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CONSEILS CARRIÈRE

Écrire en groupe

L’Université d’Ottawa organise des journées d’écriture qui offrent un environnement social permettant aux professeurs d’accorder la priorité à leur recherche.

par FRANÇOISE MOREAU-JOHNSON | 05 DÉC 12

L’idée est simple et peu coûteuse : il s’agit de mettre en pratique le conseil donné dans le film Le champ des rêves (Field of Dreams), « Si tu le construis, il viendra ». On réserve une salle, préférablement avec beaucoup de lumière naturelle, la rend accueillante en disposant les tables en ilots avec accès à une prise électrique et en offrant des rafraîchissements (ou même le repas). Les professeurs arrivent avec leur portable et leurs documents, s’installent et écrivent… c’est magique! L’énergie qui se dégage est presque palpable.

Dans la vie d’universitaire, l’enseignement et l’administration peuvent prendre beaucoup de temps, surtout pendant l’année scolaire. La recherche est souvent délaissée pour les tâches plus « simples » où la rétroaction est immédiate. La recherche est un processus de longue haleine : cueillette de données, analyse, recensement des écrits, rédaction de la première ébauche du texte, rédaction de la deuxième (et la troisième, etc.), soumission de l’article et puis, attente.

Pour de nombreux professeurs, il est difficile de trouver le temps d’écrire. Les ateliers d’écriture organisés par le Centre de leadership scolaire (CLS) incitent les professeurs à garder la recherche à l’avant-plan pendant les sessions d’enseignement et à consacrer les semaines de lecture et la période estivale à la recherche.

Inspirée par l’article « Writing in the company of other women : Exceeding boundaries » (Barbara Grant, 2006, Studies in Higher Education, vol. 31 no. 4), Rhonda Pyper, professeure de l’École de gestion Telfer, a décidé d’introduire cette pratique à uOttawa en organisant la retraite d’écriture « Women who write a lot » pendant la semaine de lecture d’octobre 2010. Soutenue par le CLS, cette retraite résidentielle à laquelle 12 professeures ont participé fut le premier succès de l’initiative « Écrire en groupe ».

Pendant la semaine de lecture de février 2011, une mini-retraite de trois jours sur le campus (22 professeures) s’est ajoutée à la retraite résidentielle de la même semaine (10 professeurs). En mai 2011, deux autres retraites résidentielle ont été organisées (16 professeures au total). En juin 2011, 28 néophytes se sont réunies pour une journée d’écriture en groupe pour célébrer la fin de l’année scolaire. Cette formule a été tellement populaire que des journées estivales ont aussitôt été mises sur pied et des journées mensuelles se sont ajoutées au calendrier de 2011-2012.

D’octobre 2010 à juin 2012, le CLS a offert un total de 79 journées d’écriture auxquelles plus de 110 professeurs ont participé pour un total de 831 participants-jour. Quoique l’Université d’Ottawa n’ait pas imité Barbara Grant en offrant ses activités exclusivement aux professeures, celles-ci semblent les apprécier davantage : elles forment plus de 75 pour cent des participants et 90 pour cent des participants-jour. En plus des journées estivales, 32 journées sont prévues au calendrier de 2012-2013.

Les professeurs ont besoin de stimuli externes et d’un environnement social pour agrémenter la tâche d’écriture et respecter l’horaire de publication fixé. Ces ateliers leur permettent de sortir de la routine quotidienne et les « forcent » à se concentrer sur une facette importante de leur réussite professionnelle. L’écriture en groupe, par un phénomène de soutien social, crée ce stimulus et favorise une plus grande concentration sur l’exercice d’écriture.

En s’inscrivant à une ou plusieurs journées, les professeurs s’engagent à consacrer du temps à cette activité. Quoiqu’il soit difficile de réserver de une à cinq journées pour la recherche, c’est possible. En préparation pour chaque journée d’écriture les professeurs doivent établir des objectifs d’écriture, avoir lu et recueilli le matériel nécessaire, et être productifs pendant la journée. Les ateliers d’écriture offrent un encadrement nécessaire pour plusieurs dans un environnement permettant beaucoup de liberté et de souplesse. Cette initiative innove par l’atmosphère unique qui y règne et qui permet aux professeurs de se concentrer sur leurs objectifs de publication.

De nombreux témoignages et résultats de sondages démontrent que le phénomène social créé par la présence de collègues partageant la tâche d’écriture a un effet direct sur la motivation à rédiger. Cette activité a un impact significatif sur la productivité en recherche et la satisfaction au travail. De plus, le réseautage qui en découle permet d’ouvrir les barrières structurelles facultaires et permet une mobilisation du savoir. Ces ateliers motivent les participants à publier davantage et leur procure un sentiment d’engagement et de loyauté envers leur établissement. Ils permettent d’accroître les échanges professionnels et l’entraide entre professeurs ainsi que l’acquisition de compétences pratiques.

Françoise Moreau-Johnson est la coordonnatrice du Centre de leadership scolaire à l’Université d’Ottawa.

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