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Les universités canadiennes plus unies que jamais pour le climat

Les chartes d’investissement et les partenariats internationaux ne sont que quelques exemples des moyens utilisés pour améliorer la lutte intersectorielle contre les changements climatiques.

par EVA VOINIGESCU | 21 SEP 20

Si vous demandez aux recteurs de trois des plus grandes universités de recherche au Canada ce qu’ils pensent du rôle des établissements universitaires dans la lutte contre les changements climatiques, leurs réponses (éduquer, faire de la recherche et réduire la consommation d’énergie des campus) ne vous étonneront pas. Pourtant, la gestion des investissements financiers fait de plus en plus partie de l’équation. Et en 2020, il ne s’agit que de l’un des domaines de collaboration des universités canadiennes en vue d’accélérer leurs progrès.

« Selon moi, les changements climatiques sont un enjeu si grand que bien des gens se sentent impuissants. Et ce sentiment tend à se traduire par du découragement, affirme Suzanne Fortier, principale de l’Université McGill. Je sais bien que les actions entreprises par mon établissement ne sont qu’une goutte d’eau dans l’océan. Mais si nos actions se multiplient, à McGill, à Toronto et dans toutes les universités du Canada et du reste du monde, elles ne seront plus vaines. »

Trois initiatives universitaires démontrent bien les possibilités de partenariats intersectoriels aux échelles régionale, nationale et mondiale. La première est une charte signée en juin par 15 universités canadiennes. La Charte des universités canadiennes pour des placements écoresponsables à l’heure des changements climatiques s’appuie sur le fait de plus en plus reconnu dans le secteur des services financiers que les changements climatiques représentent aussi un risque financier. Ses signataires s’engagent à réduire leur empreinte carbone en adoptant des pratiques d’investissement stratégiques. La charte demande le respect des Principes pour l’investissement responsable appuyés par les Nations Unies, ainsi qu’une évaluation accrue des facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance lors de la prise de décisions liées aux investissements, une participation active favorisant la divulgation des risques liés au climat, et des rapports réguliers sur l’intensité des émissions de carbone associées aux portefeuilles de placements des établissements.


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Tant sur les plans environnemental que fiduciaire, « les universités doivent prendre ce type de préoccupations très au sérieux, affirme Meric Gertler, recteur de l’Université de Toronto. Nous pensons qu’en inspirant un groupe d’universités à signer une telle charte, notre secteur aurait une incidence collective encore plus grande. »

La charte mise sur les engagements actuels en matière de changements climatiques des 15 signataires, comme la construction du plus grand champ géothermique urbain du Canada à l’Université de Toronto et la remise en état des immeubles patrimoniaux de l’Université McGill pour atteindre la carboneutralité d’ici 2040. Mises en parallèle, ces stratégies de réduction des émissions de carbone s’ajoutent au mouvement mondial rejetant les entreprises de combustibles fossiles.

« Chaque université canadienne défend sa propre philosophie en matière de désinvestissements et d’investissements stratégiques visant à lutter contre les changements climatiques », souligne Santa Ono, recteur de l’Université de la Colombie-Britannique, qui considère que la charte et les autres groupes d’action collective constituent pour les universités une occasion d’unir leurs efforts, mais aussi d’apprentissage mutuel. « Il s’agit en fait de l’écosystème idéal pour mettre différentes démarches à l’essai. »

L’Université de Toronto et l’Université McGill ont bien plus d’incidence en s’engageant à réduire les émissions de carbone associées à leur portefeuille de placements qu’en visant uniquement le désinvestissement. L’Université McGill compte ainsi plus que doubler la réduction de son empreinte carbone, tandis que l’Université de Toronto une réduction de 40 pour cent de son empreinte d’ici 2030, comparativement à 13 pour cent seulement si elle s’en tenait à ses désinvestissements visant le secteur des combustibles fossiles.

Ces trois universités participent également à d’autres efforts collectifs de lutte contre les changements climatiques. En avril, l’Université McGill s’est jointe à l’Alliance universitaire internationale pour le climat. Elle est pour le moment le seul membre canadien de ce groupe de 40 universités provenant de 18 pays et de six continents. Les membres de l’Alliance partagent leurs travaux de recherche sur le climat afin de mobiliser le grand public, l’industrie et les décideurs, et de coordonner les initiatives internationales comme la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques.

Le 30 juin, M. Ono a pris la direction de la Coalition universitaire sur les changements climatiques (UC3), auparavant présidée par Janet Napolitano, l’ancienne rectrice de l’Université de Californie. L’Université de la Colombie-Britannique compte parmi les membres fondateurs de ce réseau de 22 universités de recherche nord-américaines « engagé dans une lutte pour le climat et une collaboration intersectorielle ». Ses membres, dont l’Université de Toronto, interviennent tant auprès de la direction que du corps professoral et étudiant, et participent à la planification sur les campus.

M. Ono souligne l’importance des coalitions pour surmonter un problème d’une telle ampleur, mais ajoute qu’il faut en faire encore plus. « La coalition UC3 devra elle-même interagir avec les universités du groupe U7+, d’envergure mondiale. Elle devra joindre ses efforts à ceux d’autres consortiums. »

Ainsi, en 2019, l’Université McGill, l’Université de Toronto et l’Université de la Colombie-Britannique sont toutes devenues membres de l’alliance U7+, qui rassemble des universités des pays du G7 et d’ailleurs qui considèrent que le milieu universitaire joue un rôle clé dans l’avancement d’une action multilatérale sur les changements climatiques. Les universités de U7+ se sont donc engagées à se réunir une fois par année dans le cadre du Sommet du G7. L’Université d’Ottawa et l’Université de Montréal en sont aussi membres.

La coalition UC3 et l’alliance U7+ partagent la même volonté d’inciter les étudiants à adopter une démarche interdisciplinaire et à forger des relations intersectorielles. M. Ono affirme que, peu importe les liens qu’elles tissent hors du milieu universitaire, les coalitions universitaires doivent soutenir les étudiants et créer en parallèle des initiatives comme le centre de ressources sur le climat des étudiants de l’Université de la Colombie-Britannique, qui vise à conjuguer les efforts des étudiants et des intervenants communautaires pour lutter contre les changements climatiques.

« Les universités sont depuis longtemps des figures de proue, des endroits où émergent les nouvelles idées que les autres secteurs pourront reproduire et approfondir, indique M. Ono. Mais les entreprises privées nous rattrapent. Nous ne pouvons pas nous asseoir sur nos lauriers et présumer que nous jouerons toujours un rôle de premier plan. »

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