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Une longue bataille pour le fait français à l’Université Saint-Paul

Après plusieurs années de travail, l’université a reçu la reconnaissance officielle qu’elle est un établissement bilingue.

par JEAN-FRANÇOIS VENNE | 31 JAN 20

En Ontario, l’Université Saint-Paul a récemment obtenu une désignation partielle en vertu de la Loi sur les services en français. Elle rejoint ainsi les universités d’Ottawa, de Hearst et Laurentienne, toutes assujetties partiellement ou complètement à cette loi.

Cette désignation prévoit que l’offre et l’accès à des services en français de qualité soient garantis et que la présence des francophones au sein de la gouvernance et de la haute direction d’un établissement soit représentative de la population de cette communauté linguistique.

Elle stipule aussi que le conseil d’administration et la haute direction deviennent imputables à l’égard de la qualité des services en français. Ce n’est certainement pas Chantal Beauvais, rectrice de l’Université Saint-Paul, qui s’en plaindra. Elle a travaillé activement pendant quatre années à l’obtention de cette désignation, finalement entrée en vigueur le 1er mars 2019.

Les démarches n’ont pas été de tout repos. « Nous nous sommes retrouvés embourbés dans un imbroglio bureaucratique, en raison de notre affiliation avec l’Université d’Ottawa », raconte la rectrice. L’Université d’Ottawa ne pouvait faire la demande pour l’Université Saint-Paul, car les deux sont des entités juridiques distinctes, chacune avec leur propre bureau de gouverneurs. Mais le gouvernement ne permettait pas non plus à Saint-Paul de faire la demande en son nom, en raison de son lien avec l’Université d’Ottawa. Ce n’est que plusieurs années plus tard que l’établissement a finalement reçu la reconnaissance.

La désignation n’aura aucun impact sur la relation entre ces deux établissements. « Bien qu’elle soit affiliée à notre université, l’Université Saint-Paul gère ses programmes et activités académiques de façon indépendante », rappelle Isabelle Mailloux-Pulkinghorn, responsable des relations avec les médias à l’Université d’Ottawa. Elle ajoute que la désignation de Saint-Paul est une excellente nouvelle pour la communauté francophone de la province et la félicite pour son engagement concret envers la Francophonie.

Une mission historique

La désignation de Saint-Paul est partielle, contrairement à celle de l’Université Hearst, qui est complète, en raison d’un petit nombre de programmes offert uniquement en anglais à Saint-Paul, comme le droit canonique. Mais elle reconnaît l’importance de cette université pour la communauté francophone en Ontario. La quasi-totalité des employés et du corps professoral y est bilingue. « Notre objectif est toujours que les professeurs que nous recrutons soient capables d’enseigner dans les deux langues », rappelle Chantal Beauvais.

Ce souci pour la communauté francophone remonte à l’origine de l’établissement, fondé en 1848 sous le nom de Collège de Bytown. La direction en avait rapidement été confiée aux Missionnaires Oblats de Marie Immaculée, dont le siège social canadien est au Québec.

En ce sens, la désignation ne change pas concrètement la mission ou l’offre de services de l’Université Saint-Paul. « Cela vient tout simplement sanctionner une réalité déjà existante depuis notre création », confirme Chantal Beauvais. Elle précise que dans la francophonie canadienne, lorsque l’on parle d’une université « bilingue », bien des gens ont tendance à penser qu’il s’agit d’un établissement où l’anglais prédomine, mais où l’on trouve aussi quelques programmes et services en français. La désignation vient défaire ce préjugé et reconnaît la situation de bilinguisme réel qui prévaut à Saint-Paul.

Pas de garantie de financement

La lettre d’acceptation envoyée à l’établissement par le ministère de la Formation et des Collèges et Universités de l’Ontario stipule toutefois que la désignation « n’impose nullement au gouvernement de fournir des fonds publics supplémentaires ou de continuer à fournir des fonds publics, et ce, ni dans l’immédiat ni ultérieurement ». L’Université Saint-Paul ne tirera donc aucun avantage financier de son assujettissement à la Loi sur les services en français.

« C’est un peu décevant, concède Chantal Beauvais. Si la province prend la peine d’adopter une Loi sur les services en français et qu’elle invite des établissements à s’y soumettre au nom de l’appui qu’elles doivent donner à une communauté linguistique minoritaire, cela devrait être assorti d’incitatifs financiers, au moins pour assurer le maintien de la qualité des services. »

Elle n’est pas moins fière de ce qu’elle considère comme une belle reconnaissance pour son université et un signal fort envoyé à la communauté francophone en Ontario. « C’est bien qu’elle sente qu’on se soucie de sa vitalité et que nous nous efforçons d’être une ressource importante pour elle », conclut la rectrice.

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