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Le Programme des chaires de recherche du Canada et Génome Canada célèbrent leur 20e anniversaire

Le rôle essentiel que jouent toujours ces deux programmes dans le milieu de la recherche canadien met en évidence la vision dont ont fait preuve leurs promoteurs il y a deux décennies.

par BRIAN OWENS | 21 DÉC 20

Le vingtième anniversaire de deux programmes clés du milieu de la recherche canadien a été éclipsé par la pandémie de COVID-19 : le Programme des chaires de recherche du Canada et Génome Canada ont tous deux soufflé vingt bougies en 2020.

Ces deux programmes ont été créés en 2000 par le gouvernement de Jean Chrétien dans le cadre d’un plan pour donner un nouvel élan à la science après des années de stagnation au pays. La mise sur pied de la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI) en 1997 et de la Fondation canadienne des bourses d’études du millénaire un an plus tard faisait également partie du projet porté en grande partie par le ministre des Finances d’alors, Paul Martin. (La FCI existe encore, mais en 2008, le gouvernement fédéral mené par Stephen Harper a décidé de ne pas renouveler le programme des bourses d’études du millénaire à la fin de son financement de 10 ans.)

Lors d’une conférence de presse qui a eu lieu à Vancouver en 2004 et qui visait à présenter les nouveaux titulaires du Programme des chaires de recherche du Canada, Bruce Vallance, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en gastro-entérologie pédiatrique à l’Université de la Colombie-Britannique, explique ses travaux au premier ministre de l’époque, Paul Martin (à droite), et à son ministre de l’Industrie, David Emerson. Photo by CP PHOTO/POOL/Chuck Stoody.

Chaque programme avait ses propres objectifs, explique Paul Dufour, professeur auxiliaire à l’Institut de recherche sur la science, la société et la politique publique de l’Université d’Ottawa. Les chaires de recherche visaient à endiguer l’exode perçu des cerveaux canadiens vers les États-Unis et le reste du monde, tandis que Génome Canada avait pour but de stimuler la recherche sur la génomique au Canada – une nouvelle discipline peu étudiée au pays à l’époque.

Or, les attentes ont été surpassées. Le Programme des chaires de recherche du Canada, en particulier, est « l’un des programmes les plus importants jamais mis sur pied au Canada. Il a eu un rayonnement incroyable », soutient M. Dufour. Il suffit d’observer la première cohorte de titulaires, maintenant tous réputés, y compris l’écologiste John Smol de l’Université Queen’s et la bioingénieure Molly Shoichet de l’Université de Toronto (tous deux lauréats du plus grand honneur en sciences et génie au Canada, la Médaille d’or Gerhard-Herzberg, en 2004 et en 2020 respectivement) ainsi que la conseillère scientifique en chef du Canada, Mona Nemer, alors généticienne moléculaire à l’Institut de recherches cliniques de Montréal.

Un effet transformateur

Les chaires ont changé la donne pour les titulaires, affirme Yves Gingras, qui étudie l’histoire des sciences à l’Université du Québec à Montréal. Celle qu’il a lui-même obtenue en 2004 lui a permis d’agrandir considérablement son laboratoire et d’embaucher plusieurs étudiants aux cycles supérieurs. « Grâce à elle, mes travaux de recherche en sociologie des sciences ont pris de l’ampleur, souligne-t-il. Nous avons pu travailler pendant 14 ans sans avoir à chercher d’autre subvention. »

M. Gingras a toutefois eu la chance que son université l’autorise à utiliser la majorité des fonds pour payer ses travaux de recherche et ses étudiants. D’autres établissements consacrent beaucoup plus de fonds au salaire du titulaire, fait-il remarquer, ce qui laisse peu d’argent pour la recherche.

Martha Crago, vice-principale à la recherche et à l’innovation à l’Université McGill, estime pour sa part que, bien que les chaires aient été bénéfiques pour les chercheurs, leur plus grande retombée a été de renverser la tendance en matière d’exode des cerveaux, particulièrement une fois combinées aux Chaires d’excellence en recherche du Canada et au Programme des chaires de recherche Canada 150, qui ciblaient les chercheurs étrangers. « Ces chaires ont fait revenir beaucoup de Canadiens et attiré beaucoup d’étrangers », précise-t-elle. Le programme a capté l’attention internationale et fait l’envie de nombreuses universités américaines, ajoute-t-elle.

Le programme a aussi profondément transformé les universités canadiennes en tant que telles, ajoute M. Dufour. Les chaires sont distribuées selon l’importance des subventions de recherche que reçoivent les universités des organismes subventionnaires. Les établissements devaient se doter d’un plan stratégique pour expliquer comment et pourquoi ils voulaient des fonds pour soutenir certains travaux de recherche. Bon nombre n’avaient encore jamais accordé d’attention à ce type d’exercice. « Le changement institutionnel et culturel a été énorme pour les universités aussi », poursuit M. Dufour.

Par contre, la valeur des chaires est restée la même et n’a pas suivi l’inflation, indique Mme Crago. Elles ne permettent donc pas de payer les mêmes salaires et les mêmes travaux de recherche qu’à leur début (les chaires de niveau 1 rapportent à l’établissement 200 000 $ par année pendant sept ans; les chaires de niveau 2, 100 000 $ par année pendant cinq ans). Le programme a aussi fait face à de sérieuses critiques dans ses premières années pour ne pas avoir tenu compte de la diversité du milieu universitaire canadien en matière de représentation des femmes et des groupes sous-représentés.

Dominique Bérubé, vice-présidente, Recherche, et responsable du Programme des chaires de recherche du Canada au Conseil de recherches en sciences humaines, dit que le programme a subi des changements majeurs dans les dernières années pour régler les problèmes d’équité, de diversité et d’inclusion. « En 2016-2017, nous avons appuyé sur l’accélérateur et mis en place des mesures pour inciter les établissements à prendre ces questions au sérieux », souligne-t-elle.

À cet égard, les établissements doivent maintenant établir un plan indiquant non seulement comment ils comptent atteindre les cibles, mais aussi comment ils amélioreront l’environnement professionnel afin de surmonter les obstacles qui nuisent à l’atteinte desdites cibles. Le programme embauche aussi des spécialistes pour évaluer les plans et aider à répondre aux aspects problématiques. La majorité des universités ont atteint leurs cibles avant la date d’échéance de décembre 2019, indique Mme Bérubé. Maintenant, une nouvelle cible a été fixée pour que d’ici 2029, les titulaires de chaires reflètent la diversité de la population canadienne.

Dans le but de souligner le 20e anniversaire du programme, le gouvernement fédéral a annoncé le 17 décembre dernier un investissement de 195 millions de dollars pour la création ou le renouvellement de 259 chaires de recherche du Canada. Celles-ci seront réparties au sein de 47 établissements canadiens. De plus, ce financement était accompagné d’un investissement supplémentaire de la FCI de près de 14 millions de dollars pour l’infrastructure de recherche visant à soutenir les titulaires de chaires. En comptabilisant ces sommes et le montant associé aux nouvelles chaires de recherche annoncées plus tôt cette année, le gouvernement estime qu’un sommet a été atteint en 2020 en ce qui concerne les investissements au sein du Programme des chaires de recherche du Canada au cours d’une seule année.

La montée de la génomique

Tandis que les chaires de recherche du Canada ont été instaurées pour retenir les chercheurs au pays, Génome Canada avait essentiellement pour but de créer un nouveau champ de recherche à partir de rien afin que le Canada ait sa place dans cette discipline qui se développait rapidement vu l’engouement autour du projet du génome humain. « Nous n’étions pas dans la course de la génomique; nous ne prenions pas le sujet au sérieux », explique M. Dufour.

Génome Canada a été créé pour mettre en place l’infrastructure, renforcer la capacité de recherche et jeter des ponts entre la recherche et ses applications potentielles, souligne Rob Annan, président et chef de la direction de Génome Canada. Pour cette raison, l’organisme a une structure unique dans le milieu de la recherche au Canada. Indépendant, il exige de ses bénéficiaires qu’ils soient cofinancés par des partenaires du secteur privé. « Près de 100 jeunes entreprises sont nées de nos projets au fil des ans, ce qui est l’une de nos plus grandes réalisations », mentionne M. Annan.

L’organisme est aussi unique parce qu’il ne se concentre pas seulement sur la santé humaine, mais aussi sur la richesse des ressources naturelles canadiennes en soutenant, entre autres, des travaux en agriculture, en foresterie et en exploitation minière. Dispersés d’un bout à l’autre du pays, six centres régionaux indépendants aident à tisser des liens étroits avec les universités et les entreprises locales, précise M. Annan.

Toutefois, séparer ainsi les efforts entre des centres et des études à relativement petite échelle complique la mise sur pied des grands projets nécessaires pour réaliser des études stratégiques pancanadiennes dans des domaines tels que la médecine de précision, comme il s’en fait aux États-Unis et au Royaume-Uni. « [Génome Canada] était une très bonne idée qui a eu un impact majeur au moment de sa création. Cependant, l’organisme doit évoluer pour répondre à la demande actuelle liée aux biosciences et aux mégadonnées de manière à ce que le Canada entre dans la course internationale, déclare Mark Lathrop, directeur du centre de génomique de McGill. Ce n’est pas gagné. »

M. Annan indique que l’organisme est à un moment charnière. Les nouveaux outils, comme les mégadonnées qui permettent d’effectuer des études populationnelles à grande échelle, ainsi que la courte répétition palindromique groupée et régulièrement espacée (CRISPR) qui permet de manipuler l’ADN, ont changé les fondements de la recherche en génomique et ce qu’elle permet de faire. « Nous voulons utiliser la capacité acquise au cours des 20 dernières années pour relever des défis vraiment importants, par exemple en matière de changements climatiques, de soins de santé de précision, d’agriculture et de biofabrication, dit-il. Ces domaines seront foncièrement transformés par les nouvelles technologies, et notre modèle de partenariat nous permet d’appliquer la recherche afin d’en tirer des avantages. »

Le fait que ces deux organismes jouent encore un rôle essentiel dans le milieu de la recherche canadien après 20 ans met en évidence la vision dont ont fait preuve les politiciens et les conseillers en politiques scientifiques qui ont fait pression pour leur création. « Une quantité incroyable d’argent et d’énergie a été consacrée à des expériences pour permettre au Canada d’être reconnu dans le monde, conclut M. Dufour. Du jamais vu depuis. »

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