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L’itinérance vue de l’intérieur

Un diplômé de l’Université Concordia et ancien itinérant remporte le Prix d’excellence pour une thèse de doctorat de l’ACES.

par BECKY RYNOR | 01 OCT 14

Dire d’Eric Weissman qu’il a fait des études sur le terrain dans le cadre de son doctorat sur l’itinérance serait un euphémisme. Ce terrain, il le connaît intimement pour y avoir vécu et survécu.

Son étude audacieuse sur les villages de toile, les bidonvilles et l’itinérance lui a récemment valu le Prix d’excellence de 2014 pour une thèse de doctorat de l’Association canadienne pour les études supérieures (ACES). À 53 ans, il est le plus âgé de tous les lauréats du prix, ayant entrepris son doctorat à l’Université Concordia à 48 ans. Il a obtenu un baccalauréat, puis une maîtrise à l’Université de Toronto en 1985, pour ensuite sombrer périodiquement dans la toxicomanie et l’itinérance pendant plus d’une décennie. « J’ai vraiment touché le fond, se souvient-il. C’est difficile à croire… Honnêtement, quelques mois de plus et c’était fini. »

Il s’est intéressé aux communautés intentionnelles de sans-abri (ou bidonvilles) après avoir visité la Tent City de Toronto, en 2001, et produit un film sur le sujet. « C’était surréel. Une fois qu’on y était, impossible de penser à autre chose, explique M. Weissman. On était pourtant à Toronto, une ville riche. La contradiction était phénoménale. »

« Le film s’amorce par un plan-séquence de Tent City, encerclée de tours de condominiums en construction, ajoute-t-il. Puis on revient à ce bidonville, à Toronto même. Cette idée sous-tend tous mes travaux. Comment cela peut-il se produire dans un riche pays occidental? »

M. Weissman a transformé ses recherches en un doctorat peu conventionnel alliant entrevues, textes, photographies, médias sociaux et vidéos. Il a intitulé sa thèse « Spaces, Places and States of Mind » (Espaces, endroits et états d’esprit).

C’est la première fois que le prestigieux prix de l’ACES est remis à un étudiant d’un programme d’études individualisées. « Compte tenu du parcours étonnant de M. Weissman, le programme d’études individualisées lui convenait parfaitement », affirme Greg Nielsen, directeur du département de sociologie et d’anthropologie de l’Université Concordia et conseiller pédagogique de M. Weissman.

« Depuis le début, c’est un étudiant exceptionnel. Il a d’abord fait un baccalauréat en anthropologie et une maîtrise en sociologie. C’est très intéressant d’avoir des bases dans une discipline pour ensuite adopter une démarche interdisciplinaire, ajoute M. Nielsen. Je crois que c’est la clé de son succès. »

La thèse de M. Weissman porte sur le Dignity Village, une communauté intentionnelle située à Portland, en Oregon. « J’étais le premier à y vivre pour étudier la communauté, dit M. Weissman.

« Beaucoup de chercheurs visitaient le village et l’étudiaient pendant de longues périodes, mais ils n’y dormaient jamais. Personne n’avait essayé d’y habiter pour comprendre le village de l’intérieur. Lorsqu’on y vit, on comprend vite que ce petit groupe de personnes souffre d’un grand nombre de problèmes. Certains présentent un syndrome de stress post-traumatique parce qu’ils vivent dans la rue, plusieurs souffrent de problèmes de santé mentale et tous sont toxicomanes. Ils vivent sur un petit terrain avec très peu de ressources; à mon avis, c’est même étonnant que ces communautés parviennent à survivre. »

M. Weissman enseigne maintenant au Collège New Caledonia, à Prince George, en Colombie-Britannique, où il poursuit ses recherches sur l’itinérance. « Il faut cibler les groupes qui ont besoin d’un logement, souligne-t-il. Dans ma thèse, j’avance que ces villages de toile sont sans doute importants pour certains types d’itinérance, mais que dans le cas des gens à faible revenu qui n’arrivent pas à se loger, de ceux qui risquent de perdre leur maison et de ceux qui ont besoin de soins prolongés en raison de problèmes de toxicomanie ou de santé mentale, il faut revenir à la prise en charge à long terme qu’on offrait auparavant. »

À ce titre, sa propre expérience est révélatrice. « Les programmes gouvernementaux de désintoxication et de logements de transition m’ont sauvé. Nous avons vraiment besoin de plus de programmes de ce genre. »

M. Weissman recevra un prix en argent de 1 500 $ et présentera sa thèse au congrès annuel de l’ACES, à St. John’s, à Terre-Neuve-et-Labrador, à la fin d’octobre.

Les Prix d’excellence pour une thèse de doctorat récompensent des doctorants dont la thèse contribue de façon originale à leur discipline. Deux prix sont remis chaque année : l’un dans la catégorie des arts et des sciences humaines, et l’autre en génie, en sciences médicales et en sciences naturelles. Ce dernier prix a été remis à Daniel Boyce, docteur en biologie de l’Université Dalhousie, pour sa thèse démontrant que les stocks de plancton déclinent de un pour cent par année depuis 40 ans.

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