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C’est dans votre tête

Des chercheurs tentent de mieux comprendre les mécanismes du cerveau responsables de l’effet placebo.

par DIANA SWIFT | 08 FEV 10

Vous vous réveillez en pleine nuit avec un mal de tête et farfouillez dans la pharmacie à la recherche de deux cachets d’Aspirine. Dans la pénombre, vous avalez à la place deux comprimés de vitamine D. Une vingtaine de minutes plus tard, vous sentez l’Aspirine faire effet et la douleur diminuer. L’effet placebo, vous connaissez?

En quelques mots, un placebo est un traitement neutre ou inactif auquel le patient réagit positivement parce qu’il s’attend à son efficacité. Ses origines remontent aussi loin que l’Égypte ancienne.

Alan Scoboria, professeur de psychologie à l’Université de Windsor, s’intéresse à l’effet placebo depuis 10 ans. Selon lui, cet effet apparaît le plus souvent lors de traitements dont les résultats sont évalués de façon subjective par le patient, comme dans le cas de l’anxiété, de la dépression et de la douleur chronique. En 2008, lui et ses collègues ont publié un aperçu d’un grand nombre d’essais qui ont porté sur la réaction de patients à des antidépresseurs comme le Prozac et le Paxil, qui sont des inhibiteurs spécifiques du recaptage de la sérotonine.

Les participants à ces essais aléatoires et contrôlés ayant recours au placebo étaient tous considérés comme lourdement dépressifs, ayant obtenu des notes de 20 à 22 sur une échelle d’évaluation de la dépression qui va de zéro (aucun symptôme) à 40 (symptômes très graves). Dans la majorité des essais, les symptômes dépressifs ont chuté d’environ 10 points avec les médicaments et d’environ 8,5 points avec le placebo. Ainsi, de 75 à 80 pour cent des effets du médicament étaient reproduits par le placebo, et près de quatre patients sur cinq ont réagi presque aussi positivement au placebo qu’au médicament, explique M. Scoboria.

Le mécanisme psychologique derrière l’effet placebo en est un d’espé-rance régulé par des circuits situés dans le lobe frontal, où s’effectue le traitement des croyances, des attentes et des récompenses. Sur le plan biochimique, la dopamine sécrétée par le cerveau est sans doute un élément clé du processus.

Dans une étude menée récemment, Jon Stoessl, professeur de neurologie à l’Université de la Colombie-Britannique, a découvert que des patients souffrant de la maladie de Parkinson qui s’attendaient à recevoir un traitement actif mais à qui on n’a uniquement administré un placebo ont sécrété une quantité importante de dopamine. La maladie de Parkinson est pourtant associée à une diminution importante de ce neurotransmetteur. Selon M. Stoessl, la sécrétion de dopamine dans la zone cérébrale appelée le striatum, responsable des décisions fondées sur des récompenses, pourrait être à l’origine de l’effet placebo dans le cas de diverses conditions, comme la douleur et peut-être la dépression.

La réaction au placebo semble dépendre en partie de la personnalité. Dans le cadre d’une autre étude, Petra Schweinhardt, neuroscientifique à l’Université McGill, a « traité » 22 étudiants de sexe masculin souffrant de douleurs aux jambes au moyen d’une crème pour la peau inactive. Elle a observé que les participants qui sont portés à être en quête de nouveauté et de plaisir, et qui ont une capacité de réaction aux récompenses ont réagi plus fortement au placebo.

Fuschia Sirois, professeure de psychologie à l’Université de Windsor, confirme le rôle de la personnalité et des facteurs culturels dans l’effet placebo : « un caractère agréable, l’extroversion, la sociabilité et la confiance en autrui sont autant de traits de personnalité qui renforcent l’effet placebo ».

Les influences culturelles ont également un rôle à jouer, ajoute Mme Sirois. Les attentes envers la personne qui administre le traitement et le milieu où sont prodigués les soins sont un élément clé. La seule vue du sarrau blanc du médecin, par exemple, peut suffire à renforcer les attentes du patient et à stimuler la réaction au traitement.

La médecine pourrait à l’avenir tirer régulièrement profit de l’effet placebo pour améliorer les essais et les résultats cliniques, ainsi que pour réduire les doses administrées et les effets secondaires. Entre-temps, la puissance du placebo vient rappeler aux cliniciens que le cerveau a la capacité innée de déclencher un processus de guérison.

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Diana Swift
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