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ARTICLES DE FOND

Moments marquants dans la carrière d’un professeur

Des lauréats de 2019 du Prix national 3M d’excellence en enseignement racontent certaines de leurs expériences.

par ANQI SHEN | 28 AOÛT 19

Cet article est un sommaire de l’article « Reflections from this year’s 3M National Teaching Fellows ».

Les lauréats de 2019 du Prix national 3M d’excellence en enseignement nous ont raconté une expérience qui a enrichi leur compréhension du métier et leur façon d’enseigner. Voici un échantillon de leurs récits.

Être témoin

Helga Thorson
Que feriez-vous si vous aperceviez quelqu’un faire le salut nazi devant un monument commémoratif de l’Holocauste à Berlin? Si vous entendiez un groupe s’esclaffer durant une visite du camp d’Auschwitz-Birkenau? Ou si votre guide touristique à Cracovie, en Pologne, faisait une blague antisémite? Voilà le genre de décisions que mes étudiants et moi avons dû prendre durant le stage pratique de l’Université de Victoria sur la commémoration de l’Holocauste. Ce cours comprend une semaine d’études intensives, suivie d’un voyage de trois semaines en Europe pour visiter divers monuments commémoratifs. Il est difficile pour un professeur de déterminer le moment et le lieu appropriés pour aborder ces « leçons » spontanées, surtout pendant un voyage d’études où une salle de cours n’est pas toujours à notre disposition.

Lors de notre premier jour de visite en 2014, plusieurs étudiants de l’Université ont vu un adolescent faire le pas de l’oie et le salut nazi devant ses camarades devant un monument commémoratif de l’holocauste. Ils ont décidé d’en aviser deux des enseignants qui accompagnaient le groupe de garçons. Les enseignants ont nié l’incident. Lorsque nous en avons discuté en classe le lendemain, les étudiants étaient déçus et déconcertés; non seulement par la réaction des enseignants à qui ils avaient parlé, mais aussi par la réaction de certains de leurs camarades, selon qui il n’aurait pas fallu s’en mêler. Même si les discussions de ce genre ne mènent pas souvent à une résolution, elles sensibilisent et provoquent une réflexion qui mûrit parfois encore pendant des années.

Dans ces situations, les stages pratiques présentent un net avantage sur les cours théoriques. Tels des « laboratoires de vie », ils nous aident à déterminer dans quelle mesure nous voulons être acteurs ou spectateurs, et dans quels contextes nous décidons d’intervenir ou de nous taire.

Mme Thorson est professeure agrégée au Département d’études slaves et germaniques de l’Université de Victoria.

Illustrations par Matt Saunders.

Enseigner ne se limite pas à faire des exposés

Sue Dawson
À mes débuts, j’ai adopté une attitude qu’on observe souvent chez les nouveaux professeurs : j’entrais solennellement dans l’amphithéâtre et je dispensais mes connaissances, apprenant aux étudiants tout ce qu’ils devaient savoir. Une matière abordée est une matière apprise, croyais-je à l’époque.

Tout se passait à merveille jusqu’aux examens de mi-semestre. « Faut-il étudier l’innervation du muscle coraco-brachial? », me demandaient mes étudiants. « Faut-il réviser la fonction du muscle long abducteur de l’hallux? » Ces questions me mettaient en colère. J’ai alors pris conscience que même si je leur présentais le contenu du cours, mes étudiants ne saisissaient pas pour autant la signification clinique de l’information. Ils mémorisaient une liste de structures au lieu de comprendre les interdépendances entre les différentes parties du corps.

Je devais changer de méthode, car lorsqu’on enseigne, un simple exposé de la matière ne suffit pas. L’enseignement est une démarche à responsabilités partagées entre le professeur et les étudiants. Je devais non seulement écouter mes étudiants, mais aussi dégager avec eux le sens de la matière enseignée.

Supposons que le corps est la carte d’une ville; avoir une connaissance significative de l’anatomie revient à savoir où les routes mènent, où sont les points de repère et comment se rendre aux endroits importants. Mémoriser toutes les routes de la ville est possible, mais cela ne sert pas à grandchose. Les questions des étudiants reflètent leur compréhension de la matière, et écouter ces questions m’aide à y répondre. Au lieu de faire un exposé, j’interroge mes étudiants et notre conversation les aide à développer leur propre compréhension.

Mme Dawson est professeure au Collège vétérinaire de l’Atlantique de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard.

Renforcer les liens

Sarah Todd
Certains des moments les plus marquants de ma carrière sont survenus lors d’un cours intensif d’introduction que je donne aux nouveaux étudiants aux cycles supérieurs. À la fin de la première semaine du semestre d’automne, je demande aux étudiants de faire ce que j’appelle un « exercice de mise en commun ». Chaque étudiant doit apporter un objet qui lui tient à coeur. Assis en cercle, nous racontons tour à tour une histoire sur notre objet, posé sur une couverture au centre de la pièce. À la fin de l’exercice, nous enveloppons les objets dans la couverture et discutons de l’importance de traiter ces histoires avec respect et délicatesse durant les études supérieures. Cet exercice vise à créer un milieu d’apprentissage fondé sur le soutien et la collaboration.

Chaque année, je suis ébahie par l’importance des histoires des étudiants, ainsi que par la richesse et la profondeur de ces gens que je ne connaîtrai jamais vraiment. Cela me rappelle que nous tous, étudiants et éducateurs, transportons un bagage sur lequel reposent nos rapports mutuels. Après cet exercice, l’apprentissage au sein du groupe ne se produit plus du tout de la même façon. Nos liens se resserrent et de nouvelles possibilités d’apprentissage émergent.

Mme Todd est professeure à l’École de service social de l’Université Carleton.

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