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CONSEILS CARRIÈRE

Comment travailler avec les militants étudiants

Comprendre leur point de vue est un premier pas vers la résolution des conflits.

par NONA ROBINSON | 28 OCT 15

Le militantisme étudiant est une notion qui recoupe un large éventail de revendications et d’organisations. Même si l’expression peut automatiquement faire songer aux protestations liées aux frais de scolarité et à l’accès aux études, les organisations étudiantes provinciales, fédérales et sur campus militent dans les faits pour un très grand nombre de causes.

Les étudiants de toutes tendances politiques se regroupent également au profit de causes précises. Chaque génération d’étudiants s’attaque à des dossiers explosifs qui reflètent les mouvements sociaux dans leur ensemble, et souvent les précèdent. À ce jour, les étudiants ont milité pour des causes très diverses, dont l’éducation, l’environnement, les droits de la personne ou encore la politique nationale ou internationale.

Parmi les récents exemples de militantisme notoires figurent les protestations étudiantes qui ont agité le Québec en 2012, les actions visant à sensibiliser à la violence sexuelle ou au conflit israélo-palestinien, ou encore les manifestations en faveur de l’abandon des combustibles fossiles, de l’avortement et des droits de l’homme. Toutes ces actions sont de nature à attirer l’attention, bien au-delà des campus et des médias. Pour les administrateurs qui travaillent avec les étudiants, elles constituent un défi, mais sont également porteuses de possibilités.

Les militants emploient un certain nombre de méthodes pour exprimer leurs préoccupations. Les associations et les groupes étudiants plaident leur cause auprès des structures de gouvernance de leurs établissements, et souvent des trois ordres de gouvernement. Pour attirer l’attention sur leurs revendications et amplifier le sentiment d’urgence, ils ont recours à des protestations, à des campagnes sur les réseaux sociaux, ainsi qu’à des campagnes d’affichage ou à des porte-parole controversés. Toutes ces stratégies sont très efficaces. La publicité et les messages véhiculés peuvent viser l’ensemble du corps étudiant, l’administration universitaire, les gouvernements et la population.

La tâche des administrateurs est entre autres compliquée par le nombre de personnes impliquées dans une controverse donnée. Dans le cas des étudiants, il peut s’agir d’individus militants, de groupes sur les campus ou d’associations étudiantes. Les administrateurs de tous les échelons peuvent être impliqués et ne pas réussir à s’entendre sur la manière d’aborder le problème. Les professeurs, pour leur part, prennent souvent parti pour l’un ou l’autre clan, voire pour les deux. Les responsables des communications et des relations avec les médias interviennent également. Enfin, au-delà de l’établissement, une controverse peut également toucher des organisations étudiantes provinciales ou nationales, les gouvernements, les médias et la population.

Compte tenu de la multitude d’aspects liés aux causes chères aux militants, il peut être difficile de parvenir à des solutions positives et constructives, aussi bien pour les étudiants que pour l’administration. Le fait d’éviter la confrontation pour privilégier la résolution des conflits et des problèmes peut contribuer à l’émergence d’un terrain d’entente. Pour y parvenir, il faut d’abord cerner les intérêts des deux clans.

Quels sont ces intérêts? Les militants veulent le changement. Leur premier objectif consiste à faire passer leur message et à galvaniser leur base. La publicité, la controverse, les actions médiatiques et même parfois les réactions négatives contribuent à mettre leur cause en lumière, ce qui pousse de nouvelles personnes à prendre part au débat et peut accroître les chances d’un dénouement conforme aux souhaits des étudiants. Sur le plan personnel, les militants sont souvent des gens passionnés par leur cause et épris de changement.

À l’inverse, les administrateurs universitaires souhaitent souvent résoudre les choses rapidement et sans heurts, ainsi que les gérer d’une manière qui n’entache pas la réputation de l’établissement. Ils négocient souvent avec deux clans dont chacun exige qu’un frein soit mis aux actions de l’autre, et certaines revendications peuvent avoir une incidence sur des membres du milieu universitaire. Toutes les controverses peuvent engendrer des conflits sur le campus; il est difficile d’assurer l’équilibre entre liberté universitaire et discours militant, et de veiller au bien-être des personnes touchées. Compte tenu du nombre d’enjeux en présence, chaque administrateur est forcément d’accord avec certaines revendications, mais en désaccord avec d’autres.

Une communication ouverte, directe et honnête au sujet des intérêts des deux clans est essentielle. Idéalement, les deux clans chercheraient ensemble une solution qui réponde aux mieux à leurs besoins; un processus qui peut souvent faire émerger des solutions de rechange. En s’employant à résoudre les problèmes aux côtés des militants étudiants, les administrateurs favorisent l’établissement d’une relation collégiale, même si les positions des deux clans sont fortement opposées. En outre, l’atteinte d’une solution ou la victoire vient confirmer l’utilité de la mobilisation étudiante et donne le ton des futures interactions.

Dans bien des cas, si les étudiants choisissent de protester publiquement, c’est qu’ils ont l’impression de n’avoir pas voix au chapitre. Le fait de mettre en valeur un environnement propice au dialogue et de trouver des moyens de faire participer les étudiants aux prises de décisions peut contribuer à éviter ce type de protestations. Si cela est impossible, pour des raisons de confidentialité, par exemple, il est souhaitable d’expliquer pourquoi. Dans la mesure où ils sont consultés et comprennent l’ampleur des préoccupations auxquelles les administrateurs sont confrontés, les étudiants peuvent contribuer à la résolution des problèmes et même à la prise de décisions inventives et inédites.

Ayant déjà été à l’origine de nombreuses évolutions sociales d’importance, les militants étudiants peuvent contribuer de manière déterminante au changement, sur le campus et au-delà. Par conséquent, même si les controverses peuvent constituer un énorme défi pour les administrateurs, le fait de travailler avec les militants étudiants peut être extrêmement profitable.

Nona Robinson est vice-rectrice adjointe aux affaires étudiantes au Bureau des affaires étudiantes de l’Université Trent. Cet article est basé sur un exposé prononcé par Mme Robinson avec Jana Luker devant l’Association des services aux étudiants des universités et des collèges du Canada.

 

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