Passer au contenu principal

Une nouvelle présence militaire sur les campus canadiens?

Les défenseurs du projet estiment qu’il contribuera à former la prochaine génération de leaders.

par TIM JOHNSON | 06 AVRIL 10

Un documentaire réalisé récemment par le cinéaste Robert Roy, No Country for Young Men, raconte l’histoire du Corps-école d’officiers (CÉO) canadien. Un programme de réservistes administré par le militaire sur les principaux campus universitaires, le CÉO était au sommet de sa popularité pendant les années 1940 et 1950. Diverses personnalités, dont l’auteur Peter C. Newman et l’ancien député néo-démocrate Ed Broadbent, racontent dans ce documentaire leur expérience au sein du Corps-école et les leçons qu’ils en ont tirées.

M. Roy est à la tête d’une initiative visant à relancer le CÉO, qui a officiellement disparu lors de l’unification des Forces armées canadiennes en 1968. À l’instar de son prédécesseur, le nouveau programme serait entièrement volontaire, et les étudiants pourraient devenir élèves-officiers sans devoir s’engager à servir dans les Forces armées après l’obtention de leur diplôme. Son objectif premier serait de renforcer le sens du leadership des étudiants, une tâche qui sied particulièrement bien à la formation militaire, de l’avis de M. Roy.

Le programme en est encore à la phase de planification, et il reste un certain nombre d’obstacles à franchir. M. Roy, qui n’a aucune expérience militaire, dit pouvoir compter sur l’appui de certains membres influents des milieux universitaire et des affaires.

Les Forces armées n’ont pas encore adhéré au projet, mais certains signes sont prometteurs. Le lieutenant-général Andrew Leslie, chef d’état-major de l’armée de terre, a donné publiquement son appui au projet en octobre dernier. « Je crois que c’est une merveilleuse idée », a-t-il affirmé lors d’une rencontre organisée pour visionner No Country for Young Men et discuter de la possibilité de créer un nouveau CÉO. Il a conseillé de commencer par un petit projet pilote dans une université civile.

L’Université de l’Alberta s’est portée volontaire pour accueillir le projet pilote. Selon Carl Amrhein, vice-recteur à l’enseignement, l’établissement est un choix qui s’impose naturellement, puisqu’il est situé à proximité du Princess Patricia’s Canadian Light Infantry et du régiment blindé Lord Strathcona’s Horse. L’Université de l’Alberta a participé activement au premier CÉO, ajoute M. Amrhein, et les doyens actuels appuient l’initiative : « Nous ne sommes pas seulement intéressés, nous sommes très enthousiastes ».

Bien que certains étudiants voient d’un mauvais œil l’accroissement de la présence militaire sur le campus, Zach Fentiman, président de l’association étudiante de l’Université de l’Alberta, dit que son groupe n’est ni favorable ni opposé au projet. Katherine Giroux-Bougard, présidente de la Fédération canadienne des étudiantes et des étudiants, est plus prudente. Selon elle, la présence sur les campus d’organisations disposant d’importants moyens financiers, qu’il s’agisse du militaire ou de grandes entreprises, pourrait limiter l’autonomie des établissements ainsi que la liberté et l’indépendance de ces lieux d’apprentissage.

En fait, le militaire est déjà présent sur la plupart des campus canadiens. Bien que la plupart des gens croient que la formation militaire se déroule uniquement dans les collèges militaires (de Kingston, en Ontario, et de Saint-Jean-sur-Richelieu, au Québec), plus de 900 officiers et soldats de la force régulière étudient à temps plein dans les universités canadiennes, leurs frais de scolarité étant payés par les Forces canadiennes.

Tim Goddard, doyen de la faculté d’éducation de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard, confirme qu’un certain nombre de militaires, hommes et femmes, étudient dans son établissement, et que c’est tout à fait normal. « Lorsqu’ils sont sur le campus, ils sont habillés en civil et rien ne les distingue des autres étudiants. » M. Goddard ne serait pas opposé à la présence du CÉO dans son établissement.

Par ailleurs, au moins deux universités canadiennes, soit l’Université du Manitoba et la TÉLUQ, offrent depuis longtemps des cours à distance au personnel militaire. Ancien militaire, Pierre Lafleur est coordonnateur, à la TÉLUQ, du Service d’encadrement pour les militaires. Le Service offre des conseils et du soutien aux étudiants membres des Forces armées et connaît une grande popularité. En effet, 500 des 18 000 étudiants de la TÉLUQ sont des militaires qui étudient à temps plein ou à temps partiel.

Rédigé par
Tim Johnson
Missing author information
COMMENTAIRES
Laisser un commentaire
Affaires universitaires modère tous les commentaires reçus en fonction des lignes directrices. Les commentaires approuvés sont généralement affichés un jour ouvrable après leur réception. Certains commentaires particulièrement intéressants pourraient aussi être publiés dans la version papier du magazine ou ailleurs.

Your email address will not be published.