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Le manque de places sur les campus suscite une crise

Des étudiants, des professeurs et du personnel de l’ensemble du Canada se réunissent pour aborder le problème de l’accès aux services de garde.

par ERIN MILLAR | 13 SEP 10

Kristin Loheyde se croyait en avance lorsqu’elle a tenté, pendant sa grossesse, d’inscrire son enfant en garderie à l’Université de la Colombie-Britannique (UBC) où elle travaillait. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’on lui a répondu que la plupart des gens s’inscrivent dès la conception. Elle a alors paniqué : « Je suis enceinte de quatre mois et je suis déjà en retard! » Elle s’est donc retrouvée sur une liste d’attente, avec 1 600 autres parents.

Toujours en attente à la fin de son congé de maternité, 17 mois plus tard, en raison d’une pénurie de places en garderie dans toute la ville, Mme Loheyde a confié son fils à une gardienne qui, malheureusement, laissait les enfants dont elle avait la garde jouer avec des fusils jouets et regarder des téléromans. Il a fallu près de deux ans avant que son fils soit enfin accepté dans le système de garderies de la UBC.

Mme Loheyde, agente de développement à la UBC, a raconté son histoire lors du premier congrès national sur les services de garde et l’éducation postsecondaire intitulé « It Takes a University » (Il faut une université), tenu à la UBC en mai dernier. De nombreux autres récits ont aussi été recueillis à cette occasion. Les participants au congrès, représentant des collèges et universités de six provinces, ont entendu des professeurs raconter qu’ils amenaient régulièrement leurs tout-petits au travail, des doctorants qui tiraient de l’arrière faute de congés parentaux et des étudiants au premier cycle qui, n’ayant pas trouvé de place en garderie, abandonnaient leurs études.

« Le manque de services de garde abordables et accessibles sur les campus constitue un enjeu qui mine l’accès à l’éducation », a déclaré l’organisatrice du congrès, Amanda Reaume, directrice générale de la Fondation Antigone qui publie un magazine portant sur les femmes et la politique et qui a coparrainé le congrès. Les groupes d’étudiants les plus touchés sont souvent ceux qui doivent surmonter le plus d’obstacles pour accéder à l’enseignement supérieur. Par exemple, parmi les étudiants autochtones, 33 pour cent au niveau universitaire et 45 pour cent au niveau collégial sont des parents.

La décision d’avoir des enfants entraîne pour les professeurs des défis qui leur sont propres. Vivien Measday, de la faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de la UBC, a raconté qu’elle ne pouvait pas profiter d’une année entière de congé de maternité parce qu’il était impossible de prolonger sa subvention des IRSC et qu’elle craignait de prendre du retard. Elle a également eu recours à une garderie privée médiocre faute d’avoir accès aux services de garde de la UBC. « En tant que femme membre du corps professoral, a-t-elle affirmé, j’ai l’impression que le fait de ne pouvoir obtenir de place en garderie indique que l’université n’appuie pas l’idée selon laquelle les femmes devraient faire carrière ».

Malgré les frustrations de Mme Measday et de Mme Loheyde, la UBC est réputée pour être un chef de file de la prestation de services de garde aux étudiants, au personnel et aux professeurs. Les services de garde y sont de grande qualité, abordables et offerts à rabais aux étudiants. Ils devraient en outre augmenter de 10 pour cent, grâce à la création de 48 places en 2011. Mais quel que soit le nombre de places ajoutées, la liste d’attente ne raccourcit jamais beaucoup. Les listes d’attente de deux à quatre ans constituent la norme dans les universités canadiennes, et le manque de places en garderie devient un obstacle majeur au recrutement et au maintien en poste de professeurs.

Même au Québec, où le gouvernement subventionne un programme de garderies, les parents doivent attendre jusqu’à quatre ans pour bénéficier de services de garde en milieu universitaire ou collégial, selon Dahlia Elshafie, qui a étudié la question à titre de vice-rectrice à l’enseignement de la société des étudiants aux cycles supérieurs de l’Université McGill. L’aspect de l’accessibilité financière n’est pas une difficulté très importante puisque les services de garde coûtent au plus sept dollars par jour par enfant, et que les étudiants considérés comme à faible revenu peuvent y avoir droit gratuitement. Pourtant, comme la réglementation des milieux de garde est très stricte, les parents n’ont souvent même pas la possibilité de confier temporairement leur enfant à une garderie de second ordre s’ils ne peuvent obtenir une place subventionnée.

Le manque de place en garderie amène quelquefois les étudiants et le corps professoral à se livrer concurrence pour les places offertes, explique Mme Elshafi. À l’Université Concordia, on promet souvent des places en garderies pour attirer de nouveaux professeurs, ce qui rend l’accès à ces services plus difficile pour les étudiants. « On oppose ainsi les intérêts des étudiants à ceux des professeurs, ce qui est horrible », affirme-t-elle.

Bien que les universités du pays accordent de l’importance à l’accès aux services de garde, elles ne s’entendent pas pour déterminer qui devrait offrir ces services. La UBC est entrée dans l’univers des services de garde presque par accident au début des années 1990, lorsqu’elle a repris l’exploitation de sept garderies à but non lucratif du campus qui étaient incapables de négocier des conditions de location. À l’Université Dalhousie, l’association étudiante envisage d’offrir ces services. À McGill, les étudiants aux cycles supérieurs demandent des congés parentaux financés par l’établissement, et souhaitent obtenir un jour des fonds du gouvernement provincial. Certaines universités se sont pour leur part tournées vers des garderies privées.

Les organisateurs du congrès adaptent les exposés pour en faire un livre blanc qui cernera les besoins en matière de services de garde dans les établissements d’éducation postsecondaire et proposera des solutions potentielles.

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