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Marcia Babineau : au cœur du théâtre acadien

Que ce soit comme comédienne, metteuse en scène ou professeure, elle a campé un rôle crucial dans le développement du théâtre acadien.
par ÉMILE BÉRUBÉ-LUPIEN
30 JUIN 21

Marcia Babineau : au cœur du théâtre acadien

Que ce soit comme comédienne, metteuse en scène ou professeure, elle a campé un rôle crucial dans le développement du théâtre acadien.

par ÉMILE BÉRUBÉ-LUPIEN | 30 JUIN 21

La majorité de sa vie, Marcia Babineau l’a passée au Nouveau-Brunswick. Par son engagement constant depuis plus de 40 ans, elle a profondément imprimé sa marque sur le théâtre acadien. Au fil des années, elle a porté plusieurs chapeaux : comédienne, metteuse en scène, directrice artistique, puis professeure et directrice du Département d’arts dramatiques de l’Université de Moncton, où elle a aussi fait ses études. Levons le rideau sur l’une des défricheuses du théâtre acadien contemporain.

Une voie à tracer

On mesure davantage la portée d’une réalisation comme la cofondation du théâtre l’Escaouette, l’une des premières compagnies de théâtre acadiennes, lorsqu’on entend Mme Babineau au bout du fil se remémorer qu’à l’orée des années 1980, les perspectives d’emploi pour les jeunes comédiens acadiens se faisaient rares. « Pendant que j’étais aux études, avec mes collègues, on était très conscients qu’il n’y avait pas de travail pour nous. Il n’y avait pas de grande institution qui pouvait nous embaucher, on savait que la seule probabilité, c’était de s’exiler, soit au Québec, en Ontario ou ailleurs au Canada, raconte-t-elle. C’est là, en troisième année, qu’on a entretenu ce rêve de fonder une compagnie de théâtre professionnelle. Cette compagnie a été fondé en 1978 par mes collègues et moi. »

Cette nouvelle porte qui s’est ouverte n’aura pas su la retenir. Elle s’est exilée quelques années à New York afin de suivre un programme au prestigieux Lee Strasberg Theatre and Film Institute, mais assure avoir toujours eu l’intention de revenir en Acadie. « Je savais en partant que je reviendrais, parce qu’on avait ce projet qu’était le théâtre l’Escaouette, qui faisait en sorte que tout était permis, on avait tout à construire », insiste-t-elle.

Dates importantes

  • Baccalauréat en interprétation avec une majeure en théâtre : 1974-1978
  • Cofondation du théâtre l’Escaouette : 1978
  • Études à New York : 1982-1987
  • Première mise en scène : 1989
  • Première charge de cours : 1989
  • Devient professeure : 2007

À l’époque de la fondation de l’Escaouette, le théâtre acadien en était en effet à ses premiers balbutiements. De l’aveu de Mme Babineau, attirer un public fidèle relevait donc du défi : « On a dû imposer une dramaturgie acadienne. C’était quelque chose de méconnu, les gens ne se déplaçaient pas facilement pour venir voir des œuvres d’auteurs moins connus. » Le portrait a depuis changé, puisqu’au fil des ans, l’Escaouette a produit plus de 60 pièces de théâtre dans lesquelles Marcia Babineau a mis son grain de sel à chaque fois, que ce soit à titre de comédienne, metteuse en scène ou directrice artistique.

Celle-ci rappelle d’ailleurs que le théâtre l’Escaouette a été parmi les premières institutions à embaucher des comédiens à temps plein. « Je pense que ça a beaucoup aidé à développer le milieu et le paysage théâtral », avance-t-elle. La compagnie a profité du développement du baccalauréat spécialisé en art dramatique de l’Université de Moncton pour retenir des nouveaux talents de la région.

Pour Marcia Babineau, son plus grand accomplissement sera d’avoir réussi, avec ses collègues, à faire connaître son Acadie natale. « Le fait qu’on a réussi à imposer une vision, une dramaturgie acadienne, sur la scène nationale et à quelques reprises internationale, des auteurs avec une prise de parole importante pour l’Acadie [me rend très fière]. On a eu l’occasion d’en parler à l’extérieur. [Nous avons pu nous doter] d’une infrastructure qui a permis que ces paroles puissent prendre leur
envol. »

« La mission de Marcia n’est pas terminée. Elle est absolument, totalement, engagée envers le théâtre francophone au Nouveau-Brunswick. La mission du théâtre l’Escaouette, c’est vraiment la création de pièces acadiennes. »

Cette ardeur à faire grandir le théâtre acadien n’est pas passée inaperçue. En fait, on a reconnu son travail bien au-delà des frontières de l’Acadie. En 2019, Mme Babineau a, entre autres, été invitée à devenir membre de l’Académie des arts, des lettres et de la sciences humaines de la Société Royale du Canada. Si la Société compte plus de 2 000 membres, bien peu sont francophones et encore moins Acadiens, ce qui rend l’accomplissement de la comédienne et metteuse en scène encore plus notable.

Un nouveau défi

C’est en 1989, en tant que chargée de cours, que Mme Babineau amorce son retour au Département d’art dramatique de l’Université de Moncton, après y avoir obtenu son diplôme en 1978. Une vingtaine d’années plus tard, elle devient professeure, puis, directrice de programme. Elle reconnaît apprécier le fait que cet emploi lui permette de travailler sur divers répertoires théâtraux, qu’ils soient français, québécois, absurdes ou classiques, ce qui crée un contraste avec le matériel original de l’Escaouette.

Elle trouve d’ailleurs particulièrement stimulant de côtoyer la relève acadienne. « Je trouvais que c’était important, je voyais ça comme un laboratoire de travailler avec les jeunes dans le cadre de la formation. » Ce désir de Mme Babineau de contribuer au développement des artistes acadiens et son engagement à leur égard font partie des qualités que la directrice des opérations et codirectrice générale du théâtre l’Escaouette, Élise Desveaux Graves, a tenu à mettre en valeur.

Celle qui œuvre avec Mme Babineau depuis 2004 salue également la passion de sa collègue, avec qui elle affirme avoir une bonne synergie. « J’ai beaucoup de respect pour sa vision artistique et ses compétences à ce niveau-là. Surtout pour le travail [accompli] pour développer la dramaturgie acadienne », explique-t-elle.

Se consacrer à nouveau au théâtre

Depuis le début du mois de juin, Marcia Babineau n’est plus professeure. Si son départ de l’Université de Moncton, après avoir enseigné à près d’une centaine d’étudiants, s’explique en partie par sa volonté de se consacrer entièrement à la direction artistique du théâtre l’Escaouette, elle souhaitait également laisser davantage de place à la relève en enseignement. « J’ai commencé à sentir depuis la dernière année que c’était peut-être le moment idéal pour quitter l’enseignement afin de permettre [aux jeunes issus du théâtre acadien] de s’inscrire dans la formation. »

Ayant noté que l’écart entre les générations se creusait au fil du temps, Mme Babineau voit son départ comme une partie de la solution. « Je pense que c’est bien qu’il n’y ait pas de fossé trop énorme entre les gens qui arrivent et les gens qui enseignent. »

« Le fait qu’on a réussi à imposer une vision, une dramaturgie acadienne, sur la scène nationale et à quelques reprises internationale, des auteurs avec une prise de parole importante pour l’Acadie [me rend très fière]. »

Chargée de cours à l’Université de Moncton depuis 2001 et bénévole au théâtre l’Escaouette, Diane Ricard affirme de son côté avoir toujours apprécié travailler auprès de Marcia Babineau. Elle estime que la professeure a contribué à ouvrir l’esprit de ses étudiants.

Celle qui a également beaucoup de respect pour l’engagement de sa collègue envers le théâtre acadien soutient que la passionnée ne sera pas oubliée de sitôt. « Ce n’est pas parce qu’elle prend sa retraite comme professeure au Département d’arts dramatique que tout est terminé, son engagement est encore là. » Elle s’attend notamment à la voir prendre une plus grande place dans les coulisses du théâtre acadien. « La mission de Marcia n’est pas terminée. Elle est absolument, totalement, engagée envers le théâtre francophone au Nouveau-Brunswick. La mission du théâtre l’Escaouette, c’est vraiment la création de pièces acadiennes. »

Quant à Mme Desveaux Graves, elle se réjouit d’avoir à nouveau la chance de collaborer à temps plein avec sa collègue. « Avec tout ce que le secteur des arts est en train de vivre avec la COVID, on va avoir besoin de faire preuve d’innovation. Tout le monde va être content de la revoir. »

Rédigé par
Émile Bérubé-Lupien
Émile Bérubé-Lupien est stagiaire francophone pour Affaires universitaires.
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