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Merci, Monsieur le professeur

par SPARROW MCGOWAN | 31 JUILLET 15

nous sommes nombreux à avoir en mémoire un professeur dont les méthodes dynamiques, les mots d’encouragement ou simplement la philo-sophie de vie ont changé notre façon de penser ou nous ont fait bifurquer du chemin que nous avions imaginé prendre. Nous avons donc demandé à quelques éminents Canadiens de nous parler de ce professeur qui a marqué leur vie.

Aujourd’hui professeur d’océanographie à l’Université Laval et directeur scientifique d’ArcticNet, Louis Fortier a fait la connaissance de Bill [William C.] Leggett vers 1975. À l’époque, les sciences de l’environnement n’en étaient qu’à leurs premiers balbutiements au Québec.

« J’étais alors étudiant au baccalauréat, et je travaillais pendant l’été sur les épaves flottantes qu’utilisait le GIROQ (aujourd’hui Québec-Océan) pour effectuer de la recherche océanographique dans l’estuaire du Saint-Laurent, écrit M. Fortier.

« Bill était un dynamique jeune professeur de biologie à l’Université McGill. Il avait un talent particulier pour planifier, faire tomber les barrières, simplifier les situations, en faire beaucoup avec peu, bâtir des relations durables fondées sur l’amitié, prendre des décisions difficiles et faire bou-ger les choses. Sans compter qu’il savait réparer le carburateur du vieux camion qui nous servait pour le travail sur le terrain. Son grand sens de l’organisation l’a vite fait gravir les échelons (jusqu’à devenir principal de l’Université Queen’s en 1994), mais ses responsabilités administratives croissantes n’ont en rien atténué sa passion pour la découverte, la publication et la formation des étudiants.

« Bien que les connaissances scientifiques s’acquièrent principalement par l’étude, l’expérimentation et l’analyse de données, explique M. Fortier, qui est devenu l’étudiant au doctorat de M. Legget en 1979, il y a des choses que seul un mentor comme Bill peut nous apprendre : l’esprit d’entrepreneuriat, le leadership pragmatique et la volonté d’utiliser stratégiquement le système pour accroître la capacité de recherche sur le terrain. Par exemple, Bill enseignait à ses étudiants qu’il n’y a pas de limites, et que la collaboration à grande échelle en science est possible, et peut même être amusante et gratifiante. »

Carole Beaulieu, rédactrice en chef de L’actualité, se souvient affectueuse–ment de Carman Cumming, qui enseignait la presse écrite à l’Université Carleton lorsqu’elle est entrée au baccalauréat en journalisme en 1979.

« Il m’a inspirée et a façonné de plus d’une façon la journaliste que je suis devenue. Une faute d’orthographe dans un nom ou une erreur de chiffre était un crime capital aux yeux de M. Cumming, et à mes yeux également. Nous devions sortir l’histoire, et le faire vite et bien! J’adorais ses cours, même si je les échouais au début.

« À mon arrivée à Carleton, j’étais une Montréalaise francophone déter-minée à devenir journaliste, mais qui n’avait jamais étudié en anglais. En français, je collectionnais les A, j’aimais écrire et j’avais une belle plume. En anglais, mes premiers travaux m’ont valu des E. J’étais au désespoir! M. Cumming était gentil. Il m’a dit que j’avais l’œil pour le détail et l’oreille pour les citations, mais que je n’entendais pas la musique de la langue anglaise. Il m’a conseillé d’étudier le Globe and Mail chaque soir. Mes notes ont alors commencé à s’améliorer.

« M. Cumming avait un bon sens de l’humour et beaucoup de classe, et il exigeait le meilleur de ses étudiants. Encore aujourd’hui, quand je révise des textes et encadre de jeunes rédacteurs, je m’entends dire en français certains des conseils qu’il nous prodiguait. J’espère être aussi claire, inspirante et bienveillante que lui. »

Alex MacKenzie est professeur de pédiatrie à l’Université d’Ottawa et chercheur principal dans le domaine des maladies héréditaires au Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario. Il a fait la connaissance du regretté J. Gordin Kaplan dans le cadre de son cours de biologie moléculaire de troisième année à l’Université d’Ottawa en 1973.

« J’étais un étudiant indifférent qui se laissait porter par le programme de baccalauréat sans destination précise en tête. Arrivant en retard à son deuxième cours (j’avais raté le premier), j’ai trouvé le Dr Gordin en train de décrire les travaux alors récents de Jabob et Monod sur l’opéron lactose, travaux sur lesquels s’appuient beaucoup des principes fondamentaux de la régulation du gène.

« Homme élégant, le Dr Gordin donnait ses exposés magistraux à la manière d’un acteur shakespearien, mais se démarquait par son accent new-yorkais, son regard perçant et son magnifique synchronisme. Amoureux de la culture gallique, on le voyait souvent portant cravate et béret. Tel un acteur, il lui arrivait de prendre une pause et de fixer le sol au milieu d’une phrase, avant de donner le coup de grâce et de décrire un aspect précis de la théorie de l’opéron, nous faisant découvrir comment les gènes à la base de toutes les formes de vie sont régulés. Par son éloquence, il faisait ressortir avec brio l’élégance et la simplicité de la biologie moléculaire, qui était un domaine naissant à l’époque. Il m’a conquis.

« Toute ma carrière, j’ai plus ou moins suivi le sillon d’ADN si joliment tracé par le Dr Gordin ce matin de septembre, il y a plus de 40 ans. »

Rédigé par
Sparrow McGowan
Sparrow McGowan est journaliste à Charlottetown. 
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