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L’universitaire épanoui

Les universitaires peuvent tirer une grande leçon de la Coupe du monde

Le coaching que les joueurs de soccer reçoivent tout au long de leur carrière peut aussi s’avérer bénéfique pour atteindre ses objectifs dans le milieu universitaire.

par BAILEY SOUSA & ALEXANDER CLARK | 07 DÉC 22

Un milliard de personnes regarderont la Coupe du monde masculine de soccer en 2022 (le Canada y était finalement!). Les adeptes y verront des joueurs qui, depuis l’adolescence, se dévouent corps et âme à leur carrière en perfectionnant leurs compétences sur le terrain et ailleurs, en se préparant mentalement à tous les scénarios positifs ou négatifs possibles et en donnant le meilleur d’eux-mêmes. Chacun d’eux reçoit un coaching intensif depuis des décennies, surtout dans les périodes critiques.

Et comme le dit l’entreprise de coaching canadienne Roy Group, le coaching invite la meilleure version de nous-mêmes à donner le meilleur d’elle-même.

« Le coaching, c’est d’aider une autre personne à se positionner de façon à améliorer graduellement ses performances, à mieux comprendre ce qu’elle vit en temps réel et à s’impliquer activement dans ses progrès. »

Contrairement au mentorat, le coaching englobe une approche non directive : aider les autres à se découvrir, à surmonter les obstacles et à passer des valeurs aux actes.

Cela fait plus d’une décennie que nous écrivons sur nos deux passions, le travail universitaire et le soccer. Il s’agit de sujets complexes qui ne peuvent être réduits à la dichotomie « simple ou compliqué ». Les résultats sont souvent imprévisibles, le contexte compte pour beaucoup, et la réussite dépend d’une myriade de facteurs connus et inconnus.

Omniprésent au soccer, le coaching est pratiquement inexistant à l’université. Beaucoup d’universitaires n’hésitent pas à prodiguer des conseils ou à en demander, mais il n’y a pas d’encadrement officiel ou de coachs à proprement parler. Si le nombre de coachs universitaires augmente, c’est surtout pour offrir un soutien ponctuel pendant et après les « crises professionnelles ». Il ne s’agit presque jamais d’un service régulier.

Qu’arriverait-il si ces deux univers distincts, l’université et le soccer, échangeaient leurs approches en coaching?

Et si le soccer suivait l’exemple de l’université?

Si le soccer suivait le modèle universitaire, le coaching serait de courte durée et sporadique; pas parce que la réussite importe moins dans ce cadre, mais parce que les facteurs traditionnels de résultat et de succès y sont très limités. Par conséquent, tout effort de coaching serait ralenti par le culte des réussites antérieures et du talent supposé, en plus d’être plombé par des « trucs et astuces » décontextualisés, séduisants mais creux, qui dépeignent le travail universitaire comme simple ou compliqué, et non complexe.

Les joueurs coachés de cette façon surestimeraient largement l’importance du talent inné et du travail acharné pour connaître un succès durable. Ils finiraient par croire à tort qu’il suffit d’avoir quelques compétences essentielles, que les ego démesurés sont un atout au lieu d’un désavantage et que les forces priment sur les faiblesses. Certains, par pur hasard, finiraient peut-être par comprendre que pour réussir, il faut :

En fin de compte, ce modèle pauvre en coaching pénaliserait beaucoup de joueurs de la Coupe du monde en les incitant à se reposer davantage sur les quelques forces qui les ont hissés au sommet de leur sport ces dernières années, en plus d’affaiblir grandement leur capacité à s’adapter à l’adversité et à l’imprévu. Face à des tâches complexes et stressantes, cette approche mine les performances et les chances de réussite individuelles et collectives et peut même nuire à la santé mentale, rendre normale des attentes irréalistes et laisser place à la frustration du perfectionnisme. Ça vous dit quelque chose?

Et si l’université suivait l’exemple du soccer?

Le coaching à long terme est considéré comme nécessaire au soccer parce qu’il améliore les performances et les chances de réussite des joueurs et des équipes – une priorité toute pragmatique. À l’université, il apporte une valeur ajoutée, mais sert aussi à véhiculer les valeurs personnelles et collectives : il reflète et valorise le potentiel et les qualités psychologiques, physiques et relationnelles des individus ainsi que la complexité de leurs objectifs communs et de leur travail. Si la réussite consistait simplement à faire acte de présence sans faire appel à des compétences diversifiées, le coaching ne serait ni utile ni nécessaire.

Par conséquent, le coaching n’est pas seulement un outil précieux, mais un élément culturel essentiel pour les gens et les milieux de travail. Il permet d’évaluer le potentiel de chaque personne pour la réalisation de travaux complexes. Ce faisant, il reconnaît et valorise la complexité et les exigences du travail universitaire professionnel, mais aussi le fait que le talent et le travail acharné sont nécessaires, mais insuffisants, pour réaliser son potentiel dans ce contexte.

Le coaching est essentiel pour améliorer l’engagement et le perfectionnement des individus et des équipes, du point de vue de leurs forces, mais surtout de leurs faiblesses. Il accentue les capacités intellectuelles et opérationnelles en renforçant la souplesse et la réactivité en toute situation – non seulement quand tout va bien, mais aussi, et surtout, dans les périodes difficiles et stressantes. Il améliore l’agilité et l’antifragilité (la capacité à grandir sous pression) au lieu de se concentrer uniquement sur la résilience face au stress. Le fait de négliger ou d’éviter le coaching – et donc de ne pas suffisamment valoriser les universitaires et la complexité de leur travail – est préjudiciable et une source potentielle d’échec.

Le modèle de coaching du soccer serait-il la solution? C’est ce que suggère un corpus grandissant d’études menées dans d’autres domaines que le sport.

Comment intégrer le coaching à l’université

Même si beaucoup d’universitaires déplorent, à raison, les méfaits du sous-financement institutionnel et des inégalités systémiques, nous devons aussi faire davantage pour valoriser la complexité du travail universitaire et réaliser notre potentiel. Dans cette optique, nous pouvons apprendre beaucoup du soccer.

Si vous possédez les ressources nécessaires, pourquoi ne pas travailler avec un coach universitaire agréé ou expérimenté? Vous pouvez en trouver sur les réseaux sociaux ou par l’intermédiaire d’organismes de soutien universitaire et bénéficier d’un accompagnement en personne ou à distance. Les coachs savent tenir compte de vos besoins et de vos priorités et peuvent vous aider à relever les domaines et les compétences qui vous font défaut, même si vous n’en avez pas encore conscience. Si votre établissement ou vous-même ne possédez pas les ressources nécessaires, vous pourriez tout de même être admissible à du coaching grâce au régime de santé et de bien-être ou au fonds de perfectionnement professionnel de l’université.

Songez à participer régulièrement à des cours de perfectionnement professionnel. Vous pourriez par exemple acquérir des compétences en coaching que vous mettrez au service de vos collègues ou de vos étudiant.e.s. Si le budget est trop serré, essayez de trouver des apprenti.e.s coachs qui souhaitent emmagasiner de l’expérience en offrant un accompagnement gratuitement.

Bonne Coupe du monde! N’oubliez pas que le coaching peut aussi vous servir – pas seulement dans les moments difficiles, mais tout au long de votre carrière.

À PROPOS BAILEY SOUSA & ALEXANDER CLARK
Bailey Sousa & Alexander Clark
Alexander Clark est doyen de la Faculté des disciplines en santé de l’Université Athabasca. Bailey Sousa, habituellement à l’emploi de l’Université de l’Alberta, est actuellement en détachement auprès du ministère de l’Enseignement supérieur de l’Alberta. Ils ont cofondé l’entreprise The Effective, Successful, Happy Academic et cosignent le livre How to Be a Happy Academic (Sage: London, 2018). Ils ont une passion commune pour l’efficacité et l’aspiration dans le travail universitaire.
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