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Cap sur les compétences

Le bilan du trimestre comme levier d’amélioration de l’enseignement

Un bref exercice réalisé maintenant peut grandement faciliter la planification des cours à venir.

par LOLEEN BERDAHL | 18 MAI 22

Félicitations, confrères et consœurs universitaires : vous êtes parvenus à la fin d’un autre trimestre! Les cours sont terminés, les notes sont attribuées (espérons-le), et vous pouvez passer à d’autres aspects de votre travail, par exemple à des travaux de recherche ou à des projets de rédaction qui méritent votre attention.

Pas si vite! Je vous encourage d’abord à envisager une courte période – disons de 15 à 30 minutes pour chaque cours que vous avez donné – afin de faire le point sur le trimestre et de prendre des notes pour vos prochains groupes d’étudiants. Vous n’avez sans doute pas envie de vous prêter à pareil exercice en ce moment, mais un bilan peut vous permettre d’améliorer l’efficacité de votre enseignement et de faciliter votre planification future.

Qu’est-ce qu’un bilan de trimestre?

Processus d’autoévaluation de mon cru, le bilan de trimestre est inspiré de l’enseignement réflexif et de l’analyse après action.

Vous connaissez probablement l’utilité de la pratique réflexive en enseignement, que le Centre pour l’innovation pédagogique de l’Université Brock définit comme « un processus d’intégration, d’analyse et de renforcement des capacités fondé sur des données probantes par lequel on cherche à générer, à approfondir, à critiquer et à documenter l’apprentissage ». Non seulement cette pratique m’est utile dans mon travail d’enseignante, mais j’ai constaté que la réflexion structurée est un outil utile pour l’avancement professionnel et l’apprentissage. Si le sujet vous intéresse, je vous invite à lire mon billet « How to end the semester on a high note [or at least a neutral one] », paru en avril 2021 dans le blogue Academia Made Easier.

Il se peut cependant que l’analyse après action vous soit moins familière. Selon le Harvard Business Review, le terme nous provient des forces armées américaines, qui désiraient raffiner leurs techniques; l’idée a ensuite été reprise à des fins de formation en entreprise. L’analyse après action a pour but de tirer des leçons de ce qui a bien fonctionné et de ce qui n’a pas produit l’effet escompté. BetterEvaluations recommande aux équipes qui terminent un projet de réunir tous leurs membres pour effectuer une analyse après action aussi tôt que possible. Les souvenirs du projet étant encore frais, l’équipe sera à même de formuler des recommandations claires pour les travaux à venir.

Le bilan de trimestre dont je parle allie l’aspect enrichissant de la réflexion à l’immédiateté et l’efficacité de l’analyse après action.

Comment faire un bilan de trimestre?

Pour votre bilan de trimestre, vous aurez besoin de votre plan de cours et d’un support quelconque pour prendre des notes (enregistreur vocal, papier et crayon, document électronique). Une fois ces éléments en main, répondez rapidement aux questions suivantes dans l’ordre. À noter que les questions sont organisées selon le cycle réflexif de Graham Gibbs, tel que décrit par l’Université d’Édimbourg. Résistez cependant à la tendance au perfectionnisme que nous avons souvent comme universitaires. Je vous suggère de régler une minuterie et de noter les premières réponses qui vous viennent au fil des sections.

1. Examen du plan de cours – Durée proposée : de deux à quatre minutes

2. Émotions – Durée proposée : de deux à quatre minutes

  • Quelles émotions avez-vous ressenties par rapport au cours pendant le trimestre? Selon vos souvenirs, quand vous êtes-vous senti submergé? Quand avez-vous vécu de la satisfaction, de la fébrilité, du découragement, de la frustration, de l’intérêt, de l’ennui?
  • Une fois cette réflexion faite, quelles sont vos émotions dominantes relativement au cours dans son ensemble?

3. Évaluation – Durée proposée : de quatre à huit minutes

  • Quels ont été les points positifs du cours de votre point de vue? Du point de vue de vos étudiants?
  • Quelles ont été les plus grandes difficultés du cours selon vous? Selon vos étudiants?
  • Dans quelle mesure le calendrier de cours vous convenait-il? Dans quelle mesure convenait-il à vos étudiants?
  • La charge de travail était-elle adaptée aux réalités de vos étudiants? Aux vôtres?

4. Analyse – Durée proposée : de quatre à huit minutes

  • Comment pourriez-vous améliorer les objectifs d’apprentissage du cours?
  • Comment pourriez-vous ajuster le matériel didactique du cours pour qu’il s’arrime mieux aux objectifs d’apprentissage ou pour résoudre les problèmes liés à la charge de travail?
  • Comment pourriez-vous modifier les travaux du cours pour faciliter l’atteinte des objectifs d’apprentissage ou pour résoudre les problèmes relatifs à la charge de travail?
  • Comment pourriez-vous revoir le calendrier du cours pour éliminer les difficultés que vos étudiants ou vous-même avez rencontrées?

5. Conclusions et plan d’action – Durée proposée : de trois à six minutes

  • Quel élément du cours vous inspire-t-il de la fierté?
  • La prochaine fois que vous donnerez le cours, quels éléments garderez-vous?
  • Quels éléments changerez-vous?

Ce n’est pas plus compliqué. Révisez vos réponses (et votre calligraphie) de manière à pouvoir les comprendre dans quelques mois, sans toutefois ressentir le besoin d’apporter des correctifs dans l’immédiat. L’idée n’est pas de procéder à une refonte du cours, mais plutôt de mettre vos impressions par écrit avant de les oublier.

Ce bref exercice peut vous faire gagner beaucoup de temps plus tard. Au fil des mois, vos souvenirs des points forts et des points faibles s’estomperont. Le bilan de trimestre vous éclairera et vous aidera à préparer la prochaine version du cours sans toucher aux parties qui fonctionnaient bien.

À PROPOS LOLEEN BERDAHL
Loleen Berdahl
Loleen Berdahl est une universitaire primée. Elle est aussi directrice générale de l’École supérieure de politique publique Johnson Shoyama (Université de la Saskatchewan et Université de Regina), ainsi que professeure et ancienne responsable du programme de sciences politiques de l’Université de la Saskatchewan. Depuis 2016, Mme Berdahl participe à des conférences et visite des campus universitaires d’un bout à l’autre du Canada pour parler de la formation et du perfectionnement professionnels des étudiants. Ses travaux de recherche dans ce domaine sont financés par le programme de subventions Savoir du Conseil de recherches en sciences humaines. Parmi ses plus récentes publications, mentionnons les ouvrages Work Your Career: Get What You Want from Your Social Sciences or Humanities PhD (University of Toronto Press; en collaboration avec Jonathan Malloy) et Explorations: Conducting Empirical Research in Canadian Political Science (Oxford University Press; 4e édition rédigée en collaboration avec Jason Roy).
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