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Les membres des sénats estiment que le rôle du sénat doit être accru

Selon une étude canadienne, seulement la moitié d’entre eux jugent que le sénat est un organe décisionnel efficace.

par ROSANNA TAMBURRI | 10 AVRIL 13

Une nouvelle étude portant sur les rôles et les responsabilités des sénats universitaires révèle un important écart entre le rôle de gouvernance que jouent les sénats au sein des universités et le rôle que leurs membres estiment devoir jouer.

« C’est l’une des conclusions les plus intéressantes de l’étude », affirme Lea Pennock, an-cienne secrétaire de l’Université de la Saskatche-wan et coauteure de l’étude. L’étude, qui fait suite à un exercice semblable réalisé en 2000, se fonde sur un sondage national auprès de membres de sénats universitaires et de secrétaires d’univer-sités, qui coordonnent et appuient les travaux des sénats. Les conclusions ont été présentées aux dirigeants universitaires lors d’un atelier sur le leadership stratégique du sénat organisé en décembre 2012 par l’Association des universités et collèges du Canada (AUCC).

Plus de 90 pour cent des sénateurs interrogés étaient d’avis que le sénat devrait évaluer régulièrement le rendement de l’université dans les domaines liés aux études, mais moins de la moitié a affirmé que le sénat le fait à l’heure actuelle. Compte tenu du rôle important du sénat en ce qui a trait aux normes et à la qualité universitaires, ces réponses confirment que d’autres recherches sont nécessaires, selon les auteurs de l’étude. Pour Mme Pennock, ces écarts tiennent peut-être au fait que les conseils des professeurs s’acquittent de l’essentiel des travaux concernant les normes universitaires et la modification des programmes d’études, puis soumettent leurs conclusions au sénat pour approbation. Elle dit « se douter » que le problème « perçu par les membres des sénats ne tient pas à un manque de respect des normes universitaires, mais bien au fait que le respect des normes n’est pas assuré par le sénat ». La plupart des universités canadiennes possèdent une structure de gouvernance bicamérale où le conseil des gouverneurs est responsable des questions administratives et financières, tandis que le sénat se charge des affaires liées aux études.

Le sondage révèle également que certains membres considèrent le sénat comme un simple mécanisme d’approbation. Quant à savoir si le sénat est un organe décisionnel efficace, environ la moitié des participants se sont dits d’accord avec cet énoncé tandis que 23 pour cent étaient en désaccord. Plus des deux tiers des participants ont affirmé se considérer comme des membres actifs du sénat, mais seulement 45 pour cent s’estimaient en mesure d’influencer ses décisions. Les deux tiers des membres interrogés ont déclaré que la plupart du temps, le sénat approuve surtout les décisions prises ailleurs. Plus de 80 pour cent d’entre eux ont précisé que les travaux du sénat se déroulent en majorité au sein des comités.

Mme Pennock fait remarquer que ces préoccupations de longue date varient d’un groupe à l’autre au sein des sénats, les hauts dirigeants étant plus susceptibles de voir le sénat comme un organe décisionnel efficace et de s’estimer en mesure d’en influencer les décisions. Cette vision des choses est toutefois moins courante chez les professeurs et les étudiants.

Même si certains membres voient le sénat comme un simple mécanisme d’approbation, ils n’estiment pas pour autant que le conseil d’administration ou la direction sont les seuls décideurs, précise Mme Pennock. Selon eux, les comités du sénat prennent les décisions, puis les soumettent à l’ensemble du sénat aux fins d’approbation, « ce qui n’est pas nécessairement une mauvaise chose ». Certains établissements ont simplifié la structure et réduit le nombre de comités du sénat pour les rendre plus efficaces, souligne-t-elle.

Autre conclusion importante de l’étude, selon Mme Pennock : bien que 94 pour cent des personnes interrogées estiment que le sénat devrait évaluer son propre rendement, seulement 26 pour cent d’entre elles affirment qu’une telle évaluation a lieu. Des mesures permettant aux sénateurs de mener des évaluations internes sont mises en œuvre actuellement dans plusieurs établissements.

La taille des sénats varie, allant de moins de 25 membres à plus de 200. Des 38 universités ayant participé à l’étude, 10 (pour la plupart des établissements axés sur la recherche) avaient des sénats constitués de plus de 100 membres. Dans beaucoup d’universités récemment créées à partir d’anciens collèges ou collèges universitaires, le sénat comptait moins de 50 membres.

Au sein des établissements ayant participé à l’étude, les professeurs constituaient la majorité des membres du sénat, représentant en moyenne 48 pour cent des membres. Les étudiants représentaient 16 pour cent des membres, les doyens, 13 pour cent, et les autres hauts dirigeants et chefs de département, cinq pour cent chacun. Des vice-recteurs, des recteurs, des di-plômés, du personnel non enseignant, des représentants gouvernementaux et autres complétaient la composition des sénats. L’âge moyen des sénateurs était de 48 ans. Les sénats comptaient une proportion de 58 pour cent d’hommes en 2012, comparativement à 73 pour cent dans l’étude précédente.

Les secrétaires d’université ont soulevé plusieurs préoccupations, dont entre autres les défis liés à l’engagement des membres du sénat, les tensions entre les différents groupes au sein du sénat et les conflits découlant du chevauchement des responsabilités du sénat, de l’administration et du conseil d’administration de l’université. Les lois sur les universités définissent clairement les responsabilités du conseil d’administration et celles du sénat, mais des chevauchements sont à prévoir. « Une certaine confusion des rôles est presque inévitable, explique Mme Pennock, puisqu’il est impossible d’établir le budget sans penser aux programmes d’études, et vice versa. »

Pour améliorer la situation, elle propose entre autres de réunir le sénat et le conseil d’administration pour discuter de la complémentarité de leurs rôles dans la mission universitaire.

Cette proposition est ressortie de l’atelier de l’AUCC auquel ont participé en décembre 33 recteurs et vice-recteurs à l’enseignement de 24 établissements membres. Dans le résumé de l’atelier transmis aux recteurs, on souligne que les sénats universitaires sont soumis à des pressions nouvelles engendrées par l’économie, le rythme effréné des changements touchant l’enseignement supérieur et l’ingérence croissante des gouvernements dans les dossiers qui relèvent des compétences des sénats. On y précise également qu’il est difficile d’amener les différents groupes au sein du sénat à aller au-delà de leurs propres intérêts. Le document illustre le rôle crucial des hauts dirigeants universitaires pour résoudre ces problèmes.

« Les participants à l’atelier ont affirmé que l’engagement des sénats est en voie d’être restauré et que les chefs d’établissement doivent en profiter pour instaurer un climat favorable, résume Pari Johnston, directrice des relations avec les membres de l’AUCC. Les dirigeants universitaires doivent y prêter une attention stratégique afin que les sénats jouent le rôle de gouvernance qui leur revient au sein des établissements. »

Mme Pennock et Jeff Leclerc, secrétaire de l’Université du Manitoba, ont présenté les résultats de l’étude lors de l’atelier de l’AUCC. Les deux autres auteurs sont Glen Jones, professeur à l’Institut d’études pédagogiques de l’Ontario (IEPO) de l’Université de Toronto, et Sharon Li, doctorante à l’IEPO. Les conclusions seront également présentées lors du congrès annuel de la Société canadienne pour l’étude de l’enseignement supérieur, dans le cadre du Congrès des sciences humaines, en juin 2013, à Victoria.

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