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Conseils carrière

Thèse et gestion du temps

Prenez le dessus sur la rédaction

par KÄTHE LEMON | 04 JUIN 07

Malgré tous les efforts déployés au premier cycle pour inculquer des méthodes efficaces de gestion du temps aux étudiants aux cycles supérieurs, on cesse d’y accorder autant d’importance. Ironiquement, les étudiants ont davantage besoin de solides compétences dans ce domaine pour s’attaquer à la rédaction de leur mémoire ou de leur thèse.

La rédaction d’une thèse fait appel à des compétences en gestion du temps à court comme à long terme, car il s’agit d’un projet de longue haleine sans échéance imposée de l’extérieur. « Il arrive que d’excellents étudiants ne finissent jamais leur thèse », explique Eviatar Zerubavel, auteur de The Clockwork Muse: a practical guide to writing theses, dissertations and books et directeur des programmes aux cycles supérieurs en sociologie à l’Université Rutgers.

À force de voir des étudiants abandonner la rédaction de leur thèse, M. Zerubavel a été amené à écrire un ouvrage sur la question. Dans son livre, il utilise la métaphore du lièvre et de la tortue. « Les lièvres ont du succès tôt dans leur carrière, mais ils s’épuisent rapidement. Un tas de raisons peuvent pousser les étudiants à abandonner en cours de rédaction, mais une meilleure gestion du temps serait de nature à les aider. » Gérer son temps, c’est prendre en charge le processus d’écriture, mais c’est également reconnaître qu’il ne faut pas consacrer tout son temps à la rédaction et qu’une bonne répartition du temps se révèle bénéfique tant pour la vie personnelle que pour les études.

Procrastination et perfectionnisme

La procrastination est l’un des principaux obstacles à une saine gestion du temps, et le perfectionnisme est l’une des principales causes de la procrastination. Bien que ces deux tendances semblent s’opposer, elles sont en fait étroitement liées. « Les gens sont aux prises avec des sentiments ambivalents envers la réussite. Une partie d’eux-mêmes ne se sent pas à l’aise avec la réussite et tente de saboter les efforts en ne respectant pas les échéances », soutient M. Zerubavel pour expliquer le lien entre procrastination et perfectionnisme.

Maryann Kope, coordonnatrice des services d’apprentissage à la University of Guelph, est du même avis : « Chez les perfectionnistes, une part importante de l’estime de soi est étroitement liée au rendement scolaire. Ils sont habités par la peur d’échouer ou de ne pas exceller. La procrastination leur fournit un exutoire émotionnel. Ils peuvent s’en sortir en disant : “J’aurais sans doute fait mieux si j’y avais consacré plus de temps.” »

Le perfectionnisme peut également avoir un effet paralysant. À force de viser un premier jet parfait, les étudiants perfectionnistes s’empêchent d’écrire ou de poursuivre leur rédaction. « Je rencontre tellement d’étudiants paralysés par la culpabilité ou la gêne, qui ne se donnent pas le droit d’écrire », affirme Jane Freeman, directrice du bureau de langue et de rédaction anglaises de l’école des études supérieures de la University of Toronto. Elle leur recommande de s’accorder le droit de rédiger un premier jet vraiment mauvais. Non seulement ils lancent ainsi le processus d’écriture, mais ils auront aussi du matériel à corriger plus tard. Comme le dit Mme Freeman, « il est beaucoup plus facile de corriger que de rédiger ».

Une vie d’écriture

L’un des aspects les plus intimidants de la rédaction d’une thèse, c’est sans doute se rendre compte que carrière universitaire rime avec écriture. Rédiger des propositions, des demandes de subventions, des articles et des ouvrages occupe en effet une place importance dans la vie d’un professeur. Acquérir les compétences nécessaires pour devenir un rédacteur productif et prolifique est la clé de la réussite. Pour y parvenir, l’écriture doit devenir une tâche quotidienne : « Pour demeurer un universitaire productif, il faut faire de l’écriture un processus banal, conseille Mme Freeman. L’étudiant doit découvrir dans quelles conditions il est le plus productif. Il doit déterminer où et quand il est le plus à l’aise pour travailler. »

Lorsque vous saurez quand et pendant combien de temps vous être le plus productif, bâtissez-vous un horaire qui en tienne compte. Si votre meilleur moment pour écrire est le matin, ne faites pas la grasse matinée : levez-vous et écrivez. Si vous êtes plus dispos le soir, ne sortez pas manger avec des amis : restez à la maison pour rédiger quelques paragraphes. Il ne s’agit pas de vous priver de sommeil ou de faire une croix sur votre vie sociale. Il s’agit d’établir un horaire qui optimise votre productivité.

Beaucoup d’étudiants hésitent à entreprendre la rédaction de leur thèse avant d’avoir effectué toutes leurs recherches ou réfléchi longuement au sujet qu’ils ont choisi. Mme Freeman et M. Zerubavel y voient toutefois non seulement une forme de procrastination, mais aussi une incompréhension du processus de rédaction. « La séparation entre pensée et écriture est artificielle; écrire déclenche la pensée », explique M. Zerubavel. Mme Freeman confirme : « N’attendez pas d’être “prêt” pour écrire, car écrire a un effet d’entraînement. »

La première étape consiste toutefois à établir un plan. S’il est suffisamment détaillé, ce plan vous aidera à rédiger un premier jet qui n’aura pas à être entièrement restructuré. Stephen Sims, vice doyen de la faculté des études supérieures de la University of Western Ontario, exige de tous ses étudiants qu’ils rédigent trois plans de leur thèse : « Ils ne rédigent pas une seule phrase avant d’en avoir terminé avec le troisième plan, constitué seulement de points en abrégé. À ce stade, le chemin à parcourir est balisé. Mais le plus difficile reste à faire! »

Travail et vie personnelle

La gestion du temps ne permet pas seulement de mener à bien la rédaction de la thèse, elle aide également à garder un bon équilibre tout au long de l’exercice. Même si couper tout contact social, dormir à des heures irrégulières et laisser tomber tout autre engagement pour terminer sa thèse demeure une option, ce n’est pas garant de succès. Bien gérer son temps, c’est avant tout choisir en toute connaissance de cause comment répartir son temps. Comme l’explique M. Zerubavel, « ce n’est pas seulement une question de travail, mais de vie. Vous devez déterminer le temps que vous souhaitez accorder à la rédaction de votre thèse par rapport aux autres aspects de votre vie ».

Faire des choix et décider comment utiliser son temps : voilà, en définitive, l’essence de la gestion du temps. Selon Mme Kope, les étudiants devraient pratiquer la procrastination intelligente, si bien que mettre le travail de côté devient une décision réfléchie. Non seulement ces décisions réfléchies assurent que ni votre thèse ni votre vie ne seront laissées en plan, mais elles tueront dans l’œuf tout sentiment de culpabilité paralysant si l’un ou l’autre est mis de côté.

Gestion du temps ou productivité?

Même s’il semble contenir le remède à tous les maux, le terme « gestion du temps » ne convient pas tout à fait. « Il évoque l’efficience ainsi que l’étude des temps et mouvements, ce dont j’ai horreur, affirme M. Zerubavel. Gestion du temps et vitesse vont souvent de pair, mais, ironiquement, nous produisons davantage si nous allons lentement. »

Si de nombreux experts recommandent d’établir des objectifs d’ordre temporel, M. Zerubavel et Mme Freeman préconisent plutôt des objectifs fondés sur la productivité. Lorsqu’elle rédigeait sa propre thèse, Mme Freeman s’était fixé un objectif quotidien de trois pages. Bien que cela semble exagérément bas, les pages s’additionnaient à un rythme régulier au fil des jours.

« Je ne pouvais rien faire d’autre que manger et aller à la salle de bains tant que je n’avais pas rédigé ces trois pages, mais après, je pouvais faire ce que je voulais. À ce rythme, j’avais tout le temps de faire autre chose. À la fin du mois, il était facile de relire et d’élaguer la soixantaine de pages que j’avais produites. Rédiger quotidiennement trois pages m’a aidée à être plus productive, à me fixer un but, à ne pas me sentir coupable et à corriger plus efficacement. En plus de m’aider à vaincre l’angoisse de la page blanche! »

Les objectifs de productivité sont également plus tangibles et, au bout du compte, plus étroitement liés à la tâche. Une autre façon de mesurer la productivité est de diviser la thèse en tranches publiables. Il est essentiel de se fixer des objectifs réalistes et mesurables, tout comme il est essentiel de tirer des leçons lorsque les objectifs établis ne sont pas atteints. « Il ne suffit pas de battre sa coulpe et de se sentir coupable. Il faut tenter d’évaluer ce qui s’est passé. Ce sont des choses qui arrivent. Il faut savoir en tirer des leçons », dit Mme Kope.

Apprendre à ne pas vous laisser dépasser par votre thèse est également souhaitable, et l’une des façons les plus simples d’y parvenir est de gérer votre temps, et votre productivité, efficacement.

COMMENTAIRES
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  1. Cindy Paradis / 21 février 2009 à 12:15

    Le sujet de la gestion du temps chez les étudiants universitaires m’intéresse. Pourriez-vous m’indiquer votre bibliographie afin que je puisse pousser plus loin ma recherche ?

    Merci beaucoup,

    Cindy Paradis

  2. DENNEQUIN / 5 février 2014 à 08:22

    Bonjour,

    Je suis actuellement dans la rédaction de ma thèse d’histoire mais j’éprouve beaucoup de difficultés à gérer mon temps avec les autres impératifs de ma vie. La personne ci-dessus demandait une bibliographie sur le sujet. Pourriez-vous me la communiquer s’il vous plaît.

    Merci beaucoup,

    Bien cordialement,

    Marjorie Dennequin