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Les cafés scientifiques gagnent en popularité

Des scientifiques échangent avec le public dans une ambiance décontractée.

par TIM LOUGHEED | 05 NOV 07

De nombreux chercheurs estiment que les rencontres professionnelles les plus intéressantes et enrichissantes ont lieu dans le cadre de conférences, mais pas toujours à l’endroit où se déroulent les présentations. Ce sont plutôt les échanges passionnés, dans un bar ou un café des environs, qui retiennent leur attention, alors qu’idées et trouvailles ont davantage libre cours.

Soucieuses de sensibiliser le public à des enjeux scientifiques ou médicaux, certaines organisations, dont des universités, tiennent des « cafés scientifiques » inspirés de ces rencontres dans des lieux fréquentés du centre-ville, où on invite les passants à entrer pour s’informer sur différents sujets et en discuter.

Lors d’un café scientifique tenu récemment dans un bar branché d’Ottawa, un petit groupe de personnes bien informées (y compris des étudiants universitaires d’Ottawa) ont bombardé les scientifiques invités de questions concernant la recherche sur les cellules souches et les possibilités de traitement qui en découlent. L’ambiance contrastait avec celle qui règne généralement dans les conférences sur la recherche où on doit composer avec le jargon, le cortège de diapositives et la période de questions trop courte. Les orateurs n’ont parlé que quelques minutes, puis se sont mis à répondre au pied levé aux questions des auditeurs.

« Les gens peuvent ainsi interagir avec des scientifiques et des chercheurs de façon plus personnelle, explique Alison Sekuler, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en neuroscience cognitive de l’Université McMaster et principale instigatrice des cafés scientifiques. ça ressemble plus à une discussion entre amis », précise-t-elle, soulignant le contraste entre cette pratique et une conférence scientifique.

Les « cafés philosophiques » existent depuis une vingtaine d’années en Europe. Ce sont des universitaires qui ont introduit le concept en Amérique du Nord; des gens se réunissent dans des cafés ou des pubs pour discuter d’une question brûlante d’actualité, et les échanges sont animés par des chercheurs. L’Université Simon Fraser organise depuis de nombreuses années des cafés philosophiques à intervalles réguliers hors du campus, et son département d’éducation permanente présente maintenant des événements spéciaux pour adolescents, personnes âgées, collectivités multiculturelles et autres groupes.

La nouveauté? Les discussions sont centrées sur des questions scientifiques. Cette idée est venue aux oreilles de Mme Sekuler lorsqu’elle a participé à l’organisation de la série de conférences Science in the City à McMaster, il y a quelques années. Depuis, elle y prend part et sème l’idée dans les établissements d’un peu partout au pays. En collaboration avec le Centre des sciences de l’Ontario, elle a créé un site Web (www.cafescientifique.ca) affichant le calendrier des événements à l’échelle du pays.

Certains cafés scientifiques sont organisés en collaboration avec des musées, des universités ou les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). Cet organisme subventionnaire de la recherche en santé a organisé des rencontres, de manière non officielle, à Ottawa, Toronto, Edmonton et Halifax sur des sujets comme le vieillissement et l’obésité. Un café scientifique sur l’anxiété et le stress, tenu récemment en français à Gatineau, au Québec, a attiré plus de 50 personnes travaillant dans les tours fédérales avoisinantes.

Les IRSC s’inspirent des thèmes de leurs 13 instituts et sont ouverts aux propositions d’éventuels partenaires (comme les musées, les centres des sciences, les universités et les hôpitaux). En 2008, les IRSC comptent participer à 50 événements de plus, dont certains pourraient avoir lieu simultanément à l’occasion d’une journée nationale des cafés scientifiques.

« Le sujet doit réellement intéresser le public, soutient Karen Spierkel, directrice des communications et du marketing des IRSC. Idéalement, des intervenants autres que des chercheurs devraient être invités, par exemple, des fonctionnaires ou des représentants d’organismes de bienfaisance œuvrant auprès des malades. Évidemment, un café scientifique ne saurait se passer des chercheurs universitaires; c’est en effet le milieu de la recherche qui rend la science intéressante aux yeux du public. »

Mme Sekuler, de l’Université McMaster, estime que les universités ont beaucoup à gagner. Elles sont « les moteurs socio-économiques du pays, et nous devons interagir davantage avec le public afin de lui faire connaître ce qui se passe dans les universités ». Les chercheurs qui participent trouvent souvent que cette expérience façonne leurs propres travaux, ajoute-t-elle, puisque cela leur fait voir un point de vue différent et renouvelle leur façon d’envisager leur sujet de recherche.

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