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L’Université Ryerson devient officiellement l’Université métropolitaine de Toronto

Après des années de travail, de consultation et de revendication, l’établissement amorce un nouveau chapitre.

par MICHAEL RANCIC | 12 MAI 22

À la fin d’avril, l’Université Ryerson a annoncé qu’elle se rebaptisait l’Université métropolitaine de Toronto (UMT), un changement qui survient au terme d’un long processus. Approuvé à l’unanimité par le conseil d’administration de l’établissement, le nouveau nom est immédiatement entré en vigueur.

Pour l’UMT, il s’agit de la première étape d’une démarche visant à se défaire du legs de son personnage éponyme Egerton Ryerson, connu pour son rôle dans la conception du système des pensionnats pour personnes autochtones. Au moment de la publication de cet article, il y a toujours des milliers de tombes anonymes sur les sites d’anciens pensionnats, et ce, d’un océan à l’autre.

« En tant qu’université, nous devons décider si nous voulons continuer de commémorer les administrateurs coloniaux du XIXe siècle, indique Catherine Ellis, professeure agrégée au Département d’histoire de l’UMT. Notre nouveau nom est tourné vers l’avenir. Dans une perspective autochtone, cela signifie qu’il est tourné vers les sept prochaines générations. C’est un nom qui répond à la question “Quel genre d’ancêtres voulons-nous être?”. »

Eva Jewell, chercheuse anichinabée (Deshkan Ziibiing), professeure adjointe de sociologie à l’UMT et directrice de recherche à l’Institut Yellowhead, est aussi satisfaite du changement : « Je pense que ça témoigne d’une volonté d’écoute et d’une attention portée aux problèmes de notre époque de colonialisme, notamment son héritage et la commémoration de personnalités qui ont favorisé la violence coloniale et la dépossession des peuples autochtones. »

Depuis des années, des étudiants ainsi que des membres du corps professoral et du personnel d’origine autochtone exprimaient leur malaise quant à l’association de l’Université avec Egerton Ryerson. Certes, l’établissement a publié des déclarations sur son site Web et révisé la plaque qui orne la statue de l’homme, mais c’était insuffisant compte tenu de son legs et du tort que celui-ci continue de causer, explique Mme Ellis.

À l’automne 2020, le recteur de l’Université, Mohamed Lachemi, a créé le groupe de travail Standing Strong (Mash Koh Wee Kah Pooh Win) pour décider de la marche à suivre. Mme Ellis et Joanne Dallaire, l’aînée de l’établissement, en sont les coprésidentes. En août 2021, le groupe a publié 22 recommandations, dont le changement de nom de l’établissement. Le conseil d’administration les a toutes adoptées. Par la suite, un comité consultatif sur le changement de nom a été formé pour élaborer des critères et proposer une liste de présélection de noms possibles. Le comité a consulté le public par le biais d’un sondage auquel plus de 30 000 personnes ont répondu. Au total, plus de 2 000 propositions de noms ont été soumises. « Ce sondage nous a vraiment éclairés, poursuit Mme Ellis. La population voulait que le nouveau nom reflète l’emplacement de l’Université, mais aussi sa mission, ses valeurs et sa vision. »

Entre-temps, dans une lettre ouverte publiée par l’Institut Yellowhead, les étudiants autochtones de l’établissement avaient temporairement et officieusement rebaptisé ce dernier l’« Université X ». « Pour les personnes qui étaient, pour quelques raisons que ce soit, très attachées au nom de cette figure emblématique de la suprématie blanche, le fait de remplacer ce nom, même temporairement, en a retiré le pouvoir et a facilité la transition, explique Mme Jewell. Pour ceux d’entre nous qui dénonçaient la commémoration d’un homme à l’origine des pensionnats pour personnes autochtones, ça nous a permis de creuser notre réflexion et d’imaginer un avenir où les colonisateurs ne sont pas célébrés. »

À bien des égards, le travail du comité de changement de nom et du groupe de travail Standing Strong s’est appuyé sur les efforts de la population autochtone de l’UMT. « Nous essayons de soutenir et de poursuivre le travail que d’autres communautés racialisées et marginalisées, notamment les personnes noires et autochtones, ont entamé il y a longtemps », explique Mme Ellis.

Au-delà du changement de nom, Mmes Ellis et Jewell s’entendent pour dire qu’il y a encore beaucoup à faire. Mme Ellis affirme que les chantiers sont lancés pour bon nombre des autres recommandations. Cela comprend le remplacement de la mascotte de l’Université, Eggy le bélier (le nom rappelle celui d’Egerton Ryerson et l’animal a été choisi en raison de son signe astrologique), la création d’une nouvelle mineure en études noires et d’autres mesures visant à respecter les engagements de l’Université relatifs à la lutte contre le racisme anti-Noirs et à la Commission de vérité et de réconciliation.

« Comme le slogan utilisé est ʺun nouveau chapitreʺ, tout est encore à venir. Ce slogan témoigne d’une volonté de changer et d’améliorer la culture, ce qui me semble très positif, ajoute Mme Jewell. Il faut toutefois garder en tête que ces établissements n’évoluent pas de leur propre initiative. Ils le font parce que les communautés noires, autochtones, bispirituelles et d’autres groupes racialisés ou marginalisés les poussent à le faire. »

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