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Les universités ouvrent des campus à l’étranger avec des résultats peu concluants

Les universités canadiennes ont connu des retards et une croissance des effectifs plus lente que prévu.

par ROSANNA TAMBURRI | 09 JAN 13

Les rares établissements postsecondaires ca-nadiens qui ont ouvert des campus satellites à l’étranger au cours des dernières années ont obtenu des résultats peu concluants, illustrant à quel point il peut être risqué de s’aventurer dans des eaux étrangères. Parmi les universités qui l’ont fait, l’Université de Calgary a ouvert une école de sciences infirmières au Qatar, la Schulich School of Business de l’Université York est sur le point d’ouvrir une école de commerce en Inde, et l’Université de Waterloo  vient d’annoncer la fermeture imminente de son campus à Dubaï.

L’Université de Calgary au Qatar (UCQ) a tenu, en novembre dernier, sa troisième cérémonie de remise des diplômes lors de laquelle douze étudiantes ont reçu leur baccalauréat en sciences infirmières; un redressement important pour cet établissement situé à Doha. Une qua-rantaine d’étudiants ont obtenu leur diplôme depuis l’ouverture de l’UCQ en 2007, et 50 autres devraient l’obtenir l’an prochain. Les effectifs étudiants se chiffrent autour de 300 et devraient atteindre 400 l’an prochain. Un programme de maîtrise devrait être instauré au début de 2013.

La réussite a quand même pris du temps, admet Dru Marshall, provost et vice-rectrice à l’enseignement à l’Université de Calgary. « Les deux premières années n’ont pas été très fructueuses; il a fallu cinq ans pour parvenir aux résultats que nous connaissons aujourd’hui », explique-t-elle.

Un récent rapport du Bureau canadien de l’éducation internationale (BCEI) indique que les établissements canadiens font face à de multiples difficultés lorsqu’ils ouvrent un campus à l’étranger. Ils doivent entre autres livrer une concurrence féroce à leurs homologues des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de l’Australie, assumer des coûts élevés de développement et de fonctionnement, et composer avec la réglementation souvent obscure du pays hôte. Le rapport fait une distinction entre les campus situés à l’étranger et la majorité des programmes postsecondaires canadiens offerts à l’étranger par l’entremise d’une université partenaire. La plupart de ces partenariats sont en fait des jumelages qui permettent aux étudiants d’effectuer une partie de leurs études au Canada et d’obtenir un diplôme conjoint. Un tel arrangement permet aux établissements canadiens d’utiliser une infrastructure déjà en place et d’atténuer les risques financiers, énonce le rapport du BCEI.

Moins communs que les jumelages, les campus satellites permettent aux étudiants étrangers qui les fréquentent de suivre un programme d’études canadien et d’obtenir un diplôme d’une université canadienne. Selon Philip Altbach, professeur et directeur du centre pour l’éducation internationale du Collège de Boston, les universités se lancent souvent dans ce genre d’entreprise pour promouvoir l’internationalisation et recruter des étudiants sur leur campus principal. D’autres, y compris certains établissements australiens, la considèrent comme une activité génératrice de revenus. Dans la région pétrolifère du golfe Persique, les gouvernements locaux ont courtisé des universités étrangères pour qu’elles ouvrent des campus satellites et ont même payé la note, « alors les universités ne risquaient pas grand-chose », explique-t-il.

Le campus de l’Université de Calgary situé à Doha est soutenu par le gouvernement qatari. L’un des principaux obstacles qu’a dû surmonter l’Université de Calgary au début est le peu d’estime que manifeste la population du Qatar pour la profession d’infirmière, raconte Mme Marshall. L’Université a alors entrepris une vaste campagne de publicité pour promouvoir la valeur de la profession d’infirmière. Le soutien de Sheikha Moza bint Nasser, la femme de l’émir au pouvoir, a permis de radicalement transformer cette perception, ajoute Mme Mashall. Lorsque, récemment, l’UCQ s’est rendue dans une école secondaire locale pour recruter des étudiants potentiels, environ 70 élèves se sont montrés intéressés, contrairement à une quin-zaine par les années passées. « Voici un exemple de l’influence que peut avoir un chef d’État sur la valeur accordée à une profession, une profession qui commence à se développer dans ce pays », précise Mme Marshall.

Il est important d’entretenir de bonnes relations avec les partenaires étrangers; Mme Marshall se rend à Doha une ou deux fois par année pour les rencontrer. L’Université de Calgary a rapidement répondu à la demande du gouvernement du Qatar de mettre en place un programme de diplôme sur deux ans, une année préparatoire et, maintenant, un programme de maîtrise.

Le Qatar a massivement investi dans son système d’éducation postsecondaire. De nombreux établissements américains prestigieux, dont l’Université Carnegie Mellon et l’Université de Georgetown, y ont ouvert des campus satellites, et la plupart des coûts ont été pris en charge par le gouvernement local. Le Collège de l’Atlantique Nord, à Terre-Neuve-Labrador, a aussi ouvert un campus satellite à Doha en 2002. Les Émirats arabes unis et d’autres pays du Golfe subventionnent aussi abondamment les campus satellites.

Malgré cela, M. Altbach, du Collège de Boston, affirme que de nombreuses écoles satellites américaines installées dans cette région ont échoué en raison de malentendus relatifs à des conditions ou du faible taux d’inscription. La population étudiante locale dans le Golfe est limitée et la croissance des campus satellites a donné lieu à un marché engorgé et très concurrentiel, dit-il. « Si les écoles n’obtiennent pas suffisamment d’inscriptions et si elles ne sont pas utiles, le gouvernement ne tarde pas à mettre un terme au financement. »

L’Université de Waterloo a récemment annoncé qu’elle fermera son campus satellite aux Émirats arabes unis en septembre prochain en raison du faible taux d’inscription. Son campus de Dubaï compte 140 étudiants inscrits en première et en deuxième années, ce qui est loin des 500 étudiants escomptés, explique Ellen Réthoré, vice-rectrice adjointe aux communications et aux affaires publiques à l’Université de Waterloo.

Ouvert en 2009, ce campus offre des programmes au premier cycle en génie civil et chimique ainsi qu’en mathématique. Les étudiants effectuent typiquement deux années d’études à Dubaï et deux autres à Waterloo. En raison de la fermeture, environ 80 étudiants de première année seront transférés au campus principal de Waterloo un an plus tôt que prévu pour  y terminer leur programme d’études.

L’Université d’État du Michigan a fermé son campus satellite à Dubaï il y a deux ans, également en raison du faible taux d’inscription, et l’Université George Mason s’est retirée de la région en 2009. Certains campus satellites se portent assez bien, mais le taux d’inscription demeure une source constante de préoccupations, confie M. Altbach.

La réglementation à l’étranger représente un autre obstacle pour les universités. La Schulich School of Business de l’Université York a innové avec un campus satellite à Hyderabad, Inde. Le campus devait ouvrir ses portes en septembre, mais les retards du Parlement à adopter une mesure législative permettant aux universités étrangères d’exploiter des campus satellites dans ce pays ont soulevé des interrogations par rapport au projet. Les responsables de l’Université ont préféré garder le silence pour l’instant, soutenant qu’ils préfèrent attendre que « certains points aient été précisés », a déclaré un porte-parole par courriel.

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