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Une École d’études autochtones voit le jour au Québec

par JEAN-FRANÇOIS VENNE | 07 SEP 16

Déjà pionnière au Québec dans ses relations avec les Premières Nations, l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) a fondé, le 14 juin dernier, l’École d’études autochtones (ÉEA). Elle rassemblera les nombreux cours offerts à l’UQAT sur des sujets liés aux autochtones.

« L’École pourra créer des baccalauréats ou des programmes de cycles supérieurs, se réjouit Hugo Asselin, directeur de l’ÉEA. De plus, elle fédérera les travaux de recherche qui se font à l’UQAT sur les sujets d’intérêt pour les autochtones, et en développera de nouveaux. »

Le Pavillon des Premiers Peuples à l’UQAT a été inauguré en 2009.
Le Pavillon des Premiers Peuples à l’UQAT a été inauguré en 2009. Photo de Mathieu Dupuis.

Les cours seront ouverts aux étudiants autochtones et non-autochtones. « Les questions autochtones au sein des universités sont souvent abordées dans des programmes d’anthropologie ou d’ethnologie, dans lesquels les non-autochtones étudient les Premières Nations, ou à l’inverse dans des programmes réservés à ces dernières. Nous tenons à ce que les deux populations se côtoient dans un réel co-développement des connaissances. »

Un difficile accès

L’UQAT a déjà décerné 700 diplômes à des étudiants autochtones, en plus de former environ 2 500 travailleurs aux réalités de ces communautés. Elle mène aussi des recherches dans une perspective autochtone dans des domaines aussi variés que la santé, la foresterie ou la pédagogie.

« Elle a été la première université à réserver un siège à un membre des Premières Nations sur son comité d’éthique de la recherche », rappelle Hugo Asselin. On en retrouve également au conseil d’administration et sur les comités de programme. Un comité consultatif Premiers Peuples évalue l’approche globale de l’université envers les autochtones.

Des efforts nécessaires

Au Québec, le rapport des autochtones avec les études n’est pas simple. En 2014, l’Institut de la statistique du Québec rappelait que le taux de décrochage dans les communautés autochtones dépassait 85 pour cent. « On peut donc difficilement s’attendre à en voir beaucoup à l’université, et encore moins dans les cycles supérieurs », souligne Suzy Basile. Cette Atikamekw de Wemotaci deviendra la première de sa nation à obtenir un doctorat. Sa thèse en science de l’environnement porte sur le rôle et la place des femmes Atikamekw dans la gouvernance du territoire et des ressources naturelles.

« Le ressentiment lié aux abus commis dans les pensionnats autochtones complique la valorisation de l’école dans ces communautés, et la perspective de devoir quitter la communauté pour aller à l’université en rebute aussi plusieurs », poursuit-elle.

Elle ajoute que le profil des étudiants universitaires autochtones est différent de celui des non-autochtones. « Il s’agit très souvent de femmes de plus de 30 ans, effectuant un retour aux études après avoir fondé une famille, dit-elle. Elles ont des besoins particuliers. »

Suzy Basile espère que des exemples comme le sien permettront aux jeunes autochtones d’aspirer aux études supérieures, et se réjouit de l’arrivée de l’ÉAA. « Elle fera bouillonner les études autochtones en général, et en particulier le volet recherche, si important pour les communautés, prédit-elle. Il y aura plus d’étudiants aux 2e et 3e cycles qui travailleront sur ces questions. C’est important, car nos communautés ont un grand besoin de recherches universitaires portant sur les sujets qui les préoccupent. »

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