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Conseils carrière

Tirer parti des heures de disponibilité

Nous devons mieux expliquer aux étudiants les avantages des heures de disponibilité et faire preuve de souplesse quant aux modalités des rencontres.

par ANDREA EIDINGER | 10 SEP 20

Au trimestre dernier, avant le début de la pandémie, j’ai longuement réfléchi à la question des heures de disponibilité au vu d’un problème récurrent : une fois le cours terminé, les étudiants faisaient la file pour venir discuter avec moi. La plupart des questions étaient fort simples, mais d’autres non. Plus le trimestre avançait, plus le temps consacré à ces discussions augmentait. Parfois, je n’arrivais à mon bureau que 30 minutes après la fin du cours. Pendant ce temps, seuls trois étudiants s’étaient présentés à mon bureau lors de mes heures de disponibilités.

Que se passait-il donc?

Je ne savais pas trop quoi en penser. J’avais pourtant souligné l’importance des heures de disponibilité dès la première séance et j’en faisais mention à la fin de chaque cours. Ces heures figuraient également, en caractères gras, dans mon plan de cours et tous les documents de consigne pour les travaux de recherche. Mais de toute évidence, le message ne passait pas.

J’occupe le poste de chargée de cours depuis 10 ans et je constate que le nombre d’étudiants à venir me voir à mon bureau varie selon l’établissement et le cours concernés : ils tendent à être moins nombreux s’il s’agit de cours d’introduction et plus nombreux s’il s’agit de séminaires. N’empêche qu’en général, ils sont beaucoup plus enclins à vouloir me parler après le cours qu’à venir me rencontrer à mon bureau.

Mon cas n’est pas isolé. Il est manifeste que les universités sont au fait de la situation. Google recèle d’articles qui vantent les avantages des discussions entre étudiants et professeurs pendant les heures de disponibilité et soulignent les avantages de telles rencontres. L’article Your Fear of Office Hours is About to End: A Guide to Meeting with Professors (Finie la peur du bureau : guide des rencontres étudiants-professeurs) accessible sur le site de l’Université d’État de l’Arizona sous la vignette Adulting 101 m’a semblé particulièrement intéressant. On y apprend en effet que les étudiants craignent les rencontres individuelles avec les professeurs. Plusieurs études examinent les raisons pour lesquelles les étudiants ne tirent pas parti des heures de disponibilité. Selon l’étude la plus souvent citée (menée par Griffin et collègues), les principaux freins ne relèvent pas du chargé du cours, ils sont plutôt liés à la commodité manifeste des heures de disponibilité et du lieu de rencontre, le niveau du cours, le caractère obligatoire des travaux de laboratoire et des discussions de groupe, les antécédents personnels de tutorat par les pairs, le caractère obligatoire ou facultatif du cours et la taille des classes. Les éléments que le chargé de cours peut contrôler, comme le moment des rencontres, sa disponibilité et sa sociabilité, n’offrent aucune incidence notable.

Dans le cadre d’un sondage non officiel, j’ai également demandé à mes étudiants pourquoi ils ne venaient pas me voir à mon bureau durant mes heures de disponibilité. Plusieurs ont fait état de conflits d’horaire, de la difficulté à trouver le local et d’un manque de temps. Quel n’a pas été mon étonnement de voir que la réponse la plus fréquente était la futilité des rencontres. J’ai ensuite réfléchi à la question. À bien y penser, je n’ai compris l’utilité des heures de disponibilité qu’une fois aux cycles supérieurs. Quand j’étais au premier cycle, je les croyais destinées aux étudiants insatisfaits de leurs notes. Je pense y avoir eu recours une fois ou deux durant toutes mes études de premier cycle. La plus grande difficulté à mes yeux? Les étudiants ne savent tout simplement pas pourquoi ils devraient venir nous voir à notre bureau.

J’en tire deux conclusions. Premièrement, il faut repenser ou revaloriser la question des heures de disponibilité. La plupart des chargés de cours en reconnaissent les avantages et aiment pouvoir discuter avec leurs étudiants. Mais les étudiants n’en comprennent pas tous l’utilité ni l’importance. Il est peu probable que les étudiants reconnaissent d’emblée les avantages d’une rencontre individuelle avec un professeur. Nous devons donc leur vendre le concept, tout en insistant sur le fait que ces rencontres s’offrent comme une solution à de nombreux problèmes vécus par la population étudiante. Soyez assurés que dans le cadre de mon prochain cours, je présenterai ma liste d’arguments.

Deuxièmement, nous devons rencontrer les étudiants là où ils sont, et faire preuve de souplesse quant à la nature et à l’objectif des heures de disponibilité. Ce point revêt une importance capitale dans le contexte de la pandémie de COVID-19. Nous devons envisager des rencontres individuelles pertinentes à nos yeux et à ceux de nos étudiants. Diverses ressources fournissent des conseils qui abondent dans le même sens et recommandent ce qui suit :

  • demander l’avis des étudiants quant au moment et au lieu des rencontres;
  • donner des commentaires plus détaillés (les étudiants sauront ainsi que les rencontres au bureau devraient être tout aussi utiles que celles en classe);
  • offrir des heures de disponibilité supplémentaires dans des lieux plus agréables, comme des espaces communs ou publics, voire des salles de classe vides;
  • rendre les rencontres obligatoires, surtout en début de trimestre; les rencontres peuvent donner l’occasion de discuter de sujets d’articles ou constituer un travail formatif d’introduction;
  • utiliser des outils comme Skype ou Google Hangouts pour la tenue des rencontres virtuelles;
  • utiliser un outil de prise de rendez-vous en ligne et permettre aux étudiants de réserver des plages horaires déterminées;
  • faire en sorte que tous les étudiants connaissent l’utilité des rencontres et l’emplacement de votre bureau (il est particulièrement utile de dessiner une carte).

Ces mesures signifieront peut-être que vos rencontres prendront la forme d’une conversation debout dans le couloir une fois le cours terminé ou d’une discussion dans le cadre d’une promenade à l’extérieur s’il fait beau. Elles vous amèneront peut-être à fixer des plages horaires auxquelles les étudiants pourront s’inscrire afin de discuter avec vous par Skype. Si chaque cours est unique, pourquoi les heures de disponibilité ne le seraient-elles pas également?

J’admets que bon nombre de ces suggestions exigent du temps et des ressources supplémentaires, ce qui soulève des difficultés pour tous les professeurs (mais en particulier pour les chargés de cours). Qui plus est, elles ne tiennent pas compte des problèmes structurels qui confèrent un caractère bien différent aux heures de disponibilité, selon qu’il s’agit de professeurs occupant un poste permanent ou menant à la permanence, ou de chargés de cours. N’empêche que, quelle que soit leur situation d’emploi, nombre d’enseignants travaillent déjà au moins 60 heures par semaine. Je le mentionne, car malgré l’importance des heures de disponibilité, il n’est pas raisonnable d’attendre d’enseignants déjà surchargés de consacrer du temps et des ressources supplémentaires à convaincre les étudiants de venir les rencontrer. Cela dit, je crois quand même que nous devons faire valoir l’importance des rencontres individuelles et nous rendre plus accessibles aux étudiants.

J’ai fini par mettre ces changements en œuvre dans ma propre salle de classe. Dans la foulée de mon sondage non officiel, j’ai profité d’une période de discussion en groupe pour explorer en détail avec mes étudiants les raisons pour lesquelles ils devraient tirer parti des heures de disponibilité des professeurs dans le cadre de tous leurs cours. Comme je n’étais pas souvent sur le campus, j’ai également offert de tenir des rencontres virtuelles. Ces deux mesures se sont avérées efficaces, puisque le nombre de personnes à venir me voir ou à me fixer un rendez-vous à distance a considérablement augmenté. Je trouve ces résultats très satisfaisants. J’en ai tiré d’importantes leçons dont je tiendrai compte dans le cadre de mes prochains cours.

Avez-vous également remarqué que les étudiants ne venaient plus vous voir à votre bureau pendant vos heures de disponibilité? Quelles mesures avez-vous prises? J’espère pouvoir en discuter avec vous dans la section des commentaires!

Andrea Eidinger a été chargée de cours dans plusieurs universités de la Colombie-Britannique. Elle est la créatrice et rédactrice du blogue Unwritten Histories, consacré à l’Histoire du Canada.

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