique. D’aucuns seront surpris d’apprendre qu’il n’est pourtant pas du genre à planifier son parcours professionnel. « Je me laisse en quelque sorte porter, explique-t-il de son bureau situé au 11e étage d’un immeuble du centre-ville d’Ottawa. Des occasions se présentent, elles semblent intéressantes, et je les saisis. »

Le 1er avril dernier, M. Gaffield a annoncé son intention de relever un nouveau défi. À compter du 31 août, l’homme de 62 ans quittera ses fonctions de président du CRSH, deux ans avant la fin de son second mandat de cinq ans, pour devenir titulaire d’une chaire de recherche en sciences humaines numériques à l’Université d’Ottawa. Avant son arrivée au CRSH, M. Gaffield était depuis 1985 professeur d’histoire à l’Université d’Ottawa, où il a été directeur fondateur de l’Institut d’études canadiennes et un pionnier du domaine des sciences humaines numériques. Son départ précoce a semé la surprise et soulevé des inquiétudes dans le milieu universitaire canadien.

« Dès que le départ de M. Gaffield a été annoncé, j’ai été inondée de courriels de la part de collègues de l’Université Memorial et d’ailleurs au pays qui me faisaient part de leurs préoccupations », relate Noreen Golfman, doyenne des études supérieures à l’Université Memorial et ancienne présidente de la Fédération canadienne des sciences humaines. Comme d’autres, elle craint que le gouvernement actuel nomme un successeur de qui ne soit pas un aussi fervent défenseur de la recherche en sciences humaines que M. Gaffield.

Douglas Peers, doyen de la faculté des arts de l’Université de Waterloo, s’est dit « estomaqué » par la nouvelle. « Je venais à peine de m’habituer à sa présence. C’est tout un engagement de la part de M. Gaffield que d’avoir occupé ce poste pendant huit ans. » Pendant son mandat, l’organisme a continué d’évoluer malgré la période d’incertitude économique et de transition qu’il a traversée, ajoute M. Peers. Tout comme Mme Golfman, il s’inquiète de l’absence de leadership au CRSH, faisant référence à la situation qui prévaut actuellement au Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG), sans président depuis que Suzanne Fortier a quitté ses fonctions pour devenir principale et vice-chancelière de l’Université McGill en mars 2013 (James Edwards occupe le poste de président par intérim depuis).

« Je crains que la situation du CRSNG se répète, poursuit-il. Le CRSH a su faire preuve d’un grand leadership dernièrement parce qu’il est dirigé par une personne expérimentée et branchée sur le milieu. S’il conserve pendant trop longtemps un président par intérim sans mandat clair, les choses risquent de stagner, d’autant plus que les élections fédérales approchent. »

M. Gaffield est d’avis que le gouvernement aura amplement le temps de lui trouver un successeur d’ici son départ, dans six mois, et il est convaincu que le CRSH continuera d’aller de l’avant grâce au travail de son personnel et du conseil d’administration. « Notre plan stratégique nous mène en 2016, ce qui signifie que mon successeur pourrait entrer en poste l’an prochain et prendre le temps d’écouter et d’apprendre. »

Lorsque M. Gaffield a été nommé président en 2006, le poste était vacant depuis un an déjà. Le CRSH venait tout juste de terminer un examen pluriannuel de ses façons de faire et de ses programmes, et M. Gaffield a reçu le mandat d’améliorer l’efficacité et la visibilité de l’organisme. « J’avais l’impression à l’époque que nous ne nous montrions pas sous notre meilleur jour […] que nous ne tentions pas d’affirmer l’importance de nos actions et des raisons qui les motivent. Et nous ne tentions pas non plus de trouver comment nous améliorer. »

Pour beaucoup, le passage de M. Gaffield à la tête du CRSH sera associé à une époque de changements majeurs. En 2010, l’organisme a lancé le renouvellement de l’architecture de ses programmes, remaniant complètement ses concours pour les remplacer par de nouvelles possibilités de financement axées sur le travail collaboratif et interdisciplinaire. Bien que certains jugent que ces changements aient miné l’indépendance du CRSH en harmonisant de trop près ses principes directeurs avec ceux du gouvernement et du marché, Mme Golfman et M. Peers estiment que ces critiques ne sont pas fondées. « Je ne crois pas que le CRSH ait sacrifié ses valeurs fondamentales, ni qu’il ne soit allé à l’encontre de ses traditions ou de ses pratiques antérieures qui consistaient à appuyer des chercheurs qui travaillent de façon traditionnelle. Chose certaine, il s’est ouvert à de nouvelles formes d’activité savante et à de nouvelles façons de faire de la recherche, soutient Mme Golfman. Si le CRSH n’avait pas procédé à ces changements, je suis convaincue qu’il n’existerait plus aujourd’hui. »

M. Gaffield croit pour sa part que la réorganisation des programmes a permis de ne pas confiner les chercheurs et de leur offrir plutôt des « espaces de création ouverts. Chacune de mes décisions a été dictée par une volonté d’améliorer l’apport des sciences humaines à la construction d’un monde meilleur, et j’en suis fier », confie-t-il.

« Nous savons pertinemment que les temps changent. Nous sommes un organisme subventionnaire de recherche du XXIe siècle […] et c’est très bien ainsi. Il n’y a aucune raison de faire les choses d’une façon simplement parce que c’est ce que nous avions l’habitude de faire. »

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