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ARTICLES DE FOND

Des liens avec la communauté

Les étudiants, artisans de la popularité grandissante des projets d’apprentissage par le service communautaire dans l’ensemble du pays

par LÉO CHARBONNEAU | 08 SEP 09

Il y a un peu plus de cinq ans, l’apprentissage par le service communautaire était un concept plutôt novateur sur les campus canadiens. Combinant le bénévolat aux travaux universitaires, cette méthode d’enseignement vise à inculquer à l’étudiant le sens de l’engagement civique tout en produisant des retombées positives pour la communauté.

Motivée entre autres par l’article « Former des citoyens », paru dans Affaires universitaires en février 2004, la fondation de la famille J. W. McConnell a lancé une initiative qui a contribué à galvaniser les troupes. Le mouvement connaît depuis une « croissance phénoménale » dans les universités canadiennes, se réjouit Cheryl Rose, directrice fondatrice de l’Alliance canadienne pour l’apprentissage par le service communautaire qui travaille aujourd’hui à l’Université de Waterloo.

En 2005, la fondation McConnell a financé 10 projets d’apprentissage par le service communautaire issus du milieu universitaire. Chaque projet retenu a reçu de 500 000 $ à un million de dollars sur cinq ans. Certaines universités avaient déjà des projets en branle, tandis que d’autres s’intéressaient depuis peu à ce type d’apprentissage.

« Cette initiative a aidé les universités à s’imprégner de la culture d’apprentissage par le service », explique Mme Rose. Bon nombre d’universités dont la candi-dature n’a pas été retenue ont tout de même décidé d’aller de l’avant avec leur projet.

On ne dénombrait que six projets d’apprentissage par le service avant 2005. Aujourd’hui, près de 30 universités et collèges canadiens en offrent, selon Larry Gemmel, qui a récemment succédé à Mme Rose au poste de directeur de l’Alliance.

L’Université d’Ottawa a reçu du financement de la fondation McConnell. Chaque année, quelque 1 300 étudiants s’inscrivent à des cours du programme d’Apprentissage par l’engagement communautaire de l’Université, donnés par 170 professeurs de toutes les facultés en collaboration avec plus de 100 groupes communautaires. « Les étudiants sont la véritable force motrice du pro-gramme », estime Jeffrey Keshen, professeur d’histoire et gestionnaire du programme.

À l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), le mouvement n’a pas connu un tel élan, mais le coordonnateur du programme, Rémi Tremblay, demeure enthousiaste. L’UQTR offre un cours d’apprentissage par le service d’une durée d’un an à une cinquantaine d’étudiants par année. Dans le cadre du cours, des équipes interdisciplinaires de deux à cinq étudiants mettent sur pied un Projet d’intervention communautaire (PICOM) pour répondre à un besoin exprimé par un organisme communautaire.

Les étudiants présentent les résultats de leur projet à la fin du semestre, et M. Tremblay, qui est également adjoint au vice-recteur aux études de premier cycle, est toujours « impressionné » par l’énergie et l’enthousiasme qu’ils dégagent.

L’apprentissage par le service commu-nautaire se distingue du bénévolat par le fait que les étudiants sont appelés à présenter les résultats de leur travail ou à y réfléchir de façon structurée. Ils doivent faire le lien entre ce qu’ils apprennent en classe et dans la collectivité, c’est-à-dire entre la théorie et la pratique, en se livrant à un processus de réflexion pouvant inclure la tenue d’un journal, des discussions, des exposés, des projets de recherche et des rapports.

Le programme de l’UQTR inclut depuis peu des projets de plus grande envergure qui s’étendent sur plusieurs années. Dans le cadre d’un de ces projets, les étudiants ont conçu des ressources et des outils d’enseignement pour un organisme d’intervention auprès des jeunes de la rue. Un autre groupe collabore avec un organisme social à but non lucratif pour mettre sur pied un éco-hôtel.

L’aspect le plus important de ces activités est que l’échange de connaissances n’est pas unidirectionnel, explique M. Tremblay. « Les étudiants et les professeurs tirent des leçons de l’innova-tion sociale au sein de la collectivité. »

Il reste à savoir comment la viabilité financière de ces initiatives sera assurée lorsque le financement de la fondation McConnell prendra fin. Ces activités exigent beaucoup de ressources et une grande coordination entre les étudiants, les professeurs et les organismes communautaires.

De l’avis de M. Keshen, de l’Université d’Ottawa, « l’apprentissage par le service est à la croisée des chemins ». Un des enjeux est le degré d’institutionnalisation de l’apprentissage par le service, « non seulement sur le plan administratif, mais également en ce qui a trait à la reconnaissance de la participation des professeurs » et à la place qu’on lui accorde dans les critères de promotion et de titularisation.

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