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La formule du fabuleux succès du programme MITACS

Le réseau a vu le jour en 1999 dans le cadre du programme des Réseaux de Centres d’excellence (RCE) du gouvernement fédéral dans le but de trouver des façons d’établir un dialogue entre les mathématiciens et l’industrie.

par MICHAEL SMITH | 07 FEV 11

À 29 ans, Bronwyn Gillon, chimiste spécialiste des polymères, se sentait épuisée. En plus des efforts consacrés à l’obtention de son doctorat, elle était frustrée par la vision universitaire souvent étroite en matière de résolution de problèmes. Tout a changé lors de son stage postdoctoral à l’Université Simon Fraser, grâce à un programme du réseau Mathématiques des technologies de l’information et des systèmes complexes (MITACS).

« À la fin de mon doctorat, j’étais épuisée et croyais avoir perdu l’intérêt pour la chimie synthétique », se rappelle Mme Gillon. C’était avant sa participation à Accelerate, un programme de stages du MITACS qui fait le pont entre de jeunes scientifiques et l’industrie. Une entreprise de Vancouver qui conçoit des composés aux propriétés optiques modifiables sur demande cherchait un stagiaire pour étudier un problème précis, et Mme Gillon a obtenu le poste.

« Ce stage m’a fait découvrir le type de raisonnement utilisé en industrie, qui me convient beaucoup mieux », constate-t-elle. L’expérience a ravivé son intérêt pour la chimie et l’a menée à un poste à temps plein.

Il y a quelques années, ce type de scénario était plutôt rare. Le secteur privé et le milieu universitaire canadiens sont longtemps demeurés des « univers parallèles » qui interagissaient peu, explique Ron Freedman, un des associés du cabinet de Toronto Impact Group. Les universités participent au transfert de la technologie, mais les retombées sont négligeables (des revenus annuels de 53 millions de dollars contre des coûts de 51 millions). Le MITACS, lui, est à la tête d’un mouvement que M. Freedman appelle « l’engagement commercial ».

Le réseau a vu le jour en 1999 dans le cadre du programme des Réseaux de Centres d’excellence (RCE) du gouvernement fédéral dans le but de trouver des façons d’établir un dialogue entre les mathématiciens et l’industrie. Comme d’autres pays ont réussi à établir un tel dialogue et en ont retiré des avantages économiques, « la question était de savoir pourquoi le Canada faisait si mauvaise figure », explique Arvind Gupta, directeur général du MITACS.

En quelques années, le MITACS a réussi à tisser des liens entre ses membres et l’industrie. Mais certains membres du conseil d’administration issus du secteur privé voulaient trouver la réponse à une question plus vaste : pourquoi y a-t-il un fossé entre l’université, lieu de création du savoir, et l’industrie qui utilise ce savoir? Comment combler ce fossé?

Selon M. Gupta, le problème fondamental réside dans le fait que l’économie du savoir est axée sur les ressources humaines et sa valeur ajoutée provient de l’éducation. Malgré l’excellence de son système universitaire, le Canada offre peu de possibilités aux personnes scolarisées comparativement à beaucoup d’autres pays. Ainsi, les diplômés aux cycles supérieurs quittent le pays, emportant avec eux leur éducation dont le coût total de la maternelle au doctorat s’élève à environ 500 000 $.

M. Gupta et ses collègues ont donc pensé que si l’industrie canadienne – en particulier les PME – profitait des retombées concrètes de l’intégration de la science à ses activités, elle trouverait sans doute avantageux d’offrir aux diplômés des occasions qui les inciteraient à demeurer au pays.

C’est ainsi qu’est né Accelerate, le programme phare du MITACS. Il s’agit d’une certaine façon du prolongement des programmes d’enseignement coopératif. Dans ce type de stage, les étudiants sont prêtés à l’entreprise sans nécessairement avoir de comptes à rendre. Dans le cadre d’Accelerate, les stagiaires intègrent l’entreprise dans le but de résoudre un problème concret.

À ses débuts en 2004, Accelerate comptait 18 stagiaires; en 2010, ils étaient plus de 1 000 répartis dans quelque 600 entreprises. Maintenant, le programme compte des étudiants en chimie, en ingénierie, en physique en génétique et même en dentisterie, en études folkloriques et en musique.

Il ne s’agit pas d’un service gratuit pour les entreprises. Dans le cas d’un problème simple, qui nécessite le travail d’un stagiaire pendant un semestre, l’entreprise doit s’engager à verser 15 000 $, soit 7 500 $ en argent et l’équivalent de 7 500 $ en soutien à l’interne. Le MITACS ajoute 7 500 $ issus de fonds fédéraux et provinciaux. La collaboration peut être augmentée par tranche de 15 000 $.

Il est difficile d’évaluer l’effet du programme Accelerate sur l’exode des diplômés, mais une méthode pour y parvenir consiste à comparer la situation d’étudiants issus de départements similaires qui participent et ne participent pas au programme. Les données laissent croire que les étudiants qui appartiennent aux départements participants sont plus susceptibles de demeurer au Canada après l’obtention de leur diplôme dans une proportion de 25 pour cent.

Comme tous les RCE, le MITACS est soumis à une clause de réexamen, ce qui signifie que la majeure partie de son financement prendra fin en 2012. Le MITACS poursuivra tout de même ses activités grâce à l’appui financier des gouvernements, de l’industrie et des universités.

Rédigé par
Michael Smith
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