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Conseils carrière

Comment se préparer à un séminaire d’embauche

Simplicité et concision sont de rigueur.

par DAVID SMITH | 07 NOV 12

J’ai passé les cinq dernières soirées à parler tout seul dans ma cuisine. La table est couverte de fiches aide-mémoire. J’ai une ampoule au pouce à force de manipuler mon pointeur laser. Vous l’avez deviné, je prépare mon entretien d’embauche. Je partirai bientôt en tournée pour essayer de convaincre les comités de sélection de mes compétences universitaires.

« Simplifie ton propos, sois énergique, n’oublie pas la vue d’ensemble, souris et ne dépasse surtout pas le temps alloué. » Voilà quelques-uns des conseils que m’ont donnés mes collègues au sujet du séminaire d’embauche. Comme me l’a expliqué un distingué professeur, « une bonne prestation ne t’assurera pas nécessairement le poste, mais une mauvaise t’empêchera presque à coup sûr d’y accéder ».

Qu’on le veuille ou non, le séminaire est au cœur même d’une entrevue d’embauche. Beaucoup des membres du département où vous vous présentez n’auront pas lu votre CV ni vos publications; le séminaire est donc leur seule occasion d’évaluer vos compétences en recherche et en enseignement ainsi que votre personnalité.

Afin de me préparer, j’ai assisté à divers séminaires d’embauche dans mon département. J’ai beaucoup de compassion lorsque je suis témoin d’une mauvaise prestation : il est difficile de condenser des années de recherche en quelques messages percutants, tout en démontrant l’ampleur de ses accomplissements. J’ai vu des candidats dont les recherches sont passionnantes et intrinsèquement intéressantes endormir leur auditoire par un exposé trop compliqué, trop dense et trop long. Un de mes anciens professeurs disait toujours de « viser la simplicité ». Il avait préparé son séminaire d’embauche (il y a près de 40 ans) en s’exerçant devant des étudiants au premier cycle et en retouchant son exposé jusqu’à ce que son auditoire puisse saisir le message principal et l’importance de ses travaux.

Dans l’un des séminaires auxquels j’ai assisté, la candidate a adopté une tactique peu conventionnelle. Elle a commencé en projetant une courte vidéo qui résumait le problème qu’elle essayait de résoudre, puis a présenté une quinzaine de diapositives montrant des images marquantes et des graphiques simples, sans texte ou presque. À plusieurs reprises, elle a posé des questions très larges à l’auditoire, du genre « Qu’avons-nous avons fait ensuite, selon vous? » ou « Pouvez-vous deviner pourquoi nous avons adopté cette démarche? » Bien que son style ne convienne pas à tout le monde, sa prestation était mémorable – et elle a obtenu le poste.

Au cours d’un déjeuner des étudiants et des postdoctorants, j’ai demandé à cette candidate comment elle avait acquis un tel talent pour les séminaires. Voici sa réponse : « Au deuxième cycle, puis au postdoctorat, j’ai donné beaucoup de conférences départementales et je me suis efforcée de donner des séminaires dans d’autres universités pour m’obliger à repousser mes limites. Mes premiers séminaires étaient épouvantables, mais j’ai toujours été ouverte aux critiques constructives. Avec le temps, j’ai adopté le style le plus efficace qui soit : raconter une histoire. » Selon elle, on peut dire qu’un séminaire est réussi lorsque l’auditoire se souvient des principaux thèmes et conclusions un mois après y avoir assisté.

Mes collègues de laboratoire connaissent mon séminaire d’embauche par cœur : je m’exerce devant eux depuis deux semaines. Leur patience, leur franchise et leur connaissance approfondie de mon sujet de recherche font d’eux d’excellents répétiteurs et critiques. J’ai de la chance, car ils n’hésitent pas à m’indiquer les éléments à réviser ou les parties à retrancher.

Chaque détail du séminaire d’embauche, de la couleur des diapositives au rythme et au ton de voix à employer, doit être rodé et peaufiné. Une coquille dans un titre ou un bâillement en milieu de phrase peuvent faire mauvaise impression et marquer certains membres de l’auditoire. « Ne t’attends pas à te présenter à l’entretien frais et dispo, la tête reposée, m’a prévenu un ami. Présume que tu seras fatigué et nerveux et prépare-toi en conséquence. » J’ai donc répété et revu mon séminaire d’embauche encore et encore. En fait, j’y ai consacré beaucoup plus de temps qu’à la préparation de mes conférences départementales ordinaires.

Compte tenu de la rude concurrence pour l’obtention de postes universitaires et de l’importance du séminaire d’embauche, la préparation est exigeante et angoissante. Quelques-uns de mes collègues postdoctorants ont eu plus d’une dizaine d’entretiens distincts, jusqu’en Chine et au Moyen-Orient, ce qui les a forcés à mettre certains de leurs projets de recherche en veilleuse. D’autres ont trouvé le processus si stressant qu’ils remettent en question leur choix de carrière.

Alors que je fais mes valises en vue de ma tournée d’entretiens, j’essaie de me rappeler que l’expérience sera enrichissante, peu importe le résultat. L’un de mes collègues a très bien résumé le tout : « le processus devient plus facile avec la pratique, et avec la pratique, nous nous améliorons. »

David Smith est titulaire d’une bourse postdoctorale du CRSNG et d’une bourse de recherche Killam. Il étudie l’évolution du génome des algues au Biodiversity Research Centre de l’Université de la Colombie-Britannique.

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