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ACTUALITÉS

Les universités canadiennes d’art et de design se transforment

Leurs nouveaux campus contribuent à la rénovation urbaine et témoignent de l’importance de l’art pour les citoyens.

par JACKIE WONG | 31 OCT 17

En septembre dernier, après des centaines de réunions, des années de débats et d’innombrables heures de planification, le nouveau campus de l’Institut Emily Carr d’art et de design a finalement ouvert ses portes dans le quartier False Creek Flats, à Vancouver. Le recteur de l’Institut, Ron Burnett, a consacré à ce projet 16 des 21 années qu’il y a passées à la direction.

Créé en 1925 sous le nom de Vancouver School of Decorative and Applied Arts, l’Institut a d’abord occupé le dernier étage du siège social de la Commission scolaire de Vancouver, au centre-ville. Pendant des décennies, il a occupé une succession de terrains loués, où ses étudiants et professeurs s’entassaient depuis 1980 dans une série d’immeubles situés sur Granville Island, une île qui abritait alors un marché public et des studios d’artistes. Cette migration incessante prendra fin cet automne : l’Institut dispose désormais d’un campus construit expressément pour l’accueillir. « Nous sommes propriétaires du terrain, ce qui est une première dans l’histoire de l’établissement », souligne M. Burnett.

L’immeuble du nouveau campus fait 27 000 m2 répartis sur quatre étages. Clair et spacieux, il s’étend sur deux pâtés de maisons. Situé sur un ancien terrain industriel qui abritait jadis un dépôt de rails, il témoigne du renouvellement d’un quartier jusqu’alors relativement peu développé.

Le nouveau campus de l’Institut Emily Carr. Photo de Emily Carr.

Les 15 couleurs de la façade du nouvel immeuble ont été choisies par les professeurs de l’Institut et les artistes vancouvérois Landon Mackenzie et Ben Reeves. Elles se veulent un hommage à l’oeuvre de la peintre britannocolombienne Emily Carr, dont l’Institut porte le nom. À l’intérieur, un atrium de trois étages laisse entrer la lumière. À l’extérieur s’étalent deux vastes places pouvant accueillir de grands rassemblements publics, une chose rare dans l’est de la ville qui en compte relativement peu comparativement à l’ouest et au centre-ville.

Conçu par le cabinet d’architecture canadien Diamond Schmitt Architects, le nouveau campus de 122,6 millions de dollars se fond dans la ville qui l’entoure, ville qui, malgré la proximité des montagnes et de l’océan, est dépourvue de la vitalité artistique caractéristique des grands centres urbains. « Vancouver manque malheureusement d’infrastructures culturelles diversifiées », déplore M. Burnett, qui estime toutefois que le nouveau campus pourrait contribuer à combler cette lacune.

À Toronto, la symbiose entre la plus grande école d’art de la ville et ses environs est plus importante qu’à Vancouver. L’École d’art et de design de l’Ontario procède en effet à une rénovation complète de son campus du centre-ville, situé rue McCaul. Appelé Creative City Campus, le projet en cours se traduira par la rénovation et la transformation de quelque 8 800 m2 d’installations et par l’ajout de 4 600 m2 de nouvelles infrastructures.

« Nous nous réjouissons de cette étape charnière, déclare la rectrice de l’École, Sara Diamond. Il a fallu beaucoup de planification pour que le projet se concrétise. » Selon Mme Diamond, l’entreprise repose avant tout sur un désir de « rendre le campus accessible, perméable et intégré, et d’offrir à la population la possibilité d’interagir avec lui, mais aussi d’améliorer la durabilité et de réduire son empreinte carbone. »

D’autres projets sont en cours, dont la création d’un campus satellite appelé Campus for the Connected World sur les rives du lac Ontario, à Toronto. Ce projet n’en est toutefois qu’à sa phase d’élaboration initiale, dont l’achèvement est prévu en avril 2018. À l’instar du nouveau campus de l’Institut Emily Carr d’art et de design, le Campus for the Connected World de l’École d’art et de design de l’Ontario s’inscrit dans un processus de rénovation urbaine d’un quartier peu développé. L’objectif est de faire de ce nouveau campus une plaque tournante pour les secteurs de la création et des technologies afin « d’examiner les technologies de la prochaine génération sous un angle humain », comme le dit Mme Diamond.

Selon elle, la poursuite de cet objectif nécessitera une intégration intersectorielle avec la Ville de Toronto et ses secteurs de la technologie, des sciences, du génie et de la santé. L’établissement s’est par ailleurs doté d’un nouveau plan universitaire visant à multiplier les possibilités d’apprentissage par l’expérience offertes aux étudiants – ce qui, d’après Mme Diamond, devrait les aider à obtenir un emploi dans des secteurs variés dès l’obtention de leur diplôme.

Avec ses 4 400 étudiants, l’École affiche pratiquement le double de l’effectif étudiant de l’Institut Emily Carr d’art et de design. Plus à l’est, à Halifax, le Collège d’art et de design de la Nouvelle-Écosse, qui ne comptait qu’environ 800 étudiants en 2016, s’est doté en 2007 d’un campus satellite en bord de mer appelé Port Campus. Son campus principal reste toutefois situé au centre-ville, prisonnier des immeubles exigus datant de l’ère victorienne qu’il occupe depuis les années 1970. La perspective de son déménagement dans le port pour en faire un campus unique est à l’étude; toutefois, au moment d’écrire ces lignes, la rectrice du Collège, Dianne Taylor-Gearing, estimait qu’il était trop tôt pour en parler.

Toutes ces considérations sur l’évolution de ces trois établissements d’art et de design peuvent facilement faire oublier à quel point leur fondation est lointaine : 1876 pour l’École d’art et de design de l’Ontario, 1887 pour le Collège d’art et de design de la Nouvelle-Écosse et 1925 pour l’Institut Emily Carr d’art et de design en Colombie-Britannique. Depuis ces époques, notre perception de l’art et de sa contribution à façonner la ville a beaucoup changé.

Selon M. Burnett, qui quittera son poste de recteur en juillet 2018, les récentes évolutions du campus de l’Institut ont avant tout été dictées par « l’importance de l’art et du design pour les citoyens ». Pour lui, l’art et le design sont aussi essentiels que l’air qu’on respire : « Je ne sais pas comment on peut vivre sans admirer les fruits de la créativité d’autrui », conclut-il.

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