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Prof pas prof, j’y vais : une bande dessinée pour désacraliser la profession

Mettant à profit leurs propres expériences, cinq universitaires brossent un portrait des hauts et des bas qui attendent les professeur.e.s en début de carrière.

par DAISY LE CORRE | 01 MAI 24

Andréanne Gagné, Jo Anni Joncas, Geneviève Brisson, Claire Moreau et Myriam Villeneuve-Lapointe sont toutes professeures à l’Université de Sherbrooke. Elles ont aussi un autre point en commun : celui d’avoir créé une bande dessinée sur la réalité des professeur.e.s d’université en début de carrière. Leur tour de force ? En s’appuyant sur des anecdotes (plus ou moins vraies), la bande dessinée Prof pas prof, j’y vais contribue à briser l’isolement que peuvent ressentir certain.e.s professeur.e.s qui en sont à leur début. Deux des coautrices du livre ont accepté de répondre à quelques questions sur la genèse de ce projet.

« La vie universitaire, c’est comme un triathlon : la recherche c’est la course, le vélo c’est l’enseignement et la vie universitaire c’est la nage! », résume d’emblée Andréanne Gagné, professeure à la Faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke et celle à qui l’on doit ce projet novateur. « Quand on fait un doctorat, on est très bien formés à la course, on est même plutôt performants, mais on ne sait faire que ça… Alors quand on arrive dans le milieu universitaire et qu’on nous dit qu’il va aussi falloir faire du vélo et nager, on se rend vite compte qu’on n’est pas formés ni prêts pour faire ce triathlon-là! », se souvient-elle en souriant. « C’est comme si pendant notre doctorat, on avait pataugé et que d’un coup, on se lançait en eaux vives en faisant face à de sacrés bouillons… Dans ce contexte, j’avais envie de demander à mes collègues : et toi, alors, comment ça va ta nage? »

C’est pour discuter de ce constat et toutes les expériences qui en découlent qu’elle a souhaité briser la glace et créer un espace d’échange (d’abord sur Teams en pleine pandémie). « On était assez isolées chacune de notre côté dans nos réalités. Sur Teams et sous l’impulsion d’Andréanne, on a pu discuter des choses de notre quotidien comme lorsqu’on se croisait dans les couloirs. Rapidement, l’idée de créer quelque chose ensemble a germé », explique Myriam Villeneuve-Lapointe, professeure à la Faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke.

Et la bande dessinée fut. Ou presque.

Il a d’abord fallu passer à travers de multiples anecdotes et en sélectionner les plus savoureuses avant de se lancer dans le travail de création. « On n’avait jamais créé de bande dessinée, on ne connaissait même pas le processus, c’était un vrai défi! Ce projet dépassait largement nos domaines de compétences et nos expertises, mais il en valait la peine. Et puis on avait tellement d’anecdotes à raconter, c’était infini! Notre seule certitude c’est qu’on voulait dépasser nos frontières et nos réalités pour varier les plaisirs et tendre vers plus de diversité », souligne la professeure Gagné, fière de se dire qu’avec cette bande dessinée, elle redonne peut-être un peu au suivant. « Le but c’est surtout de rappeler aux nouveaux profs qu’ils ne sont pas seuls face à leur nouveau normal, tant au niveau professionnel que personnel ».

Illustration de Mathieu Lampron

À plusieurs égards, c’est une BD qui peut nourrir les personnes au doctorat sur ce qui s’en vient, mais aussi celles qui font la transition vers la carrière universitaire. « Elles vont réaliser que même si elles ont tout donné, elles ne seront jamais tout à fait prêtes et c’est normal. C’est une période de transition et d’insécurité. L’important c’est de désacraliser la profession, mais aussi que les proches des personnes enseignantes soient au courant de ce que cela représente », estime-t-elle.

Au fil des pages, lecteurs et lectrices ont parfois cru reconnaître certain.e.s de leurs collègues, à tort ou à raison, l’histoire ne le dit pas… « Il y a peut-être aussi des gens qui se sont reconnus dans des personnages qu’ils ne sont pas! », lancent les deux professeures en riant. Une chose est sûre, l’humour a définitivement toute sa place au sein de ce livre qui se veut aussi léger qu’instructif. « On a aussi réalisé cette BD pour permettre aux gens de rire de nous, de notre quotidien et des différentes situations qu’on peut rencontrer. C’est comme si on les invitait à faire partie de notre gang! »

D’un point de vue strictement créatif, les cinq cocréatrices ont appris à pondre un texte en toute liberté. « Ça nous a changé des écrits universitaires qu’on a l’habitude de produire. Personnellement, cette BD m’a aussi appris à accepter que notre réalité est compliquée, que ça ne fonctionne pas toujours et que cela peut être un mélange de créativité et de compétitivité qui font bon ménage finalement », avoue la professeure Gagné.

Côté création, tant l’illustration que l’illustrateur ont été au cœur du projet. « Tout au long de notre processus créatif, on a vraiment essayé d’imaginer les vignettes avec le texte. La maison d’édition [Éditions JFD] nous a ensuite proposé de collaborer avec l’illustrateur Mathieu Lampron. Il nous a vraiment écoutées pour comprendre notre monde, il a bien saisi ce qu’on voulait. Cela se sentait qu’il avait déjà travaillé avec des gens du milieu universitaire : il était habitué à nos idées confuses avec des mots trop longs », ajoute-t-elle.

Traduite et désormais aussi disponible en anglais, la question est aujourd’hui de savoir si la bande dessinée aura une suite. « C’est le financement qui est un enjeu, pas les idées… On a encore plein de matière à explorer, déclare la professeure Gagné. Il y a beaucoup de gens qui nous ont dit que c’était trop court en nous proposant de nouvelles anecdotes à raconter… »

Sur les réseaux sociaux, les coautrices sont aussi régulièrement sollicitées au sujet de leur BD qui fait des envieux. « On nous demande souvent d’en faire une pour les enseignants (pas seulement pour les professeurs d’université). En fait, ça s’appliquerait à toutes les disciplines! Même les gens au bord de la retraite aimeraient une BD sur leur réalité, à mi-carrière aussi, etc. Tout le monde veut sa BD! C’est le principe des transitions qui vient avec son lot de bouleversements et ce n’est pas forcément négatif », conclut la professeure Villeneuve-Lapointe.

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