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Report de la retraite chez les professeurs canadiens

Le ralentissement économique et l’abolition de la retraite obligatoire contribuent au maintien en poste des professeurs

par ANNE KERSHAW | 12 JAN 09

Robert Adamec, un professeur de 64 ans, ne prévoit pas prendre sa retraite l’an prochain, mais croit bien qu’il sera prêt à faire le grand saut à 69 ans. En raison de l’abolition de la retraite obligatoire dans la plupart des provinces canadiennes, les règles du jeu ont changé et les employés sont désormais les seuls à décider du moment où ils sont prêts à quitter la vie active. « Ma génération, les baby-boomers, a révolutionné le vieillissement. Aujourd’hui, 60 ans, c’est la nouvelle quarantaine », explique-t-il.

Le raisonnement de M. Adamec, qui enseigne à l’Université Memorial, est le même que celui de beaucoup de professeurs partout au Canada puisque le tiers, voire la moitié, d’entre eux choisissent de demeurer en poste après 65 ans. Le ralentissement économique devrait renforcer encore cette tendance.

Les administrateurs universitaires reconnaissent d’emblée l’avantage de compter parmi leurs rangs des universitaires d’expérience. Le phéno-mène de la retraite différée crée cependant d’importantes difficultés pour les administrateurs, qui ont pour mandat de gérer des coûts en période de compressions budgétaires importantes tout en assurant le renouvellement du corps professoral pour améliorer la capacité concurrentielle en recherche et atteindre les objectifs en matière de diversité.

Depuis l’abolition de la retraite obligatoire à l’Université Memorial en 2006, seuls 12 professeurs de la faculté des arts ont quitté leurs fonctions à 65 ans, malgré le fait que cette année-là, environ 35 professeurs de cette faculté (soit 20 pour cent) ont atteint l’âge de 65 ans. La doyenne de la faculté des arts, Reeta Tremblay, est allée de l’avant avec l’embauche de nouveaux professeurs pour permettre le renouvellement du corps professoral, qui est la principale priorité. Cette façon de faire ne sera toutefois pas viable à long terme, explique-t-elle, compte tenu du nombre important de retraites différées : « En 2006, j’ai embauché 37 nouveaux professeurs, mais c’est largement au-dessus de nos moyens. »

Il n’existe pas de données pancanadiennes sur le nombre de professeurs qui demeurent en poste après 65 ans, mais chaque université approchée dans le cadre du présent article doit faire face à ce phénomène. À l’Université Western Ontario, on estime à 30 ou 40 le nombre de professeurs qui ont atteint 65 ans en 2007 et en 2008, mais annuellement, seuls six ont pris leur retraite pendant cette période, alors que de 10 à 13 ont pris une retraite précoce.

Selon Alan Weedon, vice-provost (corps professoral, planification et politiques) de l’établissement, près de la moitié des professeurs qui atteignent 65 ans choisissent de demeurer actifs, et près de la moitié ont déjà pris leur retraite dans les 10 années précédentes.

Comme les universités versent des salaires supérieurs aux professeurs les plus chevronnés, la tendance à repousser le moment de la retraite entrave leurs plans d’embauche de nouveaux professeurs, dont des femmes et des membres d’une minorité visible.

Dans le cas de l’Université Western Ontario, la croissance anticipée de la cohorte de plus de 65 ans se traduira par une perte d’environ 40 postes au cours des quelques prochaines années, estime M. Weedon, qui ajoute que cette tendance ralentira les efforts de l’Université visant à accroître le nombre de femmes au moins au cours des cinq prochaines années.

De son côté, l’Université de la Colombie-Britannique constate deux tendances simultanées mais opposées : il y a deux fois plus de retraites précoces qu’avant l’abolition de la retraite obligatoire, mais 80 pour cent de ceux qui sont encore en poste à 65 ans choisissent de poursuivre leur carrière. Si on combine ces deux tendances, environ le tiers des professeurs retardent leur départ à la retraite.

« C’est sans contredit une situation préoccupante, qui ira en s’aggravant en raison de la crise financière actuelle », estime Mme Watters. Ce phénomène nuit au renouvellement du corps professoral et entraîne des « conséquences négatives pour les chercheurs postdoctoraux et les étudiants aux cycles supérieurs, qui n’ont pas accès à autant de possibilités d’emploi qu’il y a trois ans ».

Toujours selon Mme Watters, seule une « poignée » de professeurs profite des nouvelles mesures mises en place en 2007 pour faciliter la transition vers la retraite, comme la réduction des heures de travail et de la charge d’enseignement ou de recherche.

Comme la situation n’existe que depuis quelques années, les universités hésitent à faire des prévisions quant au nombre de professeurs qui resteront en poste après 65 ans et pendant combien de temps. Si on se fie à l’expérience des États-Unis et du Québec, où l’âge de la retraite obligatoire a été aboli il y a longtemps, la proportion de professeurs qui prolongent leur carrière après 65 ans serait d’environ 35 pour cent, la plupart quittant leurs fonctions à 68 ou 69 ans. Au Québec, l’âge moyen de la retraite se situe à 62,5 ans, selon les données de l’Association canadienne du personnel administratif universitaire (ACPAU).

Rôle du ralentissement économique

James Turk, directeur général de l’Association canadienne des professeures et professeurs d’université, indique qu’il est fréquent d’observer une hausse marquée de l’âge de la retraite suivie d’un retour progressif à la normale après l’abolition de la retraite obligatoire, sans qu’il y ait de changement marqué à long terme. Toutefois, ajoute-t-il, la situation économique ac-tuelle entraîne un sentiment d’insécurité, en particulier chez ceux qui cotisent à un régime de retraite à prestations déterminées, dont le rendement est étroitement lié à celui du marché boursier.

Ken Snowdon, conseiller auprès d’administrateurs universitaires, partage cet avis : « Comme le climat économique actuel ne permet pas aux gens d’avoir une idée précise de leur situation financière, je prévois qu’ils auront tendance à rester en poste jusqu’à ce que la situation s’éclaircisse. »

Ce sera d’autant plus vrai pour les femmes, qui sont nombreuses à avoir entrepris tardivement ou mis sur la glace leur carrière pour se consacrer à leur famille et qui n’ont peut-être pas accumulé suffisamment d’années de services pour toucher des prestations de retraite convenables.

L’ACPAU a effectué un rapport d’étape sur les tendances en matière de retraite chez les professeurs il y a un peu plus d’un an, après que la retraite obligatoire ait été abolie dans plusieurs provinces. Selon elle, le principal facteur orientant la décision des professeurs de continuer à travailler ou non réside dans la nature du régime retraite, c’est-à-dire si celui-ci permet de continuer de bénéficier d’avantages sociaux une fois à la retraite (soins dentaires, de la vue et de santé). Ce facteur influe également sur les départs à la retraite précoces dans les provinces où la retraite obligatoire existe encore (principalement dans les provinces de l’Atlantique).

Les universités qui ne sont pas très anciennes ou qui ont connu une crois-sance rapide semblent moins préoccu-pées par le phénomène des retraites différées. L’Université de la Saskatchewan et l’Université de Windsor ont embauché respectivement la moitié et les deux tiers de leur corps professoral au cours des 10 dernières années, soit une large propor-tion. Étant donné l’âge relativement peu élevé de leur corps professoral, ces deux établissements jugent potentiel-lement utile de compter parmi leurs rangs des professeurs chevronnés.

Il n’y a pas si longtemps, les universités doutaient de leur capacité à recruter de nouveaux professeurs en nombres suffisants après le départ à la retraite de ceux de la génération du baby-boom. La situation n’a pas changé, comme l’explique M. Snowdon : « La demande est toujours là. Ce sont les contraintes financières qui nuiront grandement à l’atteinte des objectifs d’embauche des universités. »

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