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Des étudiants aux cycles supérieurs mieux préparés

L’acquisition de compétences professionnelles : un atout pour les étudiants au doctorat dans le milieu universitaire comme à l’extérieur.

par VIRGINIA GALT | 12 SEP 11

Nathalie Magnus fait un doctorat au département de médecine expérimentale de l’Université McGill, une équipe d’élite formée de membres triés sur le volet par l’oncologue pédiatre Janusz Rak afin de participer à des recherches d’avant-garde sur l’interaction entre les vaisseaux sanguins et la croissance des tumeurs. Elle agit en outre à titre de vice-présidente de la Canadian Society for Life Science Research, une organisation étudiante nationale qui se consacre à la formation de la prochaine génération de leaders scientifiques, et ses recherches ont été publiées dans des revues savantes, entre autres dans le Journal of the American Society of Hematology.

Elle semble vouée à un brillant avenir. Malgré ces réalisations, Mme Magnus et ses homologues ne tiennent rien pour acquis quant à leurs perspectives d’avenir à long terme. « Nous comprenons maintenant que nous devons tous aller chercher quelque chose en plus. Un doctorat ne suffit pas pour obtenir un poste de rêve. D’autres compétences sont nécessaires », explique Mme Magnus, ravie de participer au programme d’acquisition des compétences SkillSets de l’Université McGill à l’intention des étudiants aux cycles supérieurs et des chercheurs postdoctoraux, qui complète les compétences universitaires par des compétences professionnelles qui ne s’acquièrent pas nécessairement dans les laboratoires et les salles de conférence.
Les cours offerts dans le cadre du programme portent entre autres sur l’élaboration d’un plan d’affaires, la vulgarisation ou l’art de s’adresser aux non-initiés, l’art de la négociation ainsi que la programmation informatique pour les diplômés en sciences, un séminaire permettant aux étudiants de codifier leurs données aux fins d’analyse.

« Les compétences en programmation permettent de gagner du temps et d’accroître l’efficacité en laboratoire, tout en assurant la transférabilité des ensembles de données et des protocoles d’analyse lorsqu’un chercheur principal quitte le laboratoire», explique David Syncox, agent d’éducation en études supérieures et postdoctorales de l’Université McGill. Le programme SkillSets, qui en est à sa troisième année, jouit d’une immense popularité; il a accueilli plus de 5 000 participants au cours de la dernière année universitaire.

Des initiatives semblables sont nées sur d’autres campus du pays dans les dernières années en réaction aux pressions des employeurs, ainsi que des étudiants aux cycles supérieurs et au postdoctorat. Les universités canadiennes formant nettement plus de diplômés aux cycles supérieurs qu’elles n’ouvrent de nouveaux postes de professeurs, la grande majorité des étudiants n’ont d’autre choix que de chercher un emploi hors du milieu universitaire.

« Les emplois [universitaires] ont toujours été plus rares que les doctorants, alors ceux-ci n’ont eu d’autre choix que de s’adapter. Il a fallu un certain temps aux établissements pour reconnaître ce qu’ils pouvaient faire pour favoriser cette transition, mais nous sommes maintenant de plus en plus nombreux à prendre cette question à cœur », précise Douglas Peers, professeur d’histoire, doyen dans la faculté des arts à l’Université de Waterloo et ancien président de l’Association canadienne pour les études supérieures.

« Depuis deux ou trois ans, les doyens aux études supérieures se préoccupent davantage de cet enjeu, ce qui donne lieu à diverses initiatives », ajoute-t-il. En règle générale, les universités offrent des formations en communications, en leadership, en organisation et en gestion, « la plupart d’entre elles, sous diverses formes ». Selon M. Peers, il s’agit là de compétences importantes pour réussir, tant dans le milieu universitaire qu’en dehors de celui-ci.

Le programme Graduate Pathways to Success de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC) offre une série d’ateliers non crédités sur des sujets aussi variés que la préparation de demandes de financement, l’efficacité du travail en équipe, le réseautage et le quotient émotionnel. Un programme sur l’entreprenariat est en outre venu s’ajouter à la liste au printemps dernier.

« La tension est palpable chez les diplômés, de plus en plus préoccupés par ce que l’avenir leur réserve », affirme Susan Porter, doyenne intérimaire de la faculté des études supérieures de la UBC.

« Quand j’ai terminé mon doctorat [en pathologie et médecine laboratoire, en 1988], presque tous les diplômés du programme se sont déniché un emploi dans le milieu universitaire. La seule question était de savoir où. Maintenant, c’est tout le contraire. Ils n’ont pas la moindre idée de ce qui les attend. Faute d’emplois universitaires, ils se demandent ce qu’ils vont bien pouvoir faire. »

Elizabeth Wallace, gestionnaire, projets spéciaux, faculté des études supérieures de la UBC, explique que l’initiative mise sur la participation active des étudiants au lancement de leur carrière afin de former des diplômés expérimentés dans leur discipline, qui soient également des personnes équilibrées capables d’aller de l’avant et de contribuer à la société.

« À cause de certaines idées préconçues sur le marché du travail, ils ne voient pas les formidables occasions de carrière qui y sont offertes. Je ne voudrais surtout pas qu’ils prennent panique et acceptent n’importe quel emploi parce qu’ils ne voient pas la lumière au bout du tunnel», précise Mme Wallace, titulaire d’un doctorat en enseignement. Le programme offre une trentaine d’activités par semestre, et les inscriptions excèdent toujours largement le nombre de places disponibles.

Les universités qui proposent des séances de perfectionnement professionnel invitent généralement des employeurs à quelques reprises pendant l’année pour faire connaître les occasions d’emploi à l’extérieur du milieu universitaire et aborder les compétences requises pour pouvoir en profiter.

« Si les étudiants sont formés comme des clones de leurs professeurs, ils ont plus de difficultés à intégrer le marché du travail en général », soutient Jean Nicolas, qui a été titulaire de la première chaire canadienne en formation des étudiants aux cycles supérieurs du département de génie mécanique de l’Université de Sherbrooke. (M. Nicolas est actuellement professeur émérite et la chaire a été remplacée par un centre de perfectionnement pour les étudiants au doctorat dont on prévoit l’élargissement à d’autres facultés que le génie mécanique.)

M. Nicolas, titulaire du prix 3M en raison de ses travaux novateurs dans le domaine, estime que les programmes de perfectionnement des compétences devraient être adaptés selon la discipline, et être très accessibles. « À la Faculté de génie, certaines de ces formations ont été rendues obligatoires. C’est notamment le cas d’une formation sur l’innovation et la gestion de projets.»

Néanmoins, d’autres pays ont une longueur d’avance sur le Canada sur le plan du perfectionnement professionnel des étudiants aux cycles supérieurs. Selon M. Peers, de l’Université de Waterloo, dans les universités du Royaume-Uni, « l’acquisition de compétences professionnelles transférables fait vraiment partie intégrante des attentes relatives à tout programme financé d’études supérieures».

Bien qu’un nombre croissant d’universités canadiennes offrent ces programmes complémentaires à quiconque est intéressé, et cela gratui-tement ou à faible coût aux étudiants, M. Peers n’est pas convaincu qu’ils devraient être obligatoires.

« Le modèle du Royaume-Uni contribue malheureusement à créer des attentes toujours plus grandes à l’égard de la formation qui, en soi, est très courte. Les études doctorales ne sont, en règle générale, financées que sur quatre ans au Royaume-Uni, précise-t-il, période pendant laquelle l’étudiant doit, en plus de sa formation, acquérir ces compétences complémentaires. »

Quant aux chercheurs postdoctoraux au Canada, la formation varie d’un établissement à l’autre, certaines universités offrant des ateliers d’acquisition des compétences professionnelles « en plus de la formation reçue en laboratoire », explique Angela Crawley, immunologiste affiliée à l’Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa et membre du comité de direction de l’Association canadienne des stagiaires postdoctoraux.

« Les formations sont offertes sur une base volontaire. Les étudiants doivent s’entendre avec leur directeur sur les activités à suivre et ils font parfois face à une certaine résistance selon la culture de leur milieu. »

Mme Crawley aimerait qu’une démarche plus cohérente soit adoptée en matière de perfectionnement professionnel offert aux étudiants aux cycles supérieurs et aux chercheurs postdoctoraux.

Deux des principaux organismes subventionnaires de recherche, le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG) et les Instituts de recherche en santé du Canada, appuient le programme de formation en faisant du perfectionnement professionnel un préalable à l’obtention de financement dans le cadre de certains de leurs programmes. Les universités qui présentent une demande de subventions dans le cadre du Programme de formation orientée vers la nouveauté, la collaboration et l’expérience en recherche (FONCER) du CRSNG, doivent par exemple indiquer comment elles entendent favoriser l’acquisition de compétences utiles aux étudiants aux cycles supérieurs pour assurer la réussite de leur transition sur le marché du travail.

« C’est une tout autre démarche », explique Isabelle Blain, vice-présidente à la Direction des subventions de recherche et bourses du CRSNG, et microbiologiste de formation. La réussite du programme FONCER réside, selon elle, dans sa démarche novatrice en comparaison d’autres programmes, plus axés sur les professeurs et sur ce qu’ils attendent de leurs étudiants.

L’année dernière, l’Université Dalhousie a reçu une bourse de recherche de 1,65 M$ dans le cadre du programme FONCER aux fins de la recherche sur la production et le stockage de l’énergie renouvelable. Elle a établi des partenariats avec 3M, une entreprise de technologies associée depuis longtemps au milieu de l’éducation postsecondaire au Canada et aux États-Unis, avec Toshiba au Japon, ainsi qu’avec d’autres employeurs du secteur privé en vue d’offrir aux étudiants aux cycles supérieurs des stages dans des laboratoires de recherche en entreprise dans le cadre de leur formation, explique Mary Anne White, directrice du programme de recherche et professeure au département de chimie de l’Université Dalhousie.

« Ce type de stage n’est pas très répandu pour le moment au Canada, précise Mme White, c’est un domaine dans lequel nous accusons du retard par rapport à d’autres pays ».

En entreprise, les étudiants se familiarisent également avec les enjeux relatifs à la gestion de la propriété intellectuelle, entre autres, « le type de questions que ne couvrent pas les programmes d’études, mais qui sont fort utiles dans l’industrie ».

Cette formation comporte évidemment des avantages pour les étudiants, comme pour leurs futurs employeurs, convient Mme Blain, qui cherche bien plus que de solides compétences en sciences et en génie lorsqu’elle recrute de nouveaux candidats au sein du CRSNG.

« Certes, ils doivent posséder de solides compétences dans leur domaine de spécialité, mais ce n’est pas tout, car d’autres compétences concourent à en faire des employés très efficaces, notamment la capacité à interagir avec le milieu, à faire avancer leurs propres projets et à faire bouger les choses au CRSNG. Les compétences personnelles et professionnelles jouent un rôle essentiel. »

Virginia Galt est une journaliste primée qui s’intéresse aux questions touchant l’éducation, les affaires et le monde du travail. Ses travaux ont été publiés dans de nombreux magazines ainsi que dans le Globe and Mail, le journal pour lequel elle a travaillé pendant la majorité de sa carrière de rédactrice.

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