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CONSEILS CARRIÈRE

L’anxiété en milieu professoral

Quelques stratégies pour gérer un stress professionnel parfois écrasant.

par DAVID SMITH | 11 JUIN 14

Je me sens un peu fatigué ces temps-ci, mais c’était à prévoir. L’hiver a été rude et a marqué pour moi la fin d’une première année scolaire stressante à titre de professeur adjoint. J’ai dû m’adapter à une nouvelle ville et à un nouvel emploi tout en répondant à de nouvelles attentes.

Toutefois, je ne suis pas le seul à me sentir ainsi ou à devoir affronter ce genre d’obstacle. Tout autour de moi, des étudiants, des collègues et des membres du personnel s’efforcent de surmonter les difficultés liées au travail, à la vie quotidienne et à la santé mentale. Si on en croit une récente série d’articles et de sondages publiée par le quotidien The Guardian, les campus sont en proie à une crise de détresse psychologique, et de nombreux étudiants et universitaires cachent leurs troubles de santé mentale.

J’écris cet article au début de mai alors que s’amorce la Semaine de la santé mentale de l’Association canadienne pour la santé mentale, un événement annuel faisant la promotion de l’éducation et de la mobilisation relatives à tous les problèmes de santé mentale. C’est donc un bon moment pour moi de faire le point sur la dernière année scolaire.

Lorsque j’ai accepté un poste de professeur à l’Université Western en juillet dernier, j’ai assisté à différentes séances d’orientation, dont une présentait des statistiques détaillées sur le nombre d’étudiants au premier cycle qui, au cours de la dernière année, avaient demandé de l’aide pour un trouble mental. Les chiffres étaient malheureusement élevés. Le conférencier a pris soin de rappeler aux nouveaux professeurs les difficultés que doivent affronter les étudiants au premier cycle. Bon nombre d’entre eux sont encore des adolescents de 17 ans lors de leur entrée à l’université en septembre. La plupart sont éloignés de leur famille et de leurs amis de longue date et ont laissé un environnement familier et sécuritaire pour entrer dans le monde chaotique et enivrant des résidences universitaires; un monde où il est facile de perdre les habitudes qui nous gardaient les pieds sur terre, comme une saine alimentation, de l’exercice régulier et une bonne nuit de sommeil. Ajoutez à cela l’immense pression de réussir, les soucis financiers, l’exposition aux drogues, à l’alcool et à des relations potentiellement destructrices, et tous les éléments sont alors réunis pour créer un déséquilibre émotionnel même chez les étudiants les plus stables.

Au cours de l’automne et de l’hiver, j’ai eu le privilège d’enseigner à de nombreux étudiants très brillants et motivés. J’ai vu certains d’entre eux devenir improductifs en raison de troubles mentaux. J’ai vu des étudiants au premier cycle dépressifs, incapables de s’arrêter de pleurer et cloîtrés dans leur chambre. Un candidat au doctorat, parmi les plus talentueux, a levé le voile sur la dépression chronique parfois débilitante dont il souffrait. Un autre étudiant assidu aux cycles supérieurs a dû s’absenter en raison d’anxiété chronique. Il y a une semaine, un étudiant dont je suis le superviseur m’a demandé des conseils pour venir en aide à un camarade de classe en proie à un épisode psychotique probablement aggravé par les examens et les travaux. J’ai rencontré beaucoup d’autres étudiants aux prises avec une détresse psychologique.

Les chargés de cours, les professeurs et les membres du personnel universitaire sont les mieux placés pour reconnaître et aider les étudiants souffrant de troubles mentaux. Malheureusement, eux aussi courent un risque accru de souffrir de problèmes psychologiques. En mars, la section Higher Education Network du quotidien The Guardian publiait un article en ligne faisant état de la montée des troubles mentaux chez les professeurs universitaires. Selon les journalistes Claire Shaw et Lucy Ward, au Royaume-Uni, « les conseillers professionnels des universités et les experts de la santé en milieu de travail ont observé une augmentation constante du nombre de professeurs demandant de l’aide pour troubles mentaux au cours des dix dernières années. Des recherches indiquent même que près de la moitié montre des symptômes de détresse psychologique » L’article cite les charges de travail accrues, la demande constante de résultats, l’insécurité d’emploi, le perfectionnisme, l’isolement et une « culture d’acceptation » comme des raisons pouvant expliquer cette montée des troubles mentaux chez les professeurs.

Puisque je suis perçu comme un professeur décontracté, je dois souvent répondre aux questions d’étudiants qui me demandent comme je fais pour rester détendu. Je réponds habituellement que je suis très loin d’être aussi détendu que je le paraisse et, ensuite, je leur fais part de certaines de mes stratégies pour gérer le stress, comme lire beaucoup, courir sur de longues distances et cuisiner.

Ce que je ne dis pas, c’est que je lutte souvent contre l’anxiété et que je suis obsédé par le travail et la recherche. Cette année a été particulièrement difficile, mais j’ai appris de mes collègues que c’est un fait courant chez les professeurs débutants. Un ancien superviseur m’a dit que sa première année en tant que professeur adjoint a été l’une des plus dures de sa vie.

Le cerveau des universitaires est leur principal outil. Nous comptons sur lui pour être créatifs, résoudre des problèmes et communiquer efficacement. Nous pouvons être paralysés par la crainte de perdre la maîtrise de nos pensées ou d’être trahis par elles. C’est pourquoi il est essentiel de sensibiliser le milieu universitaire aux problèmes de santé mentale.

J’aimerais pouvoir dire à mes étudiants qu’après la prochaine rédaction, le prochain examen, la prochaine soutenance de thèse ou le prochain obstacle, tout ira mieux, mais c’est rarement le cas. Cependant, même si tout ne devient pas plus facile, nous pouvons acquérir de meilleures stratégies pour gérer notre stress dans des environnements d’étude et de travail compétitifs et exigeants et améliorer notre capacité de déceler les troubles mentaux survenant en milieu de travail universitaire et ailleurs.

Parmi les choses les plus importantes que j’ai apprises cette année, j’ai compris qu’écouter les problèmes des autres nous permet de mettre les nôtres en perspective et qu’aider les autres à résoudre leurs problèmes peut constituer le meilleur moyen de résoudre les siens. Savoir comment et quand dire « non » est crucial pour avoir une charge de travail raisonnable et maintenir de saines habitudes de vie afin d’éviter le stress inutile.

Le pédagogue Stephen R. Covey a dit que, peu importe l’intensité du chaos, l’important, c’est de garder le cap sur nos priorités. À vous de définir les vôtres.

David Smith est un professeur adjoint de biologie à l’Université Western de London, en Ontario.

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