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Une attitude industrieuse

L’Université de l’Alberta possède le plus grand nombre de chaires de recherche industrielle du CRSNG au pays et est en quête de nouvelles.

par CAITLIN CRAWSHAW | 13 MAR 13

En octobre dernier, l’Université de l’Alberta a donné un dîner au Château Laurier, à Ottawa, pour souligner l’utilité du Programme de professeurs-chercheurs industriels du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG). Parmi les quelque 60 convives figuraient les professeurs-chercheurs industriels de l’Université de l’Alberta, des représentants de l’industrie, de hauts fonctionnaires, ainsi que quelques députés et ministres albertains. La rectrice de l’Université de l’Alberta, Indira Samarasekera, a précisé que son établissement entendait par ce dîner remercier publiquement le gouvernement fédéral et le CRSNG d’assurer comme ils le font le financement continu du Programme.

L’Université de l’Alberta a raison de témoigner sa reconnaissance : elle compte 22 des chaires de recherche industrielle du CRSNG, dont 18 de sa seule faculté de génie. C’est deux fois plus que toute autre université canadienne. Chaque professeur-chercheur industriel titulaire d’une telle chaire bénéficie en moyenne d’une subvention de 300 000 à 400 000 dollars par année pendant cinq ans, renouvelable, financée à égalité par l’industrie et par le CRSNG.

Mis sur pied en 1983, le Programme de professeurs-chercheurs industriels assure actuellement le financement de 175 chaires de recherche au sein des universités canadiennes. Comme l’explique Janet Walden, vice-présidente du Programme de partenariats de recherche au CRSNG, le Programme vise à tisser des partenariats durables avec l’industrie, tout en aidant les universités à atteindre la masse critique nécessaire dans les domaines de recherches de leur choix. Grâce au Programme de professeurs-chercheurs industriels, l’Université de l’Alberta a donc établi une base solide de recherche en génie, axée sur l’énergie et les ressources naturelles.

L’Université de l’Alberta a obtenu sa première chaire de recherche industrielle au début des années 1990, deux ans avant que David Lynch n’accède au poste de doyen de la faculté de génie. Après l’obtention par l’établissement d’autres chaires de manière sporadique, M. Lynch et ses collègues ont décidé d’adopter une démarche stratégique. Compte tenu de l’importance de l’énergie et des ressources naturelles pour l’économie canadienne, il estimait que ce secteur était appelé à engendrer de nombreuses possibilités de recherche. La faculté de génie de l’Université de l’Alberta a par conséquent incité activement ses professeurs à tisser des liens avec l’industrie, à formuler des idées de recherche et à poser leurs candidatures pour une chaire dans le cadre du Programme. La faculté prépare en ce moment 10 demandes de chaires de recherche industrielle, espérant porter le nombre qu’elle détient à 30 d’ici deux ans.

Simaan AbouRizk, qui est titulaire de la chaire de recherche industrielle en génie et en gestion de la construction du CRSNG depuis 1997 (quatrième mandat), affirme que cette chaire a été grandement profitable à ses étudiants aux cycles supérieurs. « Notre mission principale est de former du personnel hautement qualifié », précise-t-il. Cette chaire a en effet permis aux étudiants de M. AbouRizk de véritablement cerner les besoins de l’industrie, de mener des activités de recherche appliquée et de tisser des liens avec des employeurs potentiels – beaucoup d’entre eux ont par ailleurs été embauchés par des partenaires industriels dès l’obtention de leur diplôme.

Les entreprises bénéficient aussi du soutien financier de la chaire de M. AbouRizk. À titre d’exemple, il y a quelques années, les Services de drainage de la Ville d’Edmonton, qui comptent parmi les 16 partenaires du professeur-chercheur industriel, entreprenaient un projet d’assèchement d’un tunnel dont le coût était estimé au départ à 22 millions de dollars. Grâce au logiciel de simulation de construction auquel ils ont eu accès, le coût a pu être réduit de 1,3 million de dollars.

Certains universitaires estiment néanmoins que les partenariats entre l’industrie et leurs établissements menacent la liberté universitaire. Cela est totalement faux, d’après Mme Samarasekera, qui affirme que les professeurs conservent en tout temps la « direction intellectuelle » des projets.

M. AbouRizk dresse un portrait légèrement plus nuancé de la situation. Tous les trimestres, lui et son équipe de chercheurs consacrent trois jours à leurs partenaires de l’industrie. « En règle générale, nous comptons sur eux pour fixer avec nous l’orientation des recherches », dit-il. M. AbouRizk ne voit là rien de négatif, considérant que, après tout, le génie est l’application du savoir aux problèmes concrets.

Professeur d’ingénierie, Murray Gray a été titulaire d’une chaire de recherche industrielle sur la valorisation du bitume pendant deux mandats, dont le second a pris fin en octobre 2012. Lui aussi a souvent rencontré ses bailleurs de fonds. Il confirme que leurs priorités ont fréquemment influé sur l’orientation de ses travaux, mais précise n’avoir jamais eu l’impression que cela avait limité la portée de sa recherche – en partie parce qu’il conservait la possibilité de mener d’autres travaux de son côté.

M. Gray admet volontiers que la vie de chercheur est bien plus facile pour qui affiche une attitude pro-industrie. « Dans la mesure où un chercheur est prêt à travailler avec des entreprises, elles viennent à lui, elles lui demandent si elles peuvent travailler avec lui », explique-t-il. La situation est fort différente pour les chercheurs qui n’ont pas cette attitude : ils doivent sans cesse chercher du financement pour leurs projets, perdant ainsi un temps précieux qu’ils préféreraient consacrer à la recherche ou à la publication. « C’est l’un des problèmes au Canada à l’heure actuelle, estime M. Gray. Les chercheurs qui refusent de travailler avec l’industrie ou de mener des travaux axés sur les grands enjeux de notre société ont du mal à obtenir du financement. »

Rédigé par
Caitlin Crawshaw
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