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Un index de citations en français, s’il vous plaît!

Des chercheurs québécois créeront un système francophone d’indexation de citations scientifiques pour accroître la visibilité des articles écrits dans la langue de Molière.

par MARIE LAMBERT-CHAN | 06 AVRIL 16

Maintes fois évoqué, mais jamais réalisé, un système francophone d’indexation des articles en sciences humaines verra le jour grâce à la collaboration de l’Agence universitaire de la Francophonie, d’Érudit, la plateforme québécoise de revues scientifiques en ligne, et de l’Observatoire des sciences et des technologies (OST) de l’Université du Québec à Montréal. Un projet de 100 000 $ qui devrait aboutir à un prototype d’ici 2017.

« Nous désirons améliorer la visibilité de la littérature publiée en français », explique Vincent Larivière, directeur scientifique d’Érudit, directeur scientifique adjoint à l’OST et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les transformations de la communication savante à l’Université de Montréal.

À l’instar des autres langues, le français ne cesse de reculer devant l’anglais devenu au fil des ans la lingua franca de la recherche. M. Larivière a analysé 3,7 millions d’articles indexés entre 1980 et 2014 dans la base de données Web of Science produite par Thomson Reuters. En France, en 1980, 70 pour cent des articles en sciences humaines s’écrivaient en français et 30 pour cent en anglais. Près de 35 ans plus tard, les publications en français ont dégringolé à 20 pour cent tandis que celles en anglais ont bondi à 80 pour cent. Au Québec, la situation est différente, mais n’en demeure pas moins critique : de 1980 à 2014, les articles diffusés en anglais sont passés de 80 à 90 pour cent. Et les articles en français? Il s’en publie aujourd’hui moins de 10 pour cent.

Résultat des courses : « Nos revues québécoises souffrent d’un certain manque d’attrait, estime M. Larivière. Bon nombre de chercheurs d’ici leur préfèrent des revues canadiennes anglaises, américaines ou britanniques pour augmenter leur chance d’être lus, cités et indexés, et par conséquent augmenter le facteur d’impact, véritable monnaie d’échange dans le système académique. » Mais en choisissant de s’exprimer dans la langue de Shakespeare plutôt que celle de Molière, les universitaires risquent de condamner à mort les revues d’ici qui, pourtant, sont les seules où l’on peut traiter de sujets québécois.

Voilà pourquoi un système francophone d’indexation est crucial, estime le spécialiste.

Pour y parvenir, encore faut-il créer un système avec des références bibliographiques bien balisées afin d’en faciliter la recherche. Or, les revues en sciences humaines n’ont pas la même présentation des références. Certaines les intègrent dans le corps du texte, d’autres en bibliographie à la fin de l’article et d’autres encore préfèrent les inscrire en notes de bas de page. « Il faut élaborer un algorithme pour chacun de ces cas de figure », explique M. Larivière. Ce sera le premier des nombreux défis techniques qui attendent les artisans de l’indexation francophone.

Par la suite, il s’agira de les appliquer aux articles passés, présents et futurs d’Érudit, avant de passer au reste de la francophonie scientifique. « Ultimement, on voudrait un système multilingue qui indexerait tous les articles autres qu’anglais, d’une façon aussi précise que les systèmes des articles anglais », rêve M. Larivière.

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