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ARTICLES DE FOND

Définir tous les mots anglais utilisés entre les années 600 et 1150

Quarante-six ans après le début de ce titanesque projet les spécialistes n’en sont même pas à la moitié d'un dictionnaire de reference du vieil anglais.

par ALEX GILLIS | 26 JUILLET 16

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Cet article est un sommaire de l’article « Defining every English word used between the years 600 and 1150 AD ».

Une chaude journée d’été, il y a deux ans, alors que c’était son premier jour au poste de rédacteur du Dictionary of Old English, Stephen Pelle tentait de définir le mot anglais heaven (ciel), ou plutôt heofon, son équivalent en vieil anglais. Professeur adjoint au Centre d’études médiévales de l’Université de Toronto, où il a obtenu son doctorat, M. Pelle classait plus de 4 000 morceaux de papier en piles précaires. Chaque morceau de papier citait une occurrence du mot heofon et chaque pile représentait un sens précis ou une signification distincte du mot.

L’équipe du Dictionary of Old English, un projet de longue haleine du Centre d’études médiévales, s’est donné pour objectif de définir tous les mots anglais dont l’usage a été attesté entre les années 600 et 1150. Les huit premiers volumes portant sur les lettres A à G et le volume distinct réservé au digramme Æ ont exigé environ 25 ans d’efforts. L’alphabet du vieil anglais comporte 22 lettres. On estime que le dictionnaire complet contiendra de 33 000 à 35 000 entrées. Bien que le dictionnaire en ligne ne soit pas terminé, des centaines d’universités de partout au monde y sont déjà abonnées.

Les travaux relatifs à la lettre H ont commencé il y a environ neuf ans et les travaux portant sur les lettres I à Y (la dernière lettre de l’alphabet du vieil anglais) pourraient exiger quelques années, voire quelques décennies. L’échéancier dépend du financement qui provient surtout de droits d’abonnement, de dons privés et de subventions de fondations canadiennes et américaines.

Une représentation de Heofon dans un manuscrit
Une représentation de Heofon dans un manuscrit. Photo du British Library Board Cotton Claudius B.iv, f.2.

Après huit semaines de travaux au cours du premier été, M. Pelle a résumé le sens de heofon en 10 grandes définitions qui, lorsqu’ajoutées aux citations, ont produit 70 pages à simple interligne. Les significations du terme ont été regroupées en deux grandes catégories : heofon en tant que composante du ciel et heofon en tant que demeure de Dieu. Dans certains cas toutefois, le terme désignait aussi la puissance de Dieu.

« Le mot heofon a été mon véritable baptême du feu, explique M. Pelle. J’avais rédigé quelques articles universitaires sur la façon dont les Anglo-Saxons voyaient heofon et hell (enfer) en pratique, mais en soi le mot est épineux. »

Angus Cameron, professeur en études médiévales qui a fondé le Dictionary of Old English en 1970, est à l’origine de la passion pour les mots archaïques à l’Université de Toronto. Dans un premier temps, il a fallu dénombrer et répertorier tous les textes d’époque en vieil anglais, puis les verser dans une base de données électronique. L’adjointe administrative Elaine Quanz a passé près de six ans à recopier ces vieux textes en IBM Selectric spéciale, une police de caractère pouvant être numérisée dans un ordinateur central. Les travaux sur les entrées du dictionnaire ont pour leur part commencé en 1982, pendant que la numérisation se poursuivait.

Plonger dans l’enfer

Pelle et son collègue Robert Getz, également titulaire d’un doctorat en études médiévales de l’Université de Toronto, ont été embauchés en 2014 à titre de directeurs intérimaires du projet (un nouveau directeur permanent doit être nommé cette année). Dès son premier jour de travail, M. Pelle se mesurait au ciel (heofon) tandis que M. Getz, lui, se plongeait dans l’enfer (hell).

En six semaines, M. Getz a relevé 900 occurrences de hell dans la banque de manuscrits numérisés et formulé les diverses définitions du terme. À l’époque comme aujourd’hui, hell référait à un lieu d’oubli pour les morts ou un outre-monde pour les damnés. Son usage métaphorique qui dénote un cauchemar personnel ne s’est répandu que de nombreux siècles plus tard. « En fin de compte, hell a été un enfer des plus agréables », plaisante M. Getz.

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Une représentation de l’enfer dans un manuscrit. Photo du British Library Board, Cotton Nero C.iv, f.24.

Il ne reste plus que deux mots à définir pour terminer le volume H : le verbe to hold (gehealdan) qui veut dire « tenir » et hwæt qui pourrait se montrer intraduisible, selon M. Getz, responsable de la définition de ces deux mots. Hwæt est le premier mot du poème épique Beowulf, la plus célèbre des œuvres littéraires anglo-saxonnes. Ce mot a souvent été considéré comme une interjection signifiant « écoutez » ou « oyez ».

« Mais sa signification pourrait être toute autre, explique M. Getz. Il pourrait s’agir d’un adverbe exclamatif sans équivalent en anglais mo-derne, semblable à “comme” dans l’expression “Comme le ciel est beau aujourd’hui!”. »

Un ancien rédacteur du dictionnaire a déjà confié à M. Getz que le plus difficile est de ne pas s’enticher d’un mot. « Il faut être incisif et efficace, définir le mot, puis passer au suivant », dit-il. L’équipe souhaite terminer le volume H cette année afin de pouvoir passer à la lettre suivante. N’empêche que selon M. Getz, le mot hwæt pourrait très bien devenir l’un de ses favoris et se révéler encore plus amusant que hell.

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