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Harcèlement sexuel en 2010

Des codes de conduite adéquats et la sensibilisation au harcèlement sexuel ont un effet positif sur les campus.

par HELEN BURNETT-NICHOLS | 08 MAR 10

En janvier 2000, Shirley Katz, alors avocate-conseil à l’Université York, a écrit un article pour Affaires universitaires afin de sensibiliser le milieu universitaire aux « risques que présentent ces relations pour l’étudiant, le professeur et l’Université ».

À l’époque, seuls quatre cas de harcèlement sexuel mettant en cause des étudiants et des professeurs avaient été rapportés au Canada, et ils relevaient du tribunal des droits de la personne ou d’un groupe d’arbitrage universitaire. Mme Katz soulignait que la plupart des personnes impliquées « ne savent pas ou ne comprennent pas entièrement à quel point une relation intime entre un professeur et un étudiant peut être risquée, problématique et dangereuse ». (L’article intégral en anglais se trouve au www.affairesuniversitaires.ca.)

Aujourd’hui, les universités n’interdisent pas formellement les relations entre professeurs et étudiants, mais bon nombre d’entre elles disposent de politiques très claires à propos de ce genre de relations – interdisant, par exemple, que quiconque en position d’autorité évalue ou supervise le rendement d’un étudiant, d’un employé ou d’un collègue avec qui il entretient ou a entretenu une relation de nature sexuelle au cours des cinq dernières années.

Des allégations de harcèlement sexuel sont toujours déposées sur les campus canadiens, mais certaines choses ont changé; un nombre moins grand d’étudiantes accusent des professeurs ou des représentants de l’autorité de harcèlement sexuel, et il est maintenant rare qu’une plainte soit entendue en audience, fasse l’objet d’une poursuite ou soit résolue devant le tribunal des droits de la personne.

Pourquoi un tel changement? Les professionnels du domaine proposent quelques explications : Les nouvelles politiques insistent sur l’importance de la médiation et du règlement des plaintes à l’interne; les professeurs, le personnel et les étudiants savent mieux distinguer ce qui relève du harcèlement sexuel; davantage de femmes occupent des postes d’autorité dans les universités.

Selon Neena Gupta, partenaire dans la firme Gowling Lafleur Henderson, la principale cause du changement provient du fait que la plupart des universités ont mis en place de bons codes de conduite, et ont intégré aux ententes et aux conventions collectives des professeurs des moyens de protection contre le harcèlement. Les codes de conduite définissent les rôles et responsabilités du directeur de bureau de l’équité ou d’intervention en matière de harcèlement sexuel, précisent la nécessité de demeurer impartial et établit des règles strictes sur le maintien de la confidentialité de l’information.

De nombreuses politiques spécifient maintenant les étapes à suivre pour traiter des plaintes de harcèlement sexuel, si possible à l’interne. Presque toutes les universités canadiennes se sont maintenant dotées d’un bureau d’intervention en matière de harcèlement sexuel, de l’équité ou des droits de la personne, où on tente de parvenir à un règlement rapide des plaintes.

La sensibilisation a aussi porté ses fruits. Les universités offrent aux professeurs, au personnel et aux étudiants de la formation sur les manières de reconnaître le harcèlement sexuel et les manières d’y remédier. Les groupes étudiants et les bureaux de l’équité présentent des ateliers sur des thèmes comme le consentement, et organisent des groupes de discussion sur les ambigüités que comporte le harcèlement sexuel. Le travail est toujours à recommencer en raison du renouvellement perpétuel des effectifs au sein du milieu universitaire.

Certains incidents un peu particuliers entre étudiants font aussi l’objet de préoccupations constantes. Matt Abbott, étudiant et ancien coordonnateur d’un groupe de soutien contre les agressions sexuelles à l’Université du Nouveau-Brunswick, explique que certains aspects considérés comme de la violence sexuelle font parfois partie des mœurs entre les jeunes sur les campus.

Malgré le fait que la procédure s’est beaucoup simplifiée, on se préoccupe du fait que beaucoup des cas ne sont pas rapportés. Une étude de 2006 de l’American Association of University Women (Association américaine des femmes universitaires) affirmait que près des deux-tiers des étudiants de niveau universitaire ont subi une forme quelconque de harcèlement sexuel, mais que seulement 10 pour cent d’entre eux en parlent à un membre du personnel de l’université, et qu’ils sont encore moins nombreux à le rapporter officiellement à un responsable.

Paddy Stamp, responsable du bureau d’intervention en matière de harcèlement sexuel à l’Université de Toronto ne croit pas pour sa part que le taux de harcèlement diminuera, car selon lui « il y aura toujours de nouveaux étudiants sur les campus, qui ne seront pas assez informés et qui prendront des risques compromettants ».

Rédigé par
Helen Burnett-Nichols
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