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Les étudiants en sciences de la santé en renfort partout au pays durant la pandémie

Les étudiants recueillent entre autres de l’équipement de protection, aident les intervenants de première ligne et participent à la recherche des contacts.

par DIANE PETERS | 21 MAI 20

Quand Ali Goodbaum reçoit le texto d’un bénévole qui s’apprête à récupérer ou à déposer des boîtes d’équipement de protection individuelle (ÉPI), elle rend à sa fenêtre. De là, l’étudiante de troisième année en médecine peut voir le garage derrière la maison de sa mère à Toronto; elle ouvre la porte avec une télécommande et observe l’échange à distance.

« C’est formidable, tout s’effectue sans contact », explique cette étudiante de l’Université d’Ottawa qui est rentrée chez elle lorsque ses cours et son stage en milieu hospitalier ont été annulés en raison de la pandémie. Aujourd’hui, Mme Goodbaum et six autres étudiants en médecine de Toronto aident à gérer des centaines de bénévoles qui assurent la distribution d’ÉPI. « Nous ne sommes pas en première ligne. Ce sont nos collègues et nos mentors qui vont au front », affirme-t-elle.

Mme Goodbaum fait partie des milliers d’étudiants en sciences de la santé qui, partout au pays, profitent de ce temps d’arrêt pour se rendre utiles. Les initiatives varient de la collecte d’ÉPI à l’aide aux intervenants de première ligne en passant par le traçage des contacts entre les personnes infectées. Ce faisant, les étudiants acquièrent toutes sortes de compétences allant de la gestion d’une chaîne d’approvisionnement jusqu’à la communication avec des personnes en situation de crise. « C’est comme si nous avions démarré une entreprise », affirme Megan Singh, étudiante de quatrième année en médecine à l’Université Queen’s qui participe à un projet bénévole d’ÉPI à son université.

Depuis sa création à la fin mars, le groupe de Mme Goodbaum, PPE for HCP, a recueilli plus de 20 000 masques et visières, 2 000 blouses et 178 000 paires de gants. Il compte plus de 900 bénévoles qui communiquent avec des donateurs, vont chercher l’équipement et font la livraison. Santé Ontario les oriente vers les établissements de soins de longue durée, les hôpitaux et les refuges qui sont en pénurie. « Nous savions qu’il ne nous reviendrait pas de décider où va l’ÉPI. Nous distribuons l’équipement selon les besoins », explique Mme Goodbaum.

Anna Curry, étudiante de troisième année en médecine, participe à la supervision du projet d’ÉPI de l’Université Queen’s pour le Sud-Est de l’Ontario, avec l’aide de l’Association médicale de l’Ontario. « Les hôpitaux font leurs propres collectes, alors nous visons d’autres établissements comme les cliniques communautaires », explique Mme Curry, dont le stage à l’Hôpital général de Kingston a pris fin prématurément en mars. Elle travaille avec trois autres étudiants en médecine et une soixantaine de bénévoles.

« L’approvisionnement dans la collectivité a ses limites », ajoute-t-elle, et c’est pourquoi les projets de Kingston et de Toronto ont été réorientés et privilégient, entre autres, la collecte de fonds destinés à l’achat d’ÉPI. Le projet de Toronto a déjà recueilli plus de 11 000 dollars.

Mme Goodbaum et son équipe ont aussi créé récemment le programme Toronto Sews, qui permettra à des bénévoles de fabriquer des masques à partir de dons de tissus.

À Kingston, Mme Curry et son équipe collaborent étroitement avec Mme Singh et neuf coordonnateurs qui recueillent des visières fabriquées avec des imprimantes 3D. « Nous nous considérons comme une solution bouche-trou », explique Mme Singh. L’équipe de 60 bénévoles compte de nombreux membres de la collectivité, mais aussi des étudiants en génie qui conçoivent l’équipement, des propriétaires d’imprimantes qui fabriquent les composants et des étudiants en médecine qui utilisent leurs connaissances en hygiène pour assembler le tout. À ce jour, ils ont imprimé 2 400 masques et 3 900 visières, et l’assemblage est en cours. Les ingénieurs ont aussi conçu des prototypes de masques N95, de tentes d’isolement et d’écouvillons nasaux, dont l’efficacité est mise à l’essai.

Yezarni Wynn (en avant) travaille pour PPE for HCPs à l’Université de Toronto.

Aide aux intervenants de première ligne

De loin, la plus importante initiative est celle à laquelle participent des étudiants de la côte Ouest jusqu’aux Maritimes et qui vise à aider les travailleurs de la santé en leur offrant des services de garde d’enfants et d’animaux à domicile, d’épicerie, etc. Elle a été mise sur pied à la mi-mars par cinq étudiants en médecine à l’École de médecine et de dentisterie Schulich de l’Université Western.

« Nous voulions faciliter le travail des professionnels de la santé », explique Montana Hackett, étudiant de première année en médecine à l’Université Western. Après avoir consulté l’agence de santé publique et un cabinet d’avocats local, les étudiants ont créé un programme de jumelage, des lignes directrices et un formulaire d’inscription mis en ligne le 23 mars : 140 étudiants en médecine et en dentisterie se sont portés bénévoles, 100 fournisseurs de soins de santé ont demandé de l’aide et 50 jumelages ont été effectués dès les premiers jours.

Pour certaines tâches, comme faire les courses, la formation médicale est inutile. Par contre, d’autres tâches, comme intervenir auprès de familles stressées ou veiller aux protocoles d’hygiène lors d’interactions avec les enfants, sont directement liées à leur domaine d’études. « À l’école, on parle maintenant beaucoup plus du côté humain. Pour beaucoup d’entre nous, apprendre ces notions en classe et les observer concrètement sont deux choses bien différentes », constate M. Hackett.

Des étudiants d’autres écoles ont commencé à envoyer des demandes d’information à l’Université Western. Peu après, l’équipe a publié ses documents et d’autres communications sur le site de la Fédération des étudiants et des étudiantes en médecine du Canada.

Chaque projet est différent. À Montréal par exemple, l’initiative étudiante de soutien COVID-19, qui a recruté des étudiants en sciences de la santé de la région et fait 70 jumelages avec des intervenants de première ligne, réoriente maintenant ses activités. « Nous disposons d’un bassin d’étudiants très motivés et nous essayons de leur trouver des occasions où ils pourront se rendre utiles. Le projet évolue d’une manière imprévue », explique Laura Pinkham, étudiante de première année en médecine à l’Université McGill. Elle et son équipe de trois coordinateurs ont récemment reçu un don de denrées de Dole Canada; ils ont communiqué avec le YMCA du centre-ville de Montréal, qui s’est servi des denrées pour nourrir les sans-abri. Le groupe cherche aussi à collaborer avec des médecins qui ont des patients dans la collectivité ayant besoin d’une aide spéciale.

Traçage de contacts

Pendant ce temps, le personnel des agences de santé publique partout au pays peine à traiter toutes les demandes de retraçage de contacts. Là aussi, les étudiants prêtent main-forte. « Notre travail consiste à annoncer de mauvaises nouvelles jour après jour », explique Richelle Schindler, une étudiante de cinquième année à l’Université de Calgary et médecin résidente en santé publique. Mme Schindler gère une équipe de 250 étudiants en médecine (y compris de l’Université de l’Alberta) qui font du traçage de contacts pour la province. Les bénévoles doivent informer les personnes dont le test est positif, leur fournir de l’information, trouver les personnes avec qui elles ont été en contact, puis appeler ces dernières.

La Dre Schindler dit que son projet a débuté lorsque l’Université de Calgary a communiqué avec l’agence de santé publique pour proposer aux responsables de s’adresser aux étudiants, qui suivaient désormais leurs cours en ligne. « Nous avons tout organisé pendant une fin de semaine de mars », se rappelle-t-elle. Quelques étudiants ont d’abord été formés, puis ceux-ci ont formé la cohorte suivante. Certains travaillent dans les bureaux de l’agence à Calgary et à Edmonton, d’autres font les appels de chez eux. Selon la Dre Schindler, en plus de faire un excellent travail auprès des clients, les étudiants trouvent des façons d’améliorer le système. « Ils repèrent les problèmes stratégiques et proposent des solutions. »

Ailleurs, d’autres initiatives suivent le modèle de l’Alberta et recourent à des étudiants pour retracer les contacts. C’est le cas à l’Université Western, où des étudiants collaborent avec l’unité de santé Middlesex-London, à London, Ontario. « Nous avons lancé un appel à nos camarades et plus de 100 bénévoles se sont manifestés », raconte Michelle Quaye, étudiante de quatrième année à l’Université Western.

Mme Quaye a elle-même fait du retraçage de contacts, en plus d’assurer l’organisation. « L’expérience nous a ouvert les yeux. Franchement, c’est un honneur pour nous d’aider ces gens personnellement et de rendre ainsi service à toute la collectivité. Nous avons beaucoup appris. »

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