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ACTUALITÉS

Pleins feux sur le leadership des femmes en éducation supérieure

Pistes de solution pour accroître la place des femmes dans les hautes sphères des établissements d’enseignement postsecondaire.

par PIERRE BLAIS | 12 MAR 18

Femme de conviction et agente de changement social depuis des décennies, la chargée de cours au département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale de l’Université du Québec à Montréal et récipiendaire de l’Ordre du Canada, Louise Champoux-Paillé, a lancé un appel sans équivoque à un groupe d’une quarantaine de décideuses du domaine de l’éducation supérieure, dans le cadre d’un dîner-causerie organisé par Universités Canada à Québec. Le message était simple : il est plus que temps que les femmes prennent leur place dans les hautes sphères des établissements d’enseignement collégial et universitaire.

Un message simple, soit. La façon de le concrétiser l’est toutefois moins. « La progression de la place occupée par les femmes en début de carrière est marquée depuis des années. Je l’ai constatée depuis 35 ans […]. Tout de même, il y a une stagnation au sommet de la pyramide, un plafond de verre qu’il faut absolument briser », explique la multi diplômée universitaire et membre de plusieurs conseils d’administration, illustrant au passage que seulement 26 pour cent du rectorat canadien est occupé par des femmes. « Contrairement à d’autre batailles, ce n’est pas le temps qui va changer la situation dont on parle. Des changements de paradigmes s’imposent », analyse-t-elle.

Madame Champoux-Paillé ose la comparaison avec le milieu des affaires, où « tout n’est pas parfait », mais où « des mécanismes ont été instaurés » pour s’assurer d’une meilleure représentativité des femmes. « En 2014, une politique de diversité a été instaurée à l’Autorité des valeurs mobilières du Québec. La représentation des femmes a augmenté parce que des cibles précises ont été pointées », donne-t-elle en exemple.

Une foule de mesures à mettre en place

L’ajout de cibles précises représente donc l’une des améliorations souhaitées pour augmenter le nombre de femmes dans les hautes sphères des établissements d’enseignement. Toutefois, il ne s’agit pas de la seule mesure à préconiser pour obtenir des résultats probants rapidement.

« Il est prouvé que lorsque les entités se donnent des cibles, la donne change concrètement. Mais comme les attentes demeurent plus grandes que les résultats obtenus, on cherche à comprendre comment aller plus loin. En plus des objectifs chiffrés, il faut des échéanciers. » Ce qui implique également de dresser des bilans « pour savoir d’où on part, et où on est rendu ».

Il est également nécessaire d’améliorer l’impact des femmes en « instaurant des politiques de mixité et de s’assurer de la présence féminine dans les comités décisionnels ». Selon la conférencière, une représentation d’au moins 30 pour cent de femmes dans ces comités permet que la voix féminine soit réellement entendue dans un groupe où elles sont minoritaires. « Une femme seule au sein d’un comité aura à se battre sans arrêt, et ce n’est pas souhaitable. »

De plus, il s’avère nécessaire de revoir les critères généraux de nomination pour ne pas favoriser l’un ou l’autre des sexes. « Il ne faut pas demander à ce que des chefs d’entreprise soient nécessairement les membres des comités décisionnels, puisque les chefs d’entreprises sont majoritairement masculins », illustre Mme Champoux-Paillé. « Sur un comité, on cherche le talent, et le talent ne garantit pas un poste de direction », ajoute-t-elle.

Mme Champoux-Paillé identifie finalement l’instauration de programmes favorisant la conciliation travail/vie personnelle et la mise en place de programmes de mentorat pour aider les femmes à progresser.

« Compter sur l’expérience de quelqu’un d’autre, ou encore pouvoir bénéficier de l’appui d’un contact au sein d’une communauté tissée serrée s’avèrent des solutions musclées pour permettre aux femmes de s’épanouir pleinement. Ce sont des outils de progression concrets. »

Devant ces nombreux constats et pistes de solution, Louise Champoux-Paillé observe tout de même que la donne change réellement, lentement mais sûrement. « Quand je parlais de gouvernance au féminin il y a sept ans, je sentais de la réticence, une réticence qui est moins présente aujourd’hui », conclut celle qui se réjouit de participer à un changement des valeurs profondes de la société.

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