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Apprendre à distance

Un nombre croissant d'étudiants universitaires découvrent la souplesse et l'accessibilité des cours à distance

par TIM JOHNSON | 10 MAR 08

Le parcours de Janice Grove pour obtenir son baccalauréat en sciences n’a pas été de tout repos. À 39 ans, 20 ans après sa sortie du secondaire, cette aide-enseignante travaillant à temps plein, mère de deux enfants, a assisté à son premier cours à l’université. étudiant à temps partiel et choisissant les cours de soir ou d’été, elle a progressé de façon constante. Mais après quatre ans, elle s’est heurtée à un obstacle incontournable : deux cours obligatoires n’étaient offerts ni de soir ni l’été. Elle a donc pris le taureau par les cornes et s’est adressée aux responsables de son université.

« Je leur ai dit que je ne pouvais pas suivre des cours le jour », se souvient- elle. Sa démarche s’étant soldée par un échec, elle s’est tournée vers des cours à distance offerts par l’Université de Waterloo. Ensuite, elle a fait transférer les crédits obtenus, et a pu recevoir son diplôme et être admise à un programme de formation des maîtres. « Il me fallait ces cours de base pour suivre d’autres cours obligatoires, explique-t-elle. Sans l’éducation à distance, mes études seraient restées au point mort. »

Mme Grove fait partie du nombre croissant d’étudiants qui, par commodité ou nécessité, délaissent les salles de classe et les laboratoires pour profiter de la souplesse de l’éducation à distance. Ce type de cours est offert depuis plusieurs décennies : matériel didactique envoyé par courrier, et cours radiodiffusés ou télédiffusés, mais les nouvelles technologies, Internet en particulier, ont donné une nouvelle impulsion à l’éducation à distance.

Vicky Busch, directrice générale de l’Université virtuelle canadienne (UVC), un consortium de 13 universités canadiennes offrant des cours en ligne ou à distance, estime que le taux d’inscriptions a crû de dix pour cent chaque année depuis la mise sur pied du consortium en 2000. Le nombre d’inscriptions a atteint 150 000 en 2006.

L’Université Athabasca, chef de file des établissements canadiens dans le domaine de l’éducation à distance et en ligne, a vu ses effectifs doubler au cours des six dernières années pour atteindre environ 32 000 étudiants. Au Québec, la Télé-université (Téluq), rattachée à l’Université du Québec à Montréal, a connu un bond de 35 pour cent pendant la même période, ses effectifs étant passés à environ 20 000 étudiants. La plupart des étudiants de ces deux établissements s’inscrivent à seulement un ou deux cours. La Téluq estime ses effectifs pour 2006-2007 à l’équivalent de 3 250 étudiants à temps plein.

Raymond Duchesne, directeur de l’enseignement et de la recherche à la Téluq, croit que l’économie et la société actuelles exigent des solutions souples en matière d’éducation. « Il est difficile de conserver le même emploi toute sa vie. Les travailleurs doivent évoluer et se perfectionner. Auparavant, l’éducation à distance était marginale, mais elle devient de plus en plus courante. »

L’Université Athabasca et la Téluq ont été fondées au début des années 1970, bien avant la période d’expansion actuelle. établies sous le signe de l’éducation ouverte, elles s’efforcent de demeurer inclusives et accessibles. Leurs étudiants, qui ont généralement la trentaine ou la quarantaine, travaillent à temps plein et mettent parfois de nombreuses années à terminer leurs études. Pour la majorité des cours, aucun rythme n’est imposé : les étudiants peuvent s’inscrire à tout moment et ne sont pas limités à un semestre. à l’Université Athabasca, par exemple, ils disposent de six mois à un an pour terminer un cours. (Voir le glossaire ci-dessous.)

Cette grande accessibilité entraîne également un désavantage : le faible taux de diplomation. Selon Heather Kanuka, professeure à l’Université Athabasca et ancienne titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l’apprentissage électronique, « ce taux se situe entre cinq et 15 pour cent chez les étudiants inscrits exclusivement à l’Université Athabasca. La plupart des étudiants inscrits à une université axée sur la recherche sont bien outillés sur le plan des compétences et ont été triés sur le volet. Au sein d’une université ouverte, il n’y a aucun obstacle à l’admission. »

À la Téluq, les taux de diplomation se situent entre 15 et 20 pour cent chez les étudiants inscrits à un programme. « Nous acceptons pour ainsi dire tous les étudiants, ce qui se répercute sur le taux d’échecs. Cela ne nous inquiète pas, c’est le prix à payer pour rendre l’enseignement supérieur accessible à tous », précise M. Duchesne.

L’année dernière, la Téluq a accordé un peu plus de 200 diplômes au premier cycle, et l’Université Athabasca, un peu moins de 800. Selon Terry Anderson, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en formation à distance à l’Université Athabasca, le nombre relativement faible de diplômés s’explique principalement par le taux élevé d’abandon et la forte proportion d’étudiants qui demandent un transfert de crédits vers un autre établissement.

Nombre d’étudiants passent par l’Université Athabasca et la Téluq ou d’autres programmes d’éducation ouverte pour obtenir des crédits qui seront reconnus par un établissement ayant pignon sur rue. Ces étudiants sont généralement jeunes, correspondent davantage au profil type de l’étudiant à l’université et présentent un taux de diplomation de loin supérieur à celui des autres étudiants. Il semble que ce soit également le cas des étudiants inscrits à des cours à distance offerts par des universités conventionnelles.

Certains établissements à double vocation, c’est-à-dire qui offrent des cours sur le campus et à distance, imposent un « rythme » aux étudiants : les dates de début et de fin correspondent à un semestre et sont les mêmes que pour les cours réguliers. Les étudiants doivent donc respecter les mêmes échéances que pour les cours dispensés en classe.

M. Anderson affirme que presque tous les collèges et universités reconnaissent les crédits obtenus à l’Université Athabasca, mais certaines contraintes ou modalités particulières peuvent s’appliquer. Il est donc bon de vérifier. « Il revient à l’étudiant de confirmer auprès de son établissement d’attache le nombre de crédits qui peuvent être obtenus dans une autre université et de s’assurer que les crédits de l’Université Athabasca sont reconnus. »

Bien souvent, ceux qui suivent des cours à distance sont tout près de l’université; cette option séduit en effet de plus en plus d’étudiants qui suivent déjà des cours sur un campus. Denis Mayer, président du conseil d’administration de l’UVC et vice-recteur associé aux affaires étudiantes à l’Université Laurentienne, estime qu’environ 50 pour cent de ceux qui étudient à distance sont inscrits à temps plein à un programme prévu pour être suivi sur le campus. C’est parfois pour eux un moyen de concilier études et travail ou tout bêtement d’éviter de se rendre en classe le matin ou les vendredis.

Les cours à distance ou en ligne peuvent en fait aider certaines universités conventionnelles à recruter des étudiants. Joan Collinge, directrice du Centre d’éducation à distance et en ligne de l’Université Simon Fraser, où environ 85 pour cent des étudiants se rendent sur le campus, affirme que les cours en ligne sont souvent très attrayants pour ceux qui ne souhaitent pas suivre tous leurs cours en classe.

Les nouvelles technologies sont un facteur de rapprochement pour les étudiants qui suivent une formation à distance. Elles atténuent l’isolement social qui a longtemps été le lot de cette clientèle. Les systèmes Web de gestion des cours, comme Blackboard, Moodle, WebCT et autres, constituent souvent le centre névralgique d’un cours et facilitent l’inscription, la création de projets de groupe et la distribution du matériel didactique et des tests.

Ces systèmes permettent également de mener des discussions en ligne, un des principaux moyens d’interaction pour ces étudiants. Le professeur lance une piste de discussion dans un forum en ligne, et les étudiants doivent y répondre par écrit, de façon réfléchie. Souvent, leurs réponses sont évaluées, et la lecture des interventions de leurs collègues les aide à ne pas perdre le fil de la matière et à garder le contact.

« Cela me permet de communiquer avec des Canadiens de tous horizons qui occupent une diversité de postes et partagent leur expérience personnelle », explique Stephen Booth, de Lloydminster, en Saskatchewan, titulaire d’un diplôme d’études avancées qui travaille à temps plein comme infirmier psychiatrique tout en étudiant au Collège Douglas et à l’Université Athabasca pour se perfectionner.

Outre les systèmes de gestion des cours, les étudiants ont accès à une vaste gamme d’outils très perfectionnés d’aide à l’apprentissage : blogues, wikis, matériel multimédia comme des DVD, sans oublier les revues savantes en ligne et autres ressources documentaires.

Clare Brett, professeure à l’Institut d’études pédagogiques de l’Ontario de l’Université de Toronto, affiche chaque semaine des discussions décontractées en format vidéo, que les étudiants inscrits à ses cours à distance peuvent télécharger. « C’est très spontané, et j’y parle des échanges qui ont eu lieu au cours de la semaine, explique-t-elle. C’est l’élément le plus populaire du cours; les étudiants apprennent ainsi à me connaître et ont le sentiment d’appartenir à un groupe. »

L’apprentissage synchrone, qui suppose une communication en temps réel, est rendu possible par une diversité d’outils : cybercaméras et microphones, clavardoirs, logiciel Skype et autres logiciels de pointe, dont Elluminate, créé à Calgary. « Grâce à Elluminate, il est possible d’explorer le Web et d’envoyer aux autres toutes sortes de sites. On peut aussi partager des applications, comme un programme de dessin, voter ou encore demander qui est encore réveillé », explique M. Anderson. à son avis, cela est encore plus interactif que l’enseignement offert habituellement en classe.

Pourtant, les professeurs hésitent souvent à exiger des étudiants qu’ils participent à des activités d’apprentissage synchrones : cela suppose d’établir un horaire, et plus un cours comprend d’activités à heures fixes, plus il perd en souplesse. Le problème de l’accessibilité peut également se poser : les étudiants qui ne disposent pas d’une connexion assez rapide ou d’un équipement adéquat sont exclus de la discussion.

Malgré tous les outils technologiques disponibles, on se demande toujours si la qualité de l’apprentissage à distance est équivalente à celle des cours suivis sur le campus. La réponse est mitigée. Mme Kanuka, de l’Université Athabasca, signale que, selon certaines études, il n’y a « probablement aucune différence importante » au chapitre des résultats d’apprentissage. Elle précise toutefois que d’autres aspects de l’expérience universitaire sur le campus, dont la vie sociale et les activités parascolaires, sont tout simplement impossibles à distance.

L’éducation à distance représente également des défis pour les professeurs. Mme Kanuka explique qu’il peut être difficile pour un professeur qui travaille de la maison de demeurer informé, surtout lorsqu’il est privé des échanges spontanés qui surviennent au détour d’un couloir au sein de son département.

L’absence de rétroaction immédiate des étudiants peut également compliquer le processus d’apprentissage. « Certes, nous disposons d’outils d’audioconférence et de vidéoconférence, mais les technologies des communications laissent échapper beaucoup d’éléments d’information : les roulements d’yeux, les étudiants qui se laissent choir sur leur chaise, la façon dont ils prennent leurs notes. Un jour, dans le cadre d’une audioconférence, j’ai demandé « Grand-Prairie, qu’en pensez-vous? », mais je n’ai reçu aucune réponse. Tout le monde était parti manger de la pizza. Bel exemple de participation! », s’exclame-t-elle.

Qu’un cours soit donné sur le campus ou à distance, la qualité de l’enseignement dépend du professeur. De l’avis de Gilbert Paquette, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en ingénierie cognitive du téléapprentissage à la Téluq, l’expérience que procure un cours à distance ne peut équivaloir à celle d’un cours en classe : le dynamisme du professeur, si formidable soit-il, est impossible à transmettre à distance.

Cela dit, il en souligne également les avantages uniques. Les professeurs collaborent avec des experts du domaine et des spécialistes de la conception de cours, et des ressources considérables sont consacrées à la création et à la mise au point de ces cours afin d’obtenir les meilleurs résultats possible. « à mon avis, cela ne fait aucun doute : ces cours sont mieux préparés puisqu’on y consacre beaucoup plus d’efforts qu’aux cours conventionnels. Les étudiants en ont plus pour leur argent. »

Par ailleurs, l’éducation à distance est souvent synonyme d’expérience d’apprentissage approfondie, soutient Mme Brett, de l’Institut d’études pédagogiques de l’Ontario. Par exemple, des études révèlent que les échanges en ligne permettent aux étudiants d’approfondir leur compréhension. « Lorsqu’ils sont appelés à rédiger une réponse, ils s’appliquent davantage que s’ils formulaient leur pensée oralement. De plus, le professeur peut conserver ces traces écrites et revenir sur des questions soulevées précédemment. »

Ceux qui suivent un cours en ligne ont également tendance à être particulièrement assidus. « Ils ne se présentent pas en classe en toute hâte, ayant à peine parcouru les documents à lire, souligne Mme Brett. Ils sont branchés, ils réfléchissent à la matière et mettent leurs pensées par écrit, et tout cela se voit dans le produit fini. »

Les retombées de l’éducation à distance sur le secteur de l’éducation dans son ensemble constituent peut-être le meilleur indicateur de son efficacité. M. Duchesne, de la Téluq, souligne que les méthodes et les technologies utilisées au départ dans le cadre de l’éducation à distance (la diffusion de matériel en ligne, des rencontres moins fréquentes au profit des communications par l’entremise des nouvelles technologies) commencent déjà à modifier les pratiques d’enseignement dans les universités conventionnelles, et ce n’est pas près d’arrêter. « L’éducation à distance ouvre de nouvelles perspectives et transforme les modes d’enseignement et d’apprentissage universitaires des pays écono-miquement avancés. »



Glossaire

Rythme : Les étudiants inscrits à un cours dont le rythme est fixe doivent respecter un horaire, remettre leurs travaux et passer les examens à l’échéance prévue, et disposent d’une période définie, généralement un semestre, pour terminer leur cours. Les cours où le rythme n’est pas imposé offrent davantage de souplesse : les étudiants peuvent s’inscrire presque en tout temps et disposent généralement d’une période prolongée pour terminer leur cours.

Apprentissage synchrone : L’apprentissage synchrone fait appel à des outils comme le clavardage, l’audioconférence et la vidéoconférence pour stimuler les échanges en temps réel entre les étudiants.

Apprentissage en ligne : Utilisation d’outils en ligne facilitant le processus d’enseignement et d’apprentissage. Ces outils sont souvent utilisés dans le cadre des cours conventionnels, par exemple pour afficher des documents en ligne et permettre aux étudiants de se préparer aux discussions en classe.

Éducation ouverte : Type d’enseignement qui vise à éliminer les obstacles à l’accessibilité des études. Les critères d’admission des universités qui offrent ce type d’apprentissage sont généralement souples, et les étudiants disposent d’une latitude accrue pour terminer leurs cours, dont le rythme n’est généralement pas fixe.

Éducation à distance : Mode d’apprentissage hors d’un contexte de classe qui n’exige pas la présence physique des étudiants. Les cours à distance peuvent ou non avoir un rythme fixe, faire appel à des ressources en ligne ou imprimées (ou aux deux) et faire appel à des outils d’apprentissage synchrone, et peuvent être offerts par une université ouverte ou un établissement ayant pignon sur rue. Ils peuvent ou non être donnés en ligne et font souvent appel à une diversité de moyens de communication.

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Tim Johnson
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  1. Jean-Pierre Mercier / 1 April 2020 at 23:00

    Bon article, merci. La formation à distance est plus que jamais d’actualité avec la crise du coronavirus. Nous avons annulé toutes nos formations face à face pour la remplacer par des formations à distance par vidéos et cours complets. https://challenge-action.com/videos-de-formation/