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La libre expression sur les campus – À quel point?

par UA/AU | 08 JUIN 09

Les universités canadiennes et les étudiants sont-ils de moins en moins tolérants envers la libre expression? Dans les derniers mois, des restrictions diverses ont limité les activités des groupes d’étudiants sur les campus des universités de l’ensemble du pays. Certains ont perdu leur statut de club universitaire et d’autres ont dû faire face à des restrictions relatives à la façon dont ils défendent leurs opinions. L’Association canadienne des libertés civiles a reproché tant aux associations étudiantes qu’aux administrations universitaires ce qu’elle considère comme de la censure.

Pour ouvrir le débat, Affaires universitaires a demandé à la représentante de l’Association canadienne des libertés civiles, Abby Deshman, de défendre la libre expression, particulièrement en ce qui concerne les droits des groupes d’étudiants contre l’avortement. Son adversaire est Carolyn Cody, coordonnatrice interne de l’association étudiante du campus Okanagan de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC), qui a habilement défendu l’hiver dernier, devant la Cour suprême de la Colombie-Britannique, le droit de l’association de refuser de financer un groupe d’étudiants anti-choix.

« Bien que l’Association canadienne des libertés civiles ait toujours été une organisation profondément pro-choix, nous nous préoccupons de plus en plus des mesures que diverses associations étudiantes ont prises contre les groupes qui s’opposent à l’avortement sur les campus, a lancé Mme Deshman en ouverture.

Elle a fait remarquer que l’Association a aussi critiqué plusieurs administrations universitaires pour avoir interdit des documents étudiants controversés reproduits en rapport avec la Semaine contre l’apartheid israélien.

« S’il devient impossible de débattre avec vigueur et de contester des sujets hautement controversés avec des mots, des images et des actions pacifiques sur les campus, où la société pourra-t-elle espérer voir la libre expression prédominer? », a-t-elle demandé.

Carolyn Cody, du campus Okanagan de la UBC, réplique que le débat concerne « le droit des associations étudiantes de déterminer ce qui peut être affiché sur les campus ». L’association étudiante, souligne-t-elle, « a le dernier mot sur ce que les groupes peuvent dire ou non ».

Elle donne comme exemple un groupe du campus Okanagan qui avait besoin d’un endroit où tenir son projet de sensibilisation au génocide. L’association étudiante a fourni une salle de classe dans laquelle le groupe pouvait installer des affiches et présenter un film – un espace public certes, mais qui permettait aux gens d’éviter de voir les images s’ils le souhaitaient.

Mme Deshman répond : « Ce sont les critères invoqués par beaucoup d’associations étudiantes pour exercer leur pouvoir qui préoccupe ».

Bien que l’Association canadienne des libertés civiles n’ait rien contre le fait que les associations étudiantes ou les administrations universitaires punissent les groupes d’étudiants qui contreviennent délibérément aux politiques justes, objectives et claires en matière de libre expression, elle se dit préoccupée lorsque les politiques et critères sous-jacents régissant les comportements acceptables sont obscurs ou trop subjectifs.

Mme Cody reconnaît la nécessité de définir clairement la libre expression, mais laisse entendre que l’affichage d’images troublantes en serait exclue.

« C’est ce que beaucoup de groupes d’étudiants anti-choix font, dit-elle. Sous le couvert de la liberté d’expression, ils affichent dans des endroits publics des images de victimes d’holocauste ou de génocides à côté d’images de fœtus avortés. » Elle rappelle un incident survenu récemment à l’Université de Calgary : l’établissement avait demandé à un groupe anti-choix de tourner ses affiches vers l’intérieur afin d’« éviter que le grand public voie accidentellement ces images explicites ».

Les étudiants universitaires ont-ils besoin d’une telle protection? Mme Deshman ne croit pas. « La libre expression englobe non seulement le droit de s’exprimer, mais aussi le droit d’entendre; un campus n’est pas une pouponnière, et les étudiants n’ont pas à être dorlotés. »

Les universités doivent distinguer les réelles violations à la liberté d’expression et les attitudes « d’ayant droit », répond Mme Cody. Elle souligne que certains groupes croient qu’ils ont droit à du financement de la part des associations étudiantes, ce qui est totalement faux.

Finalement, « la question n’est pas et ne peut pas ‘tre de savoir si nous appuyons leur cause », affirme Mme Deshman. Pour les associations étudiantes cependant, indique Mme Cody, « toute discussion du droit à la libre expression doit aborder le droit à l’autodétermination. Sinon, on n’aborde que les droits de quelques personnes soigneusement choisies. »

Selon vous, qu’advient-il de la liberté d’expression sur les campus? Veuillez faire part de vos commentaires en écrivant à redactrice@aucc.ca.

Rédigé par
UA/AU
L'équipe d'Affaires universitaires.
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