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ARTICLES DE FOND

Gary Genosko, spécialiste en technoculture

Pirates, renégats et éléments subversifs constituent le terrain d’étude du sociologue.

par MARK CARDWELL | 07 FEV 11

Titulaire de la chaire de recherche du Canada en technoculture, Gary Genosko s’en donne à cœur joie. En plus d’accomplir ses tâches de professeur innovateur au département de sociologie de l’Université Lakehead, cet homme de 51 ans a passé une bonne partie des 10 dernières années à étudier – et à tenter d’interpréter – les activités créatives, néanmoins subversives, de personnes et de petits groupes qui cherchent à entraver ou à usurper les systèmes d’information modernes.

Certains des quelque 100 articles qu’il a écrits sur une variété de sujets traitent des hors-la-loi de la contre-culture comme Michael « Mafiaboy » Calce, l’adolescent montréalais de classe moyenne qui, du sous-sol familial, a piraté le site Web de plusieurs multinationales en 2000. Rédacteur en chef de la publication The Semiotic Review of Books, il travaille actuellement à son 18e livre, dans lequel il aborde les activités de groupes hétérogènes comme les pirates du téléphone qui s’attaquaient aux systèmes téléphoniques dans les années 1960 et 1970 et des « explorateurs urbains » modernes qui s’infiltrent dans des zones inusitées et interdites des villes, comme les égouts et les tunnels de transport en commun.

« J’essaie de savoir comment ils envahissent, entravent ou piratent les systèmes, explique M. Genosko. On saisit ainsi la mesure véritable de la créativité et de l’innovation. » Selon lui, les activités de ces groupes ont une valeur intrinsèque pour la société puisqu’elles nous forcent à réfléchir aux abus que peut entraîner l’utilisation des technologies de l’information et de la surveillance qui appuient mais aussi contrôlent de plus en plus d’aspects de nos vies quotidiennes.

Ce concept est au cœur de Punched Drunk: Alcohol, Surveillance, and the LCBO, 1927-1975, un livre qu’il a publié en 2009 avec Scott Thompson, un de ses étudiants aux cycles supérieurs. L’ouvrage aborde les efforts consacrés à la surveillance et au contrôle de la consommation d’alcool par l’entremise d’une bureaucratie élaborée qui recueillait et partageait les renseignements personnels de milliers de personnes. Pendant des décennies, la Régie des alcools de l’Ontario (LCBO) a conservé des dossiers précis sur les acheteurs et leur domicile. En plus des inspecteurs des alcools, les fonctionnaires de plusieurs agences gouvernementales accédaient à ces renseignements et les utilisaient à l’insu des consommateurs. Ces données servaient de point de départ à des pratiques troublantes comme le profilage géoracial afin de limi-ter les ventes à des classes ou groupes entiers de gens, des Autochtones aux mères célibataires. Pour M. Genosko, de telles politiques discriminatoires peuvent servir tant de leçons que d’avertissements dans le cadre des débats publics actuels sur des enjeux comme la décriminalisation du cannabis.

On a également découvert, ajoute-t-il, que de nombreux employés de la LCBO mettaient leur emploi en jeu en falsifiant les données de vente essentielles au système de surveillance rudimentaire de cartes à perforer de la régie, d’où le titre du livre. Certains employés agissaient par sympathie pour ceux qui risquaient de se faire refuser de l’alcool ou pour défier la culture de délation visant à surveiller les activités des citoyens. L’auteur compare ces « actes de sabotage » au phénomène WikiLeaks actuel et ce qu’il définit comme « l’effondrement de la distinction entre les renseignements classifiés et non classifiés ».

La carrière universitaire de M. Genosko résulte d’un parcours sinueux. Après avoir démontré un vif intérêt pour l’art contemporain, il a cumulé des diplômes en sciences de l’environnement, en philosophie et en pensée politique des universités York, de Toronto et de l’Alberta. En 1994, pendant un stage postdoctoral en sociologie à l’Université de London, il a publié son premier ouvrage. Il a ensuite fondé une entreprise de rédaction et de révision à Winnipeg et obtenu, avant d’avoir 40 ans, son premier poste de professeur à l’Université Lakehead.  « Je ne voulais pas qu’on m’étiquette, ex-plique-t-il.  Je ne suis pas adepte de la pensée cloisonnée. » Cette année, il est professeur invité à la faculté de l’information iSchool de l’Université de Toronto.

Son collègue Samir Gandesha affirme que le travail de M. Genosko, et tout particulièrement ses théories sur les nouveaux médias et la façon dont elles sont reliées à la vie sociale et politique, améliore notre compréhension de la nouvelle économie mondiale fondée sur l’information et les connaissances. « Je crois que ses travaux sont des plus pertinents dans le monde actuel », déclare M. Gandesha, directeur de l’Institut des sciences humaines de l’Université Simon Fraser.

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