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Un parcours scolaire au Qatar

Un jeune professeur se remémore la collectivité d’universitaires expatriés que son père a contribué à créer dans cet État arabe prospère.

par DAVID SMITH | 07 AOÛT 13

Lorsque mon père, Frank Smith, m’a dévoilé son nouveau plan de carrière un soir d’hiver à Sudbury en Ontario, il faisait moins 20 degrés à l’extérieur. Il avait décidé de quitter l’Université Laurentienne où il enseignait la chimie depuis de nombreuses années pour franchir 10 000 kilomètres et s’établir avec ma mère au Qatar, l’un des États les plus chauds, arides et riches du monde.

Mon père avait signé un contrat de trois ans avec le collège médical Weill Cornell du Qatar comme professeur de chimie au premier cycle. Ce qui se voulait au départ une brève expérience outre-mer s’est transformée en un séjour prolongé qui a changé la vie de mes parents tout en influençant très positivement la mienne.

En décembre 2002, je me suis rendu au Qatar pour la première fois. Lorsque j’ai atterri, mon père m’attendait dans la salle des arrivées. Il était bronzé et portait une chemise hawaïenne. « Bienvenue à Doha! », a-t-il lancé. Pendant que nous roulions vers le complexe résidentiel où vivaient mes parents, j’admirais les édifices pendant que mon père me racontait des anecdotes à propos du campus Weill Cornell, premier collège américain à offrir un diplôme en médecine à l’extérieur des États-Unis. Il enseignait à des étudiants originaires du Moyen-Orient et de partout dans le monde qui formaient la première cohorte de ce programme.

À cette époque, j’étais étudiant au premier cycle à l’Université Acadia, située dans la campagne néo-écossaise, et je ne pouvais m’imaginer à quoi ressemblait la vie des étudiants au Qatar. Les classes étaient-elles mixtes? Comment les femmes s’habillaient-elles? Mon père m’a expliqué que certaines écoles de Doha imposaient la ségrégation sexuelle et possédaient des codes vestimentaires stricts, mais au sein des universités étrangères, du point de vue de la dynamique de groupe et de l’enseignement, les pratiques étaient similaires à celles de l’Amérique du Nord.

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Photos de Qatar                                Photo 1 de 10



Le complexe Al Jazi Gardens où mes parents demeuraient et dont l’accès était surveillé par des policiers en uniforme armés de mitraillettes, regorgeait de plantes exotiques, de piscines extérieures et de courts de tennis et de squash.

Cet après-midi-là, mon père m’a emmené à la cité éducative, puis nous sommes arrivés à l’Académie Qatar, que l’Université Cornell louait en attendant que son campus soit construit juste à côté. Il m’a présenté ses collègues. L’un d’eux était Mike Smith, ancien directeur du département de Sciences biologiques de l’Université Simon Fraser; comme la retraite lui pesait, il s’était établi au Qatar. Mike est devenu mon ami et mentor, il a corrigé ma thèse de spécialisation et m’a aidé à choisir mon directeur de thèse au doctorat, puis mon conseiller postdoctoral. Avec le temps, le campus est devenu très populaire auprès des Canadiens. La plupart des assistants à l’enseignement étaient des diplômés de premier cycle de l’Université Cornell et espéraient que leur expérience au Qatar les aiderait à intégrer les meilleures écoles de médecine des États-Unis.

Il était évident que mon père et ses collègues se fréquentaient à l’extérieur du travail. Ce sentiment d’appartenance et de solidarité au sein de l’Université et des communautés d’expatriés, j’en ai été témoin lors de chacun de mes voyages à Doha. Au cours des huit années suivantes, j’ai célébré toutes les fêtes de fin d’année à Doha, ce qui m’a permis de voir le Qatar passer d’un statut de pays quasi inconnu à celui d’un acteur important de la scène internationale. J’ai fêté avec des milliers d’autres sur la corniche, quand le Qatar a été nommé hôte de la Coupe du monde de 2022.

Je m’y suis également fait des amis dont certains m’ont encouragé à poursuivre une carrière scientifique. Tonie Blackler m’a raconté d’inspirantes anecdotes sur son amie et lauréate d’un prix Nobel, Barbara McClintock. Joel Malek m’a montré les tenants et aboutissants de la génomique alors qu’il assemblait le génome du dattier dans un laboratoire près du bureau de mon père.

Mes amis canadiens me demandent souvent si ma mère trouvait difficile d’être une femme au Qatar. Cela l’a été, en effet, mais pas comme on peut l’imaginer. Le plus difficile pour elle a été d’abandonner la petite boutique d’antiquités qu’elle possédait au Canada. À Doha, quand on ne travaille pas, les journées sont longues, surtout lorsque le thermomètre affiche plus de 40 degrés Celsius.

Peu de temps après, mon père est allé à New York pour y subir une arthroplastie de la hanche. En passant devant un café, il a entendu « Bonjour M. Smith! » Un jeune homme en blouse blanche s’y trouvait : l’un de ses premiers étudiants du Qatar était maintenant résident dans un hôpital de New York. L’arthroplastie a été un succès et mon père, désormais à la retraite, fait d’agréables promenades le long des plages de Mahone Bay, en Nouvelle-Écosse, où ma mère tient une petite boutique d’antiquités.Au cours de mon dernier séjour au Qatar, j’ai été étonné de constater à quel point l’environnement universitaire s’était transformé. « On a beaucoup construit! », s’est exclamé fièrement mon père après que nous sommes passés devant les campus des universités Texas A&M, Carnegie Mellon, Georgetown et Northwestern.

David Smith est professeur adjoint au département de biologie de l’Université Western.

Rédigé par
David Smith
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