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Les facultés de médecine canadiennes s’engagent à améliorer la santé des Autochtones

Augmenter le nombre d’étudiants autochtones en médecine et étoffer les volets sur la santé des Autochtones figurent parmi les engagements et s’ajoutent aux mesures déjà prises.

par WENDY GLAUSER | 13 AOÛT 19

L’Association des facultés de médecine du Canada (AFMC) a approuvé l’Engagement conjoint à agir pour la santé des Autochtones qui, de l’avis des responsables de la santé des Autochtones, permet enfin de réorienter la formation des étudiants en médecine de manière à mieux servir les collectivités autochtones.

En mai, les représentants des 17 facultés de médecine canadiennes se sont engagés à renforcer les liens avec les collectivités autochtones, à accroître le nombre d’étudiants et de professeurs autochtones, à mettre un frein au racisme anti-autochtone, à instaurer un volet structuré obligatoire sur la santé des Autochtones et à prendre d’autres mesures pour favoriser la santé des Autochtones.

Marcia Anderson, présidente du Réseau sur la santé des Autochtones de l’AFMC, a indiqué que cet engagement visait à répondre aux appels à l’action lancés par la Commission de vérité et réconciliation. Elle espère qu’il permettra d’uniformiser les initiatives relatives à la santé des Autochtones, qui varient considérablement d’une école de médecine à l’autre.

L’Université du Manitoba (où la Dre Anderson enseigne) a remanié son programme en 2014, de façon à ce que le volet sur la santé des Autochtones passe de 11 à 70 heures de cours échelonnées sur les quatre années du programme de médecine. Mais les progrès sont relatifs. « Notre équipe est très solide, mais les enseignants en santé des Autochtones doivent quand même composer avec beaucoup de racisme », explique-t-elle. Pour appuyer les enseignants autochtones, l’Université organise une séance préparatoire et un bilan, et jumelle les enseignants autochtones à des enseignants non autochtones. Ainsi, l’enseignant autochtone ne compose pas seul avec les remarques ouvertement ou subtilement racistes, et ça permet de « mettre en lumière les rôles et responsabilités des médecins partenaires, ou colonisateurs ».

La promotion de la santé des Autochtones est l’un des piliers de l’École de médecine du Nord de l’Ontario (EMNO) – un partenariat entre l’Université Lakehead et l’Université Laurentienne – depuis son ouverture en 2005. L’École intègre la santé des Autochtones à son programme de diverses façons : conférences, séances en petits groupes, études de cas et séances cliniques simulées avec des intervenants autochtones. Elle envoie également tous les étudiants de première année travailler dans une collectivité autochtone pendant cinq semaines. « Je crois que nous sommes les seuls au monde à le faire », indique Lorrilee McGregor, professeure adjointe en santé des Autochtones à l’EMNO.

« Cette expérience permet aux étudiants de mieux comprendre les traumatismes intergénérationnels et la résilience des collectivités. Plusieurs m’ont dit avoir entendu parler des pensionnats et lu des articles à ce sujet, mais que ce n’était qu’en parlant avec les survivants et leurs enfants qu’ils en ont mesuré les effets », précise-t-elle.

Selon Dre McGregor, le fait que les écoles de médecine tissent des liens de confiance avec les collectivités autochtones et que le nombre de médecins autochtones augmente au fil du temps contribuera à améliorer la santé des Autochtones. « Les Autochtones se méfient des personnes en position d’autorité (dont les médecins) en raison des pensionnats et du fait qu’on a longtemps arraché les enfants autochtones à leur famille. Bon nombre d’Autochtones disent à ces personnes ce qu’elles veulent entendre », ajoute-t-elle.

Nicole Labine, Autochtone et résidente en chirurgie à l’Université de la Saskatchewan, est heureuse d’apprendre que toutes les écoles de médecine canadiennes établiront des liens avec les collectivités autochtones. « Souvent, les étudiants autochtones doivent partir loin de chez eux pour poursuivre leurs études en médecine », explique-t-elle. L’établissement de relations à long terme permettra à tous les étudiants de mieux comprendre leurs responsabilités par rapport aux peuples autochtones, et aux étudiants autochtones « de cultiver leur identité culturelle et leur sentiment d’appartenance à la Faculté. »

« Quand une faculté de médecine admet un étudiant autochtone, elle fortifie la collectivité qui soutient cet étudiant depuis qu’il est enfant, » précise Nicole Labine, résidente en chirurgie à l’Université de la Saskatchewan. Photo de Sean Townsend/Université de l’Alberta.

À l’Université de l’Alberta, où la Dre Labine a obtenu son diplôme en médecine le printemps dernier, les membres des collectivités autochtones avoisinantes participent à la prise de décisions, dès l’étape de l’admission au programme. Des intervieweurs autochtones s’entretiennent avec tous les candidats autochtones. Ils visent « à déterminer si les candidats comprennent le caractère systémique et les causes fondamentales des problèmes de santé qui touchent les Autochtones de façon disproportionnée et s’ils ont la volonté d’améliorer le système de santé et de travailler au sein des collectivités », précise Tibetha Kemble, directrice du programme des initiatives en santé des Autochtones à l’Université de l’Alberta. L’Université accueillera onze étudiants autochtones en médecine cette année. Le nombre d’admissions a donc plus que triplé depuis 2017. »

L’Université de l’Alberta utilise divers moyens pour mieux faire comprendre les répercussions du colonialisme sur la santé physique et mentale des Autochtones. Par exemple, l’exercice participatif des couvertures KAIROS (auquel d’autres facultés de médecine canadiennes ont également recours) fait partie intégrante de son cours sur la santé des Autochtones. Dans le cadre de cette activité de 90 minutes, on invite les étudiants à s’asseoir sur des couvertures étendues sur le sol, qui représentent le territoire des Autochtones avant la colonisation. « Les participants doivent quitter la couverture à mesure qu’elle se rabat sur elle-même en raison des maladies, des déménagements forcés et des pensionnats. L’exercice leur ouvre les yeux », indique-t-elle.

L’Université de la Colombie-Britannique a elle aussi commencé à concrétiser bon nombre des mesures qui ont fait l’objet d’un consensus au pays. Depuis 2012, James Andrew, coordonnateur des initiatives relatives aux étudiants autochtones, prend diverses mesures pour qu’augmente le nombre de candidats autochtones au programme de médecine de l’Université. Selon lui, les écoles de médecine doivent faire davantage : il ne suffit pas de demander de cocher une case pour indiquer son origine autochtone. À l’Université de la Colombie-Britannique, les candidats doivent rédiger une dissertation autobiographique pour décrire leur situation. Les autochtones non inscrits reçoivent du soutien dans le cadre d’un processus consistant à présenter, en toute confidentialité, une preuve d’ascendance autochtone à un comité.

Pour inciter les étudiants autochtones à présenter une demande d’admission à la Faculté de médecine, l’Université organise aussi chaque année des ateliers à l’intention des étudiants des niveaux secondaire et universitaire dans différentes régions de la province. Ainsi, les étudiants obtiennent des reseignements sur les cours préalables et la préparation au test d’admission MCAT, et participent à des mini-entrevues multiples (MEM) simulées, un processus préalable qu’utilisent la plupart des Facultés de médecine.

M. Andrew ajoute que les responsables de la santé des Autochtones doivent pouvoir compter sur un vaste appui au sein de l’université. « Pas seulement de la part du bureau des admissions, mais également de l’ensemble du corps professoral, du doyen et de l’université en général. »

« Ça en vaut la peine. Le fait d’augmenter le nombre de diplômés autochtones en médecine aura de grandes répercussions, conclut la Dre Labine. Le point de vue des étudiants autochtones en médecine est précieux, car ils ont eu à surmonter de nombreux obstacles pour en arriver là. Ils sont forts et résilients. Quand une faculté de médecine admet un étudiant autochtone, elle fortifie la collectivité qui soutient cet étudiant depuis qu’il est enfant. Et cela revêt une grande importance pour cette collectivité. »

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