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Conseils carrière

Rédiger une demande de subvention comporte des risques

Un travail qui rend dingue.

par DAVID SMITH | 31 MAI 13

Au début de mes études aux cycles supérieurs, alors que je passais de longues soirées en compagnie de pipettes et d’algues vertes, je rencontrais parfois des professeurs déambulant dans les couloirs du département de biologie comme des zombis. Mes tentatives pour engager la conversation avec un de ces sinistres personnages trouvaient souvent pour seule réplique l’exclamation « Partez d’ici pendant qu’il est encore temps! ». Racontant ces troublantes rencontres à mes camarades étudiants, j’ai compris qu’ils avaient tous vécu des histoires du genre. Un jeune bioinformaticien a même raconté qu’il avait discrètement suivi un de ces promeneurs nocturnes jusqu’à son bureau et découvert la raison de sa détresse : « Ce sont les demandes de subvention qui les tuent! », s’exclama-t-il.

La rédaction de demandes de subvention est un travail fastidieux et éreintant qui rend dingue. Une collègue m’expliqua un jour qu’elle savait exactement à quel moment son superviseur rédigeait ses demandes de subvention, parce qu’il marchait alors d’un pas lent dans le laboratoire, bavardant, lavant des béchers, ou rigolant et s’attardant pour éviter de se retrouver dans son bureau. Mon ancien patron, une personne optimiste et laxiste, disparaissait pendant des semaines lorsque venait le temps des demandes de subvention. Ensuite il réapparaissait déprimé, les yeux cernés, et posant des questions du genre « Quel est l’intérêt de poursuivre une carrière en recherche? »

La nécessité de rédiger des demandes de subvention a découragé certains des plus brillants étudiants aux cycles supérieurs de poursuivre une carrière universitaire. Ces étudiants adoraient enseigner et faire des travaux en laboratoire, mais passer leur vie à se battre pour obtenir des subventions de recherche provenant de fonds qui s’effritent ne leur disait rien. Patrick, un ami et collaborateur, a pour sa part décidé de faire carrière comme postdoctorant pour éviter cette tâche fastidieuse. Bon professeur, possédant une formation dans les meilleures universités et comptant des dizaines de publications dans de prestigieuses revues à son actif, il aurait assurément pu obtenir un poste de professeur, mais il a choisi de demeurer chercheur postdoctoral, une situation qui lui permet de consacrer tout son temps à la science sans se préoccuper du financement de la recherche. Il n’est pas le seul à avoir choisi cette voie.

Pour ceux qui choisissent de poursuivre une carrière universitaire, la rédaction de demandes de subvention est inévitable et, que ça vous plaise ou non, la réussite d’un universitaire est fondée en grande partie sur sa capacité à obtenir du financement externe. Un superviseur m’a déjà dit « Smitty, profites-en, tu es choyé; tu peux traficoter au labo et t’amuser à faire des expériences. Un jour tu devras passer la moitié de ton temps à rédiger des demandes de subvention. »

Depuis, j’ai pris l’habitude d’observer comment s’y prennent les maîtres de l’art, et j’ai constaté que chacun possède sa propre technique pour rédiger ses demandes de subvention. Certains chercheurs peuvent y parvenir en deux ou trois séances intensives, quelques jours avant la date butoir. J’ai toutefois pu observer que ceux qui réussissent le mieux s’y prennent des mois à l’avance et élaborent la demande petit à petit, une méthode qui donne le temps d’obtenir les commentaires de collaborateurs et de collègues.

L’idéal est d’obtenir des commentaires à la fois de personnes qui connaissent bien le domaine, et d’autres un peu à l’extérieur du domaine, pour faire en sorte que la demande soit aussi bien techniquement correcte que compréhensible. Les commentaires de collègues qui ont fait partie de comités d’examen sont inestimables, car ils permettent de rédiger la demande de manière à satisfaire exactement à l’organisme subventionnaire visé. Il est aussi judicieux d’échelonner les demandes de subvention afin de ne pas avoir à en rédiger plusieurs au cours de la même période.

J’ai récemment soumis ma première demande de subvention à titre de chercheur principal, et j’ai été surpris du temps que j’ai mis à maîtriser le protocole de soumission et les directives de la demande qui exige différents comptes en ligne et un CV spécialement formaté et qui comprend des dizaines de documents possédant chacun leurs propres règles et formats exigés. Les règles pour la proposition semblaient contraignantes, alors j’ai décidé de modifier quelques titres, d’ajouter des sous-titres et d’inverser l’ordre de certaines sections. Lorsque des collègues chevronnés ont relu ma proposition, ils m’ont conseillé de ne pas dévier des directives, pour la simple et bonne raison que, parfois, les examinateurs discutent des demandes en commençant par la fin ou en sautant des sections. Toucher aux titres ou à l’ordre des sections risque de les exaspérer. J’ai donc récrit la demande en collant aux directives. Vers la fin du processus, je marchais de long en large dans mon bureau, me frottant la barbe. Un ami m’a alors rappelé que cela deviendrait plus facile avec le temps.

S’il vous arrive, pendant la saison des demandes de subvention, de déambuler dans les couloirs de l’université tard la nuit, donnant la frousse aux étudiants, arrêtez-vous et prenez une grande respiration. Donnez-vous une tape dans le dos et retournez calmement à votre bureau.

David Smith est professeur adjoint au département de biologie de l’Université Western.

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