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Conseils Carrière

Le moment est venu d’en parler

« En évoquant le sujet de la corédaction, vous prenez la situation en main. »

par ADAM CRYMBLE | 04 DÉC 13

Personne ne se réjouit à l’idée d’en parler. C’est délicat. Vous appréhendez le moment fatidique et il y a de bonnes chances que l’autre aussi, mais si vous évitez trop longtemps le sujet, l’ambiance au travail pourrait en souffrir et le projet pourrait même échouer.

Parler de quoi? Parler du nom qui figurera en tête de liste sur la publication finale de la recherche, de la personne qui, parmi les collaborateurs, aura le mérite pour les résultats de la recherche. Une discussion qui, on le comprend, est souvent repoussée.

« Les étudiants sont particulièrement vulnérables sur ce point parce qu’il n’existe pas de cours qui leur enseigne à réussir leurs études aux cycles supérieurs, explique Tim Bhatnagar, doctorant en orthopédie à l’Université de la Colombie-Britannique. Ils savent seulement que les publications servent de monnaie d’échange dans les universités. »
Sans un solide leadership de la part du superviseur, la prise de conscience de la valeur des publications peut accentuer la tension, quoiqu’elle ne doive pas. Savoir aborder le sujet et en discuter ouvertement à la fois avec les étudiants et les professeurs peut faire toute la différence entre un projet extraordinaire et une erreur à ne jamais répéter.

Faites-le sans tarder

Il n’est jamais trop tôt. Lorsqu’il est question de discuter de reconnaissance, « l’expérience a démontré qu’il est préférable de le faire sans tarder », soutient Cynthia Dunning, professeure agrégée de génie mécanique et des matériaux à l’Université Western.

Mme Dunning aborde la question dès qu’elle propose des idées de projets à des collaborateurs potentiels. Avec les étudiants, elle l’aborde dès leur arrivée, en même temps que la visite du labo et les présentations d’usage. En discutant dès le départ de la reconnaissance qui sera accordé à la collaboration au projet, on enlève beaucoup d’angoisse et on s’évite des discussions pénibles par la suite.

Soyez l’instigateur

Si on vous demande de participer à un projet en collaboration, n’hésitez pas à aborder la question du mérite. Certains domaines sont étrangers aux concepts de la corédaction et même de la collaboration, et l’histoire est de ceux-là. Les historiens ont de tout temps écrit leurs ouvrages en solo, mais actuellement, un changement semble se dessiner en faveur de la collaboration, et bon nombre de chercheurs en histoire collaborent pour la première fois avec des informaticiens, des gestionnaires de projet et des assistants de recherche. Il pourrait cependant ne pas leur venir à l’esprit d’aborder le sujet, alors à vous d’ouvrir les canaux de la communication.

En évoquant le sujet, vous prenez la situation en main. Bien qu’ils ne l’aient pas fait eux-mêmes, la plupart seront soulagés de constater que quelqu’un aborde l’omniprésente question. Peu importe avec qui vous envisagez de travailler, et peu importe si la conversation se détériore, le pire qui puisse arriver c’est que vous aurez vite fait de vous rendre compte que vous ne souhaitez plus contribuer à ce projet.

Établissez des critères

Il n’existe pas de modèle universitaire unique pour l’attribution du mérite. M. Bhatnagar précise que « la reconnaissance qu’obtient un étudiant pour sa contribution peut grandement varier d’un projet à un autre », selon la valeur qui lui est accordée dans les différentes cultures scientifiques. Chez les ingénieurs, par exemple, c’est le dernier nom de la liste qui a le plus de prestige, alors que la plupart des historiens s’offusqueraient de voir leur nom complètement à droite de la page. Si vous collaborez avec un collègue d’une autre discipline, il serait bon de l’informer des conventions de votre domaine; une bonne compréhension facilitera la négociation de conditions qui conviendront à tous.

Lorsque vous entamez la discussion, rappelez-vous qu’il peut s’agir d’une question délicate. Maintenez une formulation souple et positive afin que la conversation soit aussi détendue que possible. Au lieu de dire « Où se trouvera mon nom sur la liste? », essayez plutôt « Devrions-nous discuter des résultats escomptés du projet et de la manière dont le mérite sera attribué? Quel est votre point de vue sur la paternité de l’article? »

Le comité international des éditeurs de revues médicales (International Committee of Medical Journal Editors) présente les cinq étapes types du processus de recherche que Mme Dunning trouve utile de revisiter lorsque surgissent des conflits entre étudiants au sujet du mérite :

  1. Conception du projet
  2. Acquisition de données
  3. Analyse et interprétation des données
  4. Rédaction de l’article
  5. Approbation finale de l’article

Les étudiants sous la supervision de Mme Dunning savent qu’ils doivent avoir contribué substantiellement à au moins trois de ces étapes avant de pouvoir réclamer une reconnaissance comme auteur. Les disciplines n’accordent pas toutes autant d’importance aux données que les sciences médicales, mais le fait d’établir un ensemble de critères tangibles appropriés à votre champ de recherche permet de réduire l’incertitude entourant la reconnaissance. Différents modèles se trouvent sur le site du projet FairCite (https://faircite.wordpress.com/).

Les conflits portant sur le mérite attribué aux auteurs se résument généralement au désir de plusieurs collaborateurs de voir leurs efforts reconnus et appréciés. Il vaut donc parfois mieux en parler, et le plus tôt sera le mieux.

Adam Crymble est doctorant en histoire au King’s College de Londres, R.-U.

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