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Les postdoctorants canadiens mécontents de leur faible rémunération et de leur statut précaire

Selon un nouveau sondage, les postdoctorants se voient comme des employés, non des étudiants ou des stagiaires.

par LÉO CHARBONNEAU | 02 OCT 13

Selon un nouveau sondage mené auprès de chercheurs postdoctoraux en poste au Canada, ceux-ci sont généralement satisfaits de l’environnement au sein duquel ils évoluent, mais déçus de la précarité de leur statut, de leur rémunération et de la formation dont ils bénéficient. Ce sondage en ligne, dont les résultats (PDF) ont été publiés le 2 octobre, a été mené le printemps dernier par l’Association canadienne des stagiaires postdoctoraux (ACSP) et par Mitacs, une organisation à but non lucratif qui finance la recherche concertée industrie-universités menée par les étudiants aux cycles supérieurs et les chercheurs postdoctoraux.

Le sondage a été mené en anglais et en français. Les 1 830 participants, provenant d’un large éventail de disciplines, travaillent principalement au sein d’universités, mais également d’hôpitaux de recherche, de laboratoires gouvernementaux et d’entreprises privées.

« La bonne nouvelle, c’est que les postdoctorants sont très satisfaits de leur environnement professionnel, ce qui témoigne de la vigueur des universités canadiennes sur le plan de la recherche », souligne Rob Annan, vice-président, Recherche et stratégie, chez Mitacs et coauteur du rapport paru à la suite du sondage. Plus des trois quarts des participants se sont dits « entièrement » ou «moyennement» satisfaits du niveau de supervision et d’indépendance dont ils bénéficient, alors qu’environ 70 pour cent d’entre eux se sont dits satisfaits des ressources et des installations à leur disposition au travail ainsi que de leur milieu de travail dans son ensemble.

Toutefois, « les postdoctorants estiment leur statut administratif et professionnel précaire », souligne M. Annan. Bien qu’ils soient considérés comme des employés sur le plan fiscal, leur statut professionnel varie d’un établissement à l’autre, et ils ne bénéficient généralement pas des mêmes avantages sociaux que les autres employés.

Le sondage révèle qu’environ les deux tiers des postdoctorants canadiens gagnent moins de 45 000 $ par année. Nombre d’entre eux n’ont par ailleurs pas accès aux régimes d’assurance maladie ou d’assurance dentaire de leur établissement, ou ne sont admissibles ni à l’assurance-emploi ni à un régime de retraite. Moins de la moitié des participants au sondage se sont dits satisfaits de leur salaire ou de leur rémunération, et seuls 29 pour cent se sont dits satisfaits de leur accès aux avantages sociaux.

« Après avoir effectué de nombreuses années d’études de haut niveau, la plupart des postdoctorants ne se considèrent ni comme des étudiants ni comme des stagiaires, mais comme des employés de leur établissement méritant les mêmes avantages que les autres membres du personnel », peut-on lire dans le rapport.

Selon M. Annan, les résultats du sondage soulèvent une question fondamentale : qui sont les postdoctorants et qu’attend-on d’eux? Jusqu’à récemment, la formation postdoctorale était perçue comme une phase de transition, entre l’obtention du doctorat et l’accès au statut de professeur. Or, le nombre de postdoctorants s’est accru pendant que l’embauche de nouveaux professeurs diminuait. Résultat : selon le rapport, la majorité des postdoctorants ne pourront accéder à un poste de professeur, se voyant par conséquent confrontés à un avenir professionnel incertain. Moins de 40 pour cent des postdoctorants sondés se sont dits satisfaits des occasions de formation ou de perfectionnement professionnel qui leur sont offertes.

Toutes ces préoccupations font écho au souhait, exprimé depuis des années, que la formation doctorale ne se résume plus à une préparation à un emploi de professeur. « On a l’impression que les postdoctorants sont aujourd’hui traités comme l’étaient les étudiants aux cycles supérieurs il y a 5 ou 10 ans », déplore M. Annan. « Nous refusons de voir les postdoctorants cantonnés aussi dans une sorte d’immobilisme universitaire, précise-t-il. Nous devons leur offrir des possibilités de formation et des occasions d’accéder à un parcours autre qu’universitaire. »

Selon M. Annan, la situation actuelle n’est pas la faute de qui que ce soit : « Les choses ont simplement évolué ainsi. » Il estime toutefois qu’il faudra se rassembler pour régler la question.

En plus de cerner les préoccupations des postdoctorants, le sondage mené conjointement par l’ACSP et par Mitacs dresse un portrait à jour des postdoctorants canadiens (le précédent sondage avait été mené par l’ACSP en 2009). L’âge moyen des postdoctorants est aujourd’hui de 34 ans; 53 pour cent d’entre eux sont de sexe masculin; plus des deux tiers sont mariés ou vivent en union de fait, et un tiers d’entre eux ont des enfants à charge; enfin, plus de 50 pour cent sont immigrants reçus ou titulaires d’un visa de travail.

COMMENTAIRES
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  1. Rousseau Eric / 3 October 2013 at 11:54

    ….et ils ont raisons, situation précaire qui devrait être que transitoire mais qui perdure trop longtemps et trop souvent. Une problematique a adresser en priorité par nos universités, en synchronisation avec les professeurs chercheurs qui dirigent et encadrent ces PHQ.

  2. Karine / 3 October 2013 at 11:58

    Le plus gros problème avec le statut de postdoc au Canada, c’est la précarité. Alors que le fédéral perçoit de l’impôt sur le (maigre) revenu des postdoctorants, ces derniers n’ont ni accès à l’assurance-emploi, ni à un régime public de retraite ou un programme d’assurance parentale. Lorsque le financement se termine ou n’est pas renouvelé, les stagiaires postdoctoraux se retrouvent sans revenu et le gouvernement ne peut rien faire pour eux! Le gouvernement doit statuer si ces personnes sont des travailleurs à part entière, et pas seulement des contribuables sans droits.