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Les réalités économiques poussent les universités à revoir leurs programmes

« Il n’y a ni cibles prioritaires, ni programmes ou services à l’abri », affirme une dirigeante universitaire.

par ROSANNA TAMBURRI | 31 OCT 12

À l’heure où les universités font face à des contraintes financières et à l’obligation de rendre des comptes au public, certaines d’entre elles ont entrepris un examen complet de leurs programmes et services afin de déterminer ceux qu’il convient d’abolir ou de modifier.

L’Université de Guelph a ainsi amorcé en septembre son « processus de classement des programmes par ordre de priorité », entre autres dans le but de réduire son déficit budgétaire pour les quatre prochaines années, estimé à 34 millions de dollars. « Nous devons assurer la viabilité financière de l’établissement, explique sa provost et vice-rectrice aux études, Maureen Mancuso. Pour ce faire, il nous faut discuter sérieusement de ce que nous pouvons, et ne pouvons plus, continuer à faire. Ce n’est pas facile. »

Depuis quatre ans, l’Université de Guelph a procédé à des compressions budgétaires de 46 millions de dollars, principalement en ayant recours à l’attrition. Malgré cela, l’écart entre ses recettes et ses dépenses continue de se creuser, déplore Mme Mancuso. Tous les programmes et services, du service des sports au bureau du recteur, sont visés par le processus engagé. « Il n’y a ni cibles prioritaires, ni programmes ou services à l’abri », dit-elle.

Lors d’une récente assemblée publique tenue sur le campus de l’Université de Guelph, le recteur, Alastair Summerlee, et Mme Mancuso ont dû répondre à des questions délicates touchant de possibles abolitions et licenciements. « Nous faisons face à des coûts croissants couplés à des budgets non extensibles, a expliqué M. Summerlee. Nous n’avons pas le choix : il nous faut trouver une façon de fonctionner autrement. Nous ne savons absolument pas si, au terme du processus, des emplois seront touchés. Nous ne croyons pas que ces décisions doivent être prises en secret par les hauts dirigeants derrière des portes closes. »

L’Université de Guelph n’est que l’un des établissements à avoir entamé l’examen de ses programmes. Parmi ceux-ci figurent également l’Université Wilfrid Laurier, l’Université de l’Île de Vancouver et l’Université de Regina. Le processus repose pour l’essentiel sur une stratégie formulée par un ancien recteur américain, aujour-d’hui consultant, Robert Dickeson, dans Prioriti-zing Academic Programs and Services: Reallocating Resources to Achieve Strategic Balance (2010).

L’Université de Guelph mène son examen en lien direct avec M. Dickeson. Tous les départements et services sont tenus de remplir un formulaire indiquant en détail les programmes et services qu’ils offrent, le nombre d’inscriptions et d’autres données. Un groupe de travail de 21 personnes composé de professeurs, de membres du personnel et d’étudiants a été mis sur pied afin de classer les programmes et services de l’établissement par ordre de priorité, selon les données recueillies.

Les hauts dirigeants de l’Université de Guelph s’appuieront sur les données qui leur seront communiquées pour prendre les décisions budgétaires qui s’imposent. « Il n’est pas question d’étaler uniformément la réduction budgétaire de 34 millions de dollars sur l’ensemble des programmes et services », précise Mme Mancuso. L’Université entend intégrer l’examen de ses programmes à son cycle de pla-nification de manière à favoriser désormais la prise de décisions fondées sur des données probantes. Elle ajoute qu’un tel examen s’inscrit dans le cadre des efforts de l’établisse-ment destinés à « faire le point » et à garantir la prise de décisions judicieuses, en périodes de croissance ou de décroissance.

L’Université Wilfrid Laurier s’est engagée plus tôt cette année dans un processus similaire. « Il ne s’agit pas de réduire les coûts tous azimuts et uniformément, précise le recteur de l’éta-blissement, Max Blouw, dans un message publié sur le site Web de celui-ci. L’exercice vise plutôt à mettre l’accent sur l’efficience opérationnelle et sur le financement des points forts de l’établisse-ment pour garantir sa pérennité. »

Après s’être livrée à un examen de ce type, l’Université de Regina a décidé d’abolir ses programmes de baccalauréat en art dramatique, en études théâtrales, en design ainsi qu’en gestion scénique. Elle les a fusionnés en un seul, à savoir un baccalauréat en arts avec majeure en théâtre et performance. Elle a également entrepris de revoir son baccalauréat en sciences politiques, et décidé de proposer une nouvelle maîtrise en gestion sanitaire.

L’Université de l’Île de Vancouver  vient pour sa part de terminer l’examen de ses 130 programmes d’études. La plupart, déclarés valables, ont été maintenus. Quatre ont vu leur abolition recommandée, trois ont été suspendus, 20 devront être améliorés, et deux sont appelés à prendre de l’ampleur. Les modifications à apporter seront soumises en novembre à l’examen du Sénat. L’abolition de certains programmes se fera graduellement, et l’expansion d’autres programmes sera échelonnée sur une plage de trois à cinq ans.

« Cet examen a en partie été entrepris pour des raisons budgétaires, concède le vice-recteur aux études et provost de l’Université de l’Île de Vancouver, Dave Witty, mais notre souci premier a toujours été la qualité des programmes. »

« L’exer-cice a demandé beaucoup de travail, a-t-il dit. Il s’est révélé exigeant, déconcertant au départ, mais les gens ont peu à peu compris pourquoi il était nécessaire. Les établissements doivent se livrer à ce genre exercice. Mieux vaut qu’ils le fassent eux-mêmes, sans attendre que d’autres ne s’en chargent. »

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