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Conseils carrière

Conseils d’une rédactrice en chef aux rédacteurs universitaires et aux pairs évaluateurs

Les universitaires sont rarement formés à l’art de l’évaluation par les pairs, et le processus décisionnel en la matière est rarement transparent.

par LAURA MOSS | 30 JUILLET 15

L’an dernier, j’étais rédactrice en chef par intérim d’une revue littéraire universitaire. J’ai vite compris que les universitaires sont rarement formés à l’art de l’évaluation et que le processus décisionnel à cet égard est rarement transparent. Voici, à l’intention des rédacteurs et des évaluateurs, quelques conseils fondés sur mon expérience de rédactrice en chef :

  •  Respectez les consignes relatives à la longueur du texte et au style des citations. Pour ne pas porter atteinte à votre professionnalisme, évitez d’indiquer que le nombre de mots de votre article dépasse de 2 000 le nombre autorisé, mais que vous attendez que les évaluateurs ou le rédacteur en chef vous indiquent où couper.
  •  Même si vous ignorez qui seront vos évaluateurs, vous pouvez supposer de qui il s’agira. Sur réception d’un article, le rédacteur en chef dresse une liste d’évaluateurs potentiels. Personnellement, j’avais surtout tendance à retenir d’abord les auteurs des publications citées dans l’article concerné (dans la mesure où ces publications étaient relativement récentes). Souvent, les critiques au sujet desquels vous écrivez seront chargés d’évaluer votre article.
  •  Dès que deux personnes ont accepté de faire partie des évaluateurs, l’article leur est transmis. Hélas, trop souvent, les universitaires déclarent être trop occupés par leurs propres recherches pour évaluer d’autres articles. Rappelez-vous que l’évaluation par les pairs exige que des universitaires agissent, justement, comme des pairs. Le système repose sur un travail des plus discrets et sur le respect de la déontologie savante.
  •  En dépit de ce qui précède, si vous estimez ne pas être en mesure de procéder à une évaluation pour une revue parce que vous manquez de temps ou que vous maîtrisez mal le sujet, informez-en immédiatement les intéressés. Si vous avez pris l’engagement d’évaluer un article, ne laissez pas les choses traîner pendant des mois. De nombreuses personnes attendent votre compte-rendu.
  •  On n’attendra de vous, en tant qu’évaluateur, qu’une évaluation générale. Vous n’aurez donc probablement pas à passer du temps à proposer des corrections ligne par ligne.
  •  Le ton compte : la plupart des gens apprécient les remarques constructives et les conseils porteurs d’améliorations. Même si les universitaires chevronnés ont tendance à refuser davantage d’articles et à exiger davantage sur le plan de l’originalité que leurs confrères débutants, ils sont enclins à faire preuve de plus de générosité : ils sont plus attentifs, formulent davantage de commentaires et soignent leur ton.
  •  Tout rédacteur doit joindre à l’article qu’il soumet un résumé concis et honnête précisant la contribution originale que son article apporte au domaine concerné. Il ne suffit pas d’indiquer que l’article en question vient combler une lacune.
  • Dans le cas où les évaluations d’un article se soldent par deux acceptations et deux refus, la décision du rédacteur en chef est relativement simple. Toutefois, pendant mon mandat d’un an à titre de rédactrice en chef, un seul article a fait l’objet de deux approbations du premier coup. Fréquemment, le rédacteur en chef vous demandera de revoir votre article et de le soumettre à nouveau. Il ne faudra pas voir là une forme de refus déguisé. Au contraire, vous devrez interpréter sa décision comme s’il vous avait dit : « D’après moi, votre article a un vrai potentiel. Nous allons investir encore 10 ou 20 heures pour le peaufiner. »
  •  Même si tous les commentaires des pairs évaluateurs doivent être pris en compte, une erreur courante consiste à réécrire entièrement un article en fonction de ces commentaires, le privant ainsi de son ton et de son argumentation d’origine. Ainsi, si les évaluateurs vous demandent de prendre connaissance de tel ou tel commentaire, faites-le sans faute. Dans le cadre de mon mandat de l’an dernier, la raison première du rejet d’un article par les évaluateurs au stade de la seconde lecture a été que l’auteur n’avait pas tenu compte de leurs propositions. Lorsque vous soumettez un article de nouveau, joignez-y, à l’intention du rédacteur en chef, une lettre dans laquelle vous précisez les changements apportés et les raisons pour lesquelles vous avez écouté certaines propositions.
  • Rappelez-vous que le refus d’un article n’est que le refus de celui-ci en l’état où il est. N’y voyez ni un rejet de votre personne, ni la négation de la possibilité pour vous d’améliorer l’article en question.
  • Au cours de mon mandat de l’an dernier, quatre personnes se sont plaintes auprès de moi du refus de leur article. Deux m’ont affirmé que j’avais eu totalement tort de le refuser. Les deux autres se sont contentées de m’adresser des commentaires désobligeants, personnels et pas très polis. Cela ne m’a fait changer d’avis dans aucun des cas. Il est normal d’avoir envie d’interpeller plutôt rudement un rédacteur en chef en cas de refus d’un article, mais évitez de lui envoyer un courriel sous l’effet de l’adrénaline.
  • Le temps constitue une donnée fondamentale pour les rédacteurs comme pour les revues elles-mêmes. L’édition savante est un processus lent, car chaque article passe tour à tour entre les mains de nombreuses personnes au fil des stades de révision et de relecture. Rien ne vous interdit d’adresser à une revue une lettre polie pour savoir où en sont les choses concernant votre article, mais, avant toute chose, faites preuve de patience.

Laura Moss est professeure agrégée au département d’études anglaises de l’Université de la Colombie-Britannique. Elle a été rédactrice en chef de la revue Canadian Literature: A Quarterly of Criticism and Review de juillet 2013 à juin 2014.

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