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Les universités expérimentent avec les MOOC

par ROSANNA TAMBURRI | 08 OCT 14

Trois ans environ se sont écoulés depuis le lancement du premier cours en ligne ouvert à tous (MOOC) aux États-Unis, et depuis, les MOOC ont de plus en plus leur place dans le paysage de l’enseignement supérieur. Certaines des plus grandes universités canadiennes élargissent leur éventail de cours et appliquent les leçons tirées au bénéfice des étudiants qui fréquentent les campus et paient des frais de scolarité.

Étonnamment, les MOOC ont permis aux universités de découvrir que les classes nombreuses présentent des avantages pour les étudiants. « Nous avons toujours cru que les cours perdaient en qualité lorsque le nombre d’étudiants augmentait, explique Gregor Kiczales, professeur d’informatique à l’Université de la Colombie-Britannique. Dans le cas des MOOC, nous avons constaté qu’ils regagnaient en qualité lorsqu’ils atteignaient une certaine taille. »

Ce phénomène s’explique entre autres par le fait que les commentaires de plusieurs milliers d’étudiants aident les professeurs à évaluer ce qui fonctionne le mieux et à déceler dans le matériel pédagogique des lacunes qui risqueraient de passer inaperçues dans de plus petites classes. Si un millier d’étudiants inscrits à un MOOC n’arrivent pas à résoudre un problème qui leur a été soumis, c’est signe que la question est mal formulée, explique M. Kiczales. « Nous avons tous eu des révélations sur notre façon d’enseigner. »

Depuis le printemps de 2013, l’Université de la Colombie-Britannique a lancé quatre MOOC, dont un cours d’informatique donné par M. Kiczales. L’établissement prévoit en offrir quatre de plus cet automne sur la plateforme edX. Le professeur d’informatique a pu utiliser le MOOC pour améliorer son cours sur le campus, qui intègre une partie de la matière du cours en ligne. Lorsque des étudiants viennent solliciter de l’aide à son bureau, il peut passer en revue avec eux les exposés magistraux en ligne afin de cerner exactement ce qui leur pose problème. « Nous avons constaté une amélioration de la qualité des échanges », souligne-t-il.

Les discussions entre pairs qui se déroulent sur les forums en ligne des MOOC sont d’une valeur inestimable, constatent certains professeurs. « Nous avons été impressionnés par le niveau d’engagement des étudiants et par la profondeur des échanges », explique Laura Winer, directrice par intérim des services d’enseignement et d’apprentissage à l’Université McGill. À tel point que l’établissement prévoit lancer, exclusivement pour ses étudiants, une version en ligne menant à l’obtention de crédits d’un MOOC sur la chimie alimentaire. En prime, il n’est pas nécessaire de limiter le nombre d’inscriptions aux cours en ligne.

L’Université McGill offre deux MOOC : celui sur la chimie alimentaire, offert en janvier dernier, et un autre sur les catastrophes naturelles. Plus tard cette année, l’Université prévoit lancer un MOOC donné par Henry Mintzberg, expert renommé de la gestion, et un autre consacré à la médecine sportive. Elle utilise la plateforme edX, un projet conjoint de l’Université Harvard et de l’Institut de technologie du Massachusetts (MIT). Le volet de recherche de la plateforme edX permet à l’Université McGill de mettre en commun des expériences et des idées avec des universités d’Amérique du Nord et d’Europe, indique Mme Winer.

Les fonds nécessaires à la production d’un MOOC varient considérablement selon la durée du cours et le modèle utilisé. L’Université McGill investit environ 200 000 $ dans l’élaboration de chaque MOOC, un montant qui se situe dans l’extrémité supérieure de la fourchette. L’Université a créé ses MOOC à partir de cours existants en les remaniant complètement pour les adapter à la formule d’apprentissage en ligne. Les fonds proviennent de sources philanthropiques et non pas du budget de fonctionnement de l’Université, précise Mme Winer.

L’Université de l’Alberta a consacré neuf mois à l’élaboration d’un MOOC sur la paléontologie qu’elle a lancé en septembre 2013. Outre les professeurs et les concepteurs du cours, l’équipe comprend des graphistes, des réviseurs, des maquilleurs et même un professeur d’art dramatique. L’Université a lancé trois versions d’un même cours en ligne, ce qui illustre bien l’incidence des MOOC sur l’apprentissage des étudiants : Dino 101, une version gratuite offerte sur la plateforme Coursera; Paleo 200, un cours en ligne menant à l’obtention de crédits à l’intention de ses étudiants; et Paleo 201, un modèle mixte qui prévoit du temps en classe et du travail sur le terrain, aussi à l’intention de ses étudiants. Les trois versions reposent sur le même contenu en ligne, mais les étudiants de l’Université devaient se soumettre à des examens surveillés, et le nombre maximal d’inscriptions à Paleo 201 était de 50.

Les chercheurs de l’Université de l’Alberta ont été agréablement surpris des taux d’achèvement des cours Paleo 200 et 201, soit 98 et 100 pour cent respectivement. Ils ne savent pas exactement pourquoi, mais Glen Loppnow, vice-doyen à l’apprentissage et à l’innovation à la faculté des sciences, a remarqué que plusieurs étudiants en probation se sont inscrits à Paleo 200 et ont obtenu dans ce cours des notes plus élevées que dans leurs autres cours. Ils lui ont dit qu’ils aimaient la souplesse du cours en ligne. Ils pouvaient se « gaver » d’exposés magistraux tant qu’ils le souhaitaient, au moment qui leur convenait. Pour certains, cela se passait après les heures de travail. Pour d’autres souffrant de problèmes de santé, quand leur traitement le leur permettait.

« Il s’agit d’une leçon extrêmement importante pour notre université, affirme M. Loppnow. Parfois, une certaine souplesse favorise réellement la réussite des étudiants. » L’Université de l’Alberta compte offrir les trois versions du cours de paléontologie encore cet automne, ainsi qu’un cours consacré aux jeux vidéo.

Le taux d’achèvement de la version gratuite du MOOC était de 17 pour cent, soit trois fois celui de la plupart des MOOC, mais encore bien en dessous des taux observables pour les cours sur les campus. Ceux qui s’inscrivent à un MOOC n’ont souvent pas les mêmes objectifs que les étudiants qui fréquentent les campus, explique Jonathan Schaeffer, doyen de la faculté des sciences de l’Université de l’Alberta. Beaucoup de participants s’inscrivent uniquement pour parcourir le contenu du cours. Certains étudiants regardent les exposés magistraux, mais n’ont pas l’intention de satisfaire aux exigences. Par ailleurs, les participants à un MOOC sont souvent plus âgés, possèdent de l’expérience de travail et se trouvent à l’étranger. Malgré ces différences, des observateurs estiment que les leçons tirées de l’analyse des motivations de ces étudiants qui n’ont pas la pression de terminer un cours pourraient avoir des répercussions importantes sur les étudiants traditionnels.

L’Université de l’Alberta mise sur les leçons qu’elle a tirées des MOOC pour lancer une entreprise de production de MOOC, une première selon elle. L’été dernier, MM. Schaeffer et Loppnow, en collaboration avec Jennifer Chesney, vice-rectrice adjointe à la stratégie numérique, ont créé une entreprise dérivée à but non lucratif qu’ils ont baptisée Onlea (de l’anglais online et learning). Onlea s’associe à des professeurs pour produire des cours en ligne et mixtes pour plateformes de MOOC et systèmes de gestion de l’apprentissage. L’entreprise ne fait pas concurrence à des fournisseurs comme Coursera, edX et Udacity. « Nous nous concentrons sur le produit, explique Mme Chesney. Nous aspirons à devenir le Pixar des produits d’éducation publics. » Onlea compte une clientèle internationale formée d’établissements d’enseignement et d’entreprises que la vice-rectrice adjointe s’abstient de nommer.

En Ontario, l’Université de Toronto utilise, dans le cadre d’un cours d’apprentissage mixte destiné à ses étudiants de première année sur le campus, des vidéos qu’elle a créées pour un cours de programmation informatique hébergé sur la plateforme Coursera. Les étudiants regardent les vidéos et répondent à des questionnaires par eux-mêmes, puis se réunissent en classe pour résoudre des problèmes plus difficiles. Selon Paul Gries, un professeur, il n’est pas encore possible de déterminer à quel point cette façon de faire améliore l’apprentissage, mais les notes à l’examen final étaient supérieures de huit pour cent à celles de l’année précédente, alors que le cours était offert en format traditionnel.

Des établissements de petite taille commencent aussi à offrir des MOOC. La TÉLUQ, composante à distance du réseau des Universités du Québec, vient d’en lancer un sur l’histoire politique du Québec, et un autre sur la conciliation travail-famille. Ces cours suscitent particulièrement l’intérêt d’étudiants situés dans des pays francophones d’Afrique et d’Europe.

« C’est une bonne façon de faire connaître nos cours et nos programmes et de montrer aux étudiants à quoi ressemble une expérience d’études en ligne », explique Martin Noël, directeur des affaires académiques à la TÉLUQ. Les cours sont offerts sur la plateforme de la TÉLUQ, à l’adresse www.ulibre.ca, élaborée à partie du code source ouvert d’edX. L’Université espère que d’autres établissements du Québec utiliseront sa plateforme pour offrir leurs propres MOOC.

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