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Un gouverneur au pouce vert

Un chercheur agricole ayant étudié à la UBC met ses connaissances à profit dans son nouveau poste de gouverneur de la province de Kandahar

par JEFF DAVIS | 09 MAR 09

Pour la majorité des Canadiens, Kandahar est un endroit poussiéreux, ravagé par la guerre, où les gens vivotent sur des sols crayeux. Beaucoup, dont le Canadien d’origine afghane Tooryalai Wesa, nouveau gouverneur de la province, se rappellent néanmoins que Kandahar a déjà été réputée pour son agriculture et que ses récoltes nour-rissaient la majeure partie de l’Afgha-nistan. M. Wesa a grandi sur la ferme familiale, et son oncle fournissait semences et conseils aux fermiers des environs.

« Toor » Wesa a suivi les traces de son oncle : il a étudié et enseigné l’agri-culture à l’Université de Kaboul avant de s’enfuir, comme bien d’autres, pendant l’occupation soviétique. Il a ensuite obtenu un doctorat à l’Université de la Colombie-Britannique (UBC) après avoir rédigé sa thèse sur la reconstruction du système agricole de l’Afghanistan. L’homme de 58 ans profite de son nouveau poste influent pour tenter de redonner à ses compatriotes leur moyen de subsistance.

L’année dernière, le président afghan Hamid Karzai a offert à M. Wesa le poste de gouverneur de Kandahar. Citoyen canadien depuis 1998, le chercheur agricole était retourné en Afghanistan en 2004 pour contribuer à la reconstruction du pays.

Son ancien directeur de recherche à la UBC, Tom Sork, confie que c’est la grande volonté de M. Wesa d’aider son peuple qui l’a motivé à retourner dans son pays. « Le dévouement de Toor envers les Afghans m’a toujours impres-sionné », affirme M. Sork, professeur et vice-doyen à la faculté d’éducation de la UBC.

De retour à Ottawa en février pour rencontrer des fonctionnaires fédéraux et visiter sa famille, M. Wesa a expliqué d’un ton animé ce qu’il prévoit faire pour que la province de Kandahar retrouve la capacité de nourrir son peuple. Il a indiqué que le réaménagement, par le Canada, du barrage Dalha, qui devrait irriguer 10 000 hectares de terre arable, sera un pas important vers l’autosuf-fisance de l’Afghanistan.

La population des régions rurales de Kandahar ne manque pas de savoir-faire, elle manque d’eau, ajoute M. Wesa. L’Afghanistan profitait auparavant d’un programme de développement agricole bien organisé, fait sur mesure pour la collectivité agricole souvent illettrée, mais très compétente d’un point de vue pratique. « La population est experte en agriculture, dit-il. Si on améliore l’infra-structure, je suis certain que nous serons sur la bonne voie. »

Le gouverneur travaille à différentes initiatives agricoles, dont des projets d’enseignement destinés aux femmes.

M. Wesa a d’abord obtenu un baccalauréat en agriculture à l’Université de Kaboul, puis une maîtrise en agricul-ture à l’Université du Nebraska.

En 1991, l’Afghanistan était plongé dans une guerre civile et Tooryalai Wesa y est retourné pour enseigner l’agricul-ture à l’Université de Kaboul. Il a aidé des étudiants à passer leurs examens d’admission malgré l’instabilité de la province de Kandahar, puis il a dirigé une initiative visant à ouvrir une seconde université à Kandahar, la deuxième ville en importance en Afgha-nistan. Il a été nommé premier dirigeant du nouvel établissement. Comme Kandahar est « de nature très agricole », la première faculté a été le collège d’agriculture, explique M. Wesa. Des facultés de médecine et de génie se sont ajoutées depuis, et 1 100 étudiants fréquentent aujourd’hui l’établissement.

En 1997, le chercheur afghan s’est installé à Vancouver avec sa famille afin d’entreprendre un doctorat en sciences de l’éducation à la UBC. Il a tenté de comprendre comment le système agricole de l’Afghanistan pouvait être rétabli; il espérait pouvoir un jour contribuer à la reconstruction de son pays, alors sous le contrôle des talibans. Comme bien d’autres, il a observé les événements tragiques survenus le 11 septembre 2001 et a su que le temps serait bientôt venu.

M. Wesa est retourné à Kandahar il y a cinq ans et a commencé à travailler à divers projets de développement en collaboration avec des organisations comme l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture et le Conseil de Senlis, qui étudie la culture du pavot. Le président Hamid Karzai, un ancien camarade de classe, a rapidement entendu parler de ses activités. Modeste par rapport à ses récents succès, M. Wesa affirme que sa formation est tout à fait adéquate pour relever les défis auxquels son pays doit faire face.

Au Canada, les Canadiens d’origine afghane sont heureux de la nomination du nouveau gouverneur. Jahan Zahab, porte-parole du forum de la paix des Pachtounes à Toronto, fait remarquer que M. Wesa n’a rien à voir avec le Jihad, les chefs de guerre ou les stupéfiants : « Le gouverneur apportera un point de vue modéré. »

Jeff Davis est journaliste à l’Embassy, un hebdo d’informations situé à Ottawa qui porte sur les affaires étrangères.

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