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Conseils carrière

Questions et réponses sur la transition : Adam Bishop fait de la traduction

par JENNIFER POLK | 23 JUIN 16

Titulaire d’un doctorat en études médiévales de l’Université de Toronto obtenu en 2011, Adam Bishop est réviseur et chercheur et il fait de la traduction. Vous le trouverez sur Twitter @adammbishop.

Qu’espériez-vous obtenir comme emploi au terme de votre doctorat? 

Mon objectif était le même que celui de mes amis étudiants au doctorat : obtenir un poste de professeur, dans l’espoir d’accéder un jour à un poste menant à la permanence. Malheureusement, vu la modestie du programme d’études médiévales de l’Université de Toronto, il était difficile d’y acquérir de l’expérience en enseignement. J’ai certes été assistant à l’enseignement dans le cadre de cours de latin aux cycles supérieurs, mais ce n’était pas la même chose que de donner soi-même un cours de premier cycle pour acquérir le type d’expérience exigée pour les emplois dont je rêvais. À l’époque, les historiens du programme d’études médiévales et ceux du Département d’histoire se disputaient les cours de premier cycle à donner. Une année, j’ai bien cru avoir la chance de remplacer mon directeur de thèse pour donner son cours, mais l’Université de Toronto a décidé d’annuler le cours en question. Au terme de mon doctorat, j’avais compris que je ne parviendrais probablement pas à obtenir un poste de professeur.

Soussi, comme j’avais également occupé un emploi à temps plein hors du milieu universitaire pendant mes études supérieures, je savais ce que c’était que de travailler dans le « monde réel ». Ça m’a beaucoup aidé par la suite.

Quel a été votre premier emploi après vos études doctorales?

J’ai été chercheur postdoctoral à l’Université de Nantes, en France. Je participais à un projet du Conseil européen de la recherche – le CER. Il s’agissait de créer une base de données renfermant des textes juridiques relatifs aux minorités religieuses dans l’Europe médiévale. J’ai travaillé en France pendant deux ans environ.

Que faites-vous actuellement? 

Je travaille comme traducteur. Mon emploi postdoctoral en France s’inscrivait dans le cadre d’un projet bilingue. Tous les chercheurs devaient traduire et réviser les travaux de leurs collègues pour veiller à ce que la base de données soit totalement bilingue (anglais et français). On s’aidait également les uns les autres à traduire et à réviser les textes utilisés pour nos recherches (articles, comptes rendus de conférences, livres, etc.). On le fait d’ailleurs toujours, même si le projet a pris fin.

Pendant que j’étais en France, ma famille est rentrée au Canada. C’était pénible de vivre séparés. Il fallait que je trouve un emploi au Canada. J’avais des atouts : j’étais bilingue, et mon travail universitaire consistait entre autres à traduire et à réviser. J’avais également révisé des textes en anglais et en français pendant mes études supérieures, pendant mon emploi hors du milieu universitaire. Alors, pourquoi ne pas chercher un poste de traducteur? La plupart des traducteurs ont d’abord fait des études de traduction et obtenu un diplôme dans cette discipline. Je n’avais rien fait de tel. J’ai tout de même réussi à obtenir un emploi de traducteur au Canada… et j’ai appris sur le tas. J’étais bon en traduction, et beaucoup des compétences que j’avais acquises pendant mes études supérieures sont utiles dans ce métier. Un traducteur doit savoir encaisser le stress et travailler beaucoup. Il doit être précis, rapide et s’accommoder d’échéances serrées. Mes études supérieures m’avaient apporté toutes ces aptitudes. J’ai travaillé pour un cabinet de traduction pendant deux ans. Aujourd’hui, je travaille encore pour ce cabinet, mais aussi pour d’autres entreprises, comme pigiste.

En quoi consistent vos tâches quotidiennes et hebdomadaires?

On me confie des projets à traduire, habituellement de l’anglais vers le français ou du français vers l’anglais. Mes traductions sont révisées par d’autres traducteurs. Je révise aussi des traductions faites par d’autres. Voilà mon travail! Mes projets proviennent d’un ou de deux cabinets aux clients très divers. Je suis donc appelé à traduire toutes sortes de choses : documents gouvernementaux, catalogues de magasins, dossiers médicaux, étiquettes d’aliments, etc. Ça demande beaucoup de recherche, ce que j’aime bien. Même s’il existe des logiciels qui peuvent automatiser la traduction en partie, un traducteur ne peut parfois compter que sur ses petites cellules grises.

Qu’est-ce qui vous étonne le plus dans votre travail? 

Des gens me demandent à l’occasion de traduire à partir du latin, ou même vers le latin. Il s’agit le plus souvent d’une devise ou d’un diplôme, mais parfois de textes assez longs. Je n’aurais jamais imaginé être payé pour traduire depuis ou vers le latin! Je traduis aussi fréquemment des dossiers médicaux, ce qui me force à décrypter l’écriture des médecins. Le fait d’avoir étudié la paléographie médiévale aux cycles supérieurs m’est vraiment utile!

Quels aspects de votre travail vous plaisent le plus?

J’adore apprendre sur des sujets dont j’aurais tout ignoré sans ce travail. J’aime aussi pouvoir travailler à domicile ou n’importe où ailleurs pourvu qu’il y ait une connexion wi-fi.

Que changeriez-vous si vous le pouviez? 

Parfois, j’ai l’impression que je travaille sans arrêt, sauf quand je dors. Je pourrais accepter moins de projets, mais je souffre du « syndrome de l’imposteur », hérité du milieu universitaire. J’ai peur d’être considéré comme un imposteur parce que je ne suis pas devenu traducteur en suivant le parcours classique. Si jamais je refuse des projets, on cessera peut-être totalement de m’en proposer! Je ne changerais rien en ce qui concerne mon travail, mais j’aimerais être moins inquiet, professionnellement parlant.

Comment entrevoyez-vous la suite de votre carrière?

Je ne sais pas trop. J’aime être traducteur, mais j’essaie aussi de rester actif dans le milieu universitaire. Comme je peux travailler n’importe où, j’essaie d’assister à des conférences et de publier mes recherches et mes écrits. J’ai à l’occasion été conférencier pour un de mes anciens professeurs au premier cycle à l’Université Western, où j’aimerais bien pouvoir donner un cours complet. Mais pour le moment, il semble que je continuerai principalement à faire de la traduction.

Quels conseils souhaiteriez-vous offrir aux ex-étudiants au doctorat qui cherchent à intégrer le marché du travail?

L’un des gros avantages des études supérieures, dont on n’est pas forcément conscient pendant ses études, c’est qu’elles permettent d’acquérir des compétences très diverses qui dépassent celles de la majorité des gens; des compétences en recherche, en rédaction et en révision, utiles dans de nombreux domaines et ainsi devenir un travailleur fiable et acharné possédant la curiosité intellectuelle requise pour apprendre de nouvelles tâches. Mais surtout, elles permettent d’apprendre la gestion du stress et du temps. Ne pas parvenir à obtenir le poste de professeur rêvé depuis toujours peut être décevant, mais posséder une multitude d’autres compétences très prisées par les employeurs hors du milieu universitaire permet de mettre ces compétences à profit et d’obtenir de nombreux emplois.

Titulaire d’un doctorat en histoire de l’Université de Toronto, obtenu en 2012, Jennifer Polk est accompagnatrice en gestion de carrière ainsi que rédactrice. Pour plus d’information, consultez son site à FromPhDtoLife.com (en anglais seulement).

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