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CONSEILS CARRIÈRE

Comment trouver un directeur de recherche : Un choix réfléchi

Le choix d’un directeur de recherche résulte d’une entente réciproque, basée sur la confiance et un engagement mutuels, et doit être consacré par un « contrat » explicite.

par YVES LENOIR | 27 AVRIL 16

Il ne s’agit pas, comme les chevaliers du roi Arthur, de se lancer à la quête du Graal, ni de partir en expédition, tel Jason et les Argonautes, à la conquête de la toison d’or! Mais il importe, néanmoins, comme étudiant poursuivant des études de maîtrise ou de doctorat, d’avoir « l’œil ouvert » et l’esprit vif pour « trouver » le directeur de recherche qui lui convient.

En fait, la question du choix d’un directeur de recherche est hautement préoccupante pour les étudiants qui débutent leur maîtrise ou qui désirent entreprendre un doctorat. Il n’est pas une des premières rencontres où il ne m’était demandé, alors que j’étais vice-doyen à la recherche, s’il est requis qu’un membre du corps professoral accompagne le cheminement scolaire, quel est son rôle, comment faire pour trouver des professeurs susceptibles d’assumer cette tâche, comment s’y prendre pour les rencontrer, que leur dire lors de cette rencontre et comment s’assurer d’une bonne entente, aussi harmonieuse qu’efficace…

Du point de vue du professeur, il ne faut pas oublier non plus qu’un engagement de sa part ne peut être pris à la légère. Il exige des investissements considérables, en temps, en énergie et en relations humaines entre autres, et il sous-entend une certaine disponibilité – pour ne pas dire une disponibilité certaine – ainsi qu’une responsabilité élevée, celle de guider, de soutenir, de questionner le cheminement de recherche et d’évaluer tant la progression que le produit final.

C’est pourquoi il m’apparaît personnellement que le choix d’un directeur de recherche résulte d’une entente réciproque, basée sur la confiance et un engagement mutuels, et que ce choix doit être consacré par un « contrat » explicite. Dès le moment où émerge une situation éducative, s’établit un contrat pédagogique qui entraine des règles, y compris éventuellement la règle qui rejette l’existence de règles. Ce contrat, qui régit l’interaction entre le sujet apprenant et le formateur, stipule, d’une façon ou d’une autre, les échanges prévus entre les parties, les modalités d’échange, les droits et les devoirs de chacun, les objectifs à atteindre, les « produits » à réaliser et les conditions de réalisation, y compris le rythme et la durée prévue pour mener à bien la réalisation finale. À mon sens, ce « contrat » de formation, par lequel les deux parties s’engagent en fonction de leurs responsabilités respectives, doit tenir compte, par conséquent, d’un certain nombre d’aspects préalables.

Des conditions de départ

Il est, en effet, un certain nombre de points qu’un étudiant doit clarifier minimalement avant d’établir une entente avec un professeur, ou du moins, au moment où cette entente est négociée avec son aide. Je ne signalerai, en dehors de toute prétention à l’exhaustivité, que les aspects suivants :

  1. Quelles sont les motivations qui me poussent à entreprendre une maîtrise ou un doctorat : des intérêts manifestes pour la recherche en éducation, l’absence de perspectives d’emploi ou… ?
  2. Quelles sont les finalités que je poursuis : la soif de connaître, la passion pour le savoir, la quête d’un emploi bien rémunéré, une occupation en attendant que… ou… ?
  3. Quelles sont mes préoccupations de recherche? Sont-elles réalistes, arrêtées, mûries depuis longtemps … ? Peuvent-elles être modifiées pour s’inscrire dans un cadre de recherche existant ou … ?
  4. Quel est le type d’encadrement que je désire? Est-ce que je préfère travailler de façon isolée ou au sein d’une équipe? Qu’est-ce que j’attends de la directrice ou du directeur de recherche : un guide pas à pas, un superviseur, un auditeur attentif, un esprit critique… ?
  5. Quelles sont les investissements intellectuels et temporels que j’accepte de fournir et dont je suis capable : nombre d’heures par semaine, travail durant les vacances, faiblesses à améliorer (par exemple, ma capacité à rédiger, à synthétiser), etc.?
  6. Quelles sont les conditions matérielles que je peux ou que j’entends me donner pour mener à bien mes études : études à temps partiel, à temps complet, obtention d’une bourse, assistanat de recherche … ?

Il ne suffit pas d’apporter des réponses à ces questions. Il s’agit d’analyser les réponses afin de dépister toute contradiction qui ne pourrait que créer par la suite un malaise et, éventuellement, conduire à des déceptions. À titre illustratif, il serait illusoire de penser terminer sa maîtrise en deux ans tout en étudiant à temps (très) partiel; travailler de façon isolée requiert beaucoup de volonté et de ressources personnelles, surtout si l’objet de recherche ne concorde pas avec les intérêts et les objets de recherche du directeur de recherche; l’absence de motivation intrinsèque requiert de recourir continuellement à des raisons externes qui demeurent bien fragiles, surtout quand on attend que le directeur supplée à une telle absence ou que le travail de rédaction du mémoire ou de la thèse se prolonge.

Le directeur de recherche potentiel a également des éléments à considérer : sa disponibilité certes, mais surtout son intérêt à l’égard des intentions, souvent encore des plus vagues, annoncées par l’étudiant. En outre, il s’efforcera de dépister la possibilité de pouvoir faire traduire ces intentions en termes d’objet de recherche pouvant s’inscrire au sein de son champ d’expertise et de ses domaines de recherche. En effet, à moins de vouloir jouer à l’apprenti sorcier, le champ d’expertise d’un professeur demeure limité et plus le projet de recherche s’en éloigne, moins son initiateur risque de ne pas recevoir une aide appropriée.

Il est, en tout cas, essentiel de ne pas perdre de vue que la raison d’être des études de deuxième cycle n’est pas de placer l’étudiant dans une perspective de recherche afin d’enrichir la connaissance dans un domaine, de produire un nouveau savoir, ce qui relève par contre bien davantage du doctorat, mais plutôt de lui permettre de se former d’abord à la recherche en s’y frottant à la fois théoriquement et pratiquement. Dans ce sens, le processus s’avère bien plus important que des apports cognitifs conjecturaux, sinon putatifs, qui pourraient en émaner. Un étudiant devrait donc être prêt, à mon avis, à apporter toutes les modifications nécessaires à son projet initial de façon à optimiser l’encadrement qui lui est nécessaire, quels que soient, par ailleurs, ses souhaits à cet égard. Au niveau doctoral, les enjeux sont autres, l’étudiant entendant poursuivre une recherche normalement dans la continuité de ses travaux de deuxième cycle sur une question scientifiquement vive, mais aussi possiblement socialement. S’entrecroisent alors trois questions de sens : ontologique, épistémologique et sociale.

L’état de la situation, une fois bien circonscrit, devrait être présenté aux professeurs sollicités pour devenir directeurs de recherche. C’est en toute connaissance de cause qu’ils pourront, de leur côté, présenter leurs attentes, leurs contraintes, leurs modalités d’encadrement, etc. La confrontation des deux optiques dans la transparence, ce qui implique une négociation des aspects négociables – car il en est qui ne le sont pas –, me semble être le gage d’un contrat que les deux parties s’engagent alors à respecter et qui pourra effectivement être honoré.

Le contrat

Un contrat de formation peut alors être formulé. Il devrait inclure, entre autres :

  1. l’expression de la situation de départ, ainsi qu’elle vient d’être abordée;
  2. l’analyse de la situation :
    • l’analyse des besoins de formation de la part de l’étudiant;
    • l’analyse des contraintes qui relèvent des deux parties, mais aussi des règlements universitaires et du programme lui-même;
    • l’inventaire des ressources disponibles et requises;
  3. l’identification et l’explicitation des objectifs visés et surtout de leur niveau d’atteinte, ce qui a un effet direct sur la prévision des investissements, la détermination des exigences, etc.;
  4. la détermination des objectifs opérationnels et du rôle des acteurs, par là la spécification des engagements respectifs en termes d’obligations (devoirs) et d’attentes (droits);
  5. le choix des stratégies et des modalités de fonctionnement;
  6. la détermination des opérations ordonnées temporellement (entendues comme des tracés prévisionnels d’itinéraires), des fins d’étape et de l’échéancier;
  7. la détermination des modalités de régulation et de contrôle;
  8. la durée du contrat, c’est-à-dire le laps de temps convenu pendant lequel les deux parties décident de respecter le contrat;
  9. les motifs et les modalités de rupture du contrat.

Plus les règles qui gouvernent les interactions seront explicites et conscientes et moins il y aura de coins d’ombre au départ, plus l’entente pourra être fructueuse. Elle nécessite par conséquent de ne laisser aucune place à ce qui pourrait être considéré comme du laxisme au niveau des différents éléments inclus dans un contrat de formation.

En guise de conclusion

Bref, comment choisir son directeur de recherche? En rencontrant plusieurs professeurs, retenus en fonction de leurs intérêts et objets de recherche, en leur exposant clairement ses intentions de recherche et ses aspirations sur le plan de l’encadrement et en leur demandant de présenter tout aussi clairement leurs attentes et exigences. Ensuite, il importe qu’une certaine chimie s’opère… pour aboutir à la décision de faire un bout de chemin ensemble.

Il n’y a ni bon ni mauvais directeur de recherche, mais une personne qualifiée qui convient. Le choix, qui est choix mutuel ne l’oublions pas, repose sur un ensemble de variables complexes que ce qui précède ne fait sans doute qu’effleurer. Pour éviter de jouer à la « roulette russe », il me semble cependant qu’un étudiant aurait profit à tenir compte de ces quelques considérations.

Il m’importe toutefois d’attirer l’attention sur deux dimensions que tout étudiant qui cherche un directeur de recherche devrait considérer avec la plus grande attention. Lors de la ou des rencontres initiales, l’étudiant devrait faire deux demandes explicites au directeur potentiel : la première, lui demander de lui fournir dans les jours suivants une courte bibliographie d’écrits fondamentaux et incontournables en relation directe avec l’objet de recherche considéré; la deuxième, lui demander de lui fournir au moins une ou deux de ses publications en relation avec cet objet de recherche. Si le directeur envisagé ne peut répondre à ces deux demandes ou à l’une des deux, ou bien l’étudiant doit changer d’objet de recherche pour en choisir un qui soit « dans les cordes » du directeur, ou bien il est mieux qu’il trouve un autre professeur pour l’encadrer, car, dans un tel cas, l’étudiant va certainement aider le professeur, mais celui-ci ne l’aidera pas dans son cheminement cognitif!

Yves Lenoir est professeur titulaire et membre du Centre de recherche sur l’enseignement et l’apprentissage des sciences à la Faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke. Il est également président sortant de l’Association mondiale des sciences de l’éducation.

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